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Isabelle Braemer tisse une matrice consolatrice

Isabelle Braemer tisse une matrice consolatrice

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Isabelle Braemer est une artiste à différentes facettes. Avant de la connaitre, on aurait du mal à établir un lien entre ses gravures, ses dessins, et sa peinture de sous-bois. Si elle reste insaisissable, c’est avant tout l’élégance de la pudeur. En peinture, elle nous livre ces sous-bois en pagaille, où l’entrelacement du végétal n’est pas un piège, mais un nid. Notre vue est arrêtée, l’horizon est camouflé, nous sommes juste invités à être bien ou à se souvenir que nous l’avons été, ce qui est peut-être la même chose…

« Je pars toujours d’une photo, du réel, c’est un prétexte, et ce réel est voué à devenir un souvenir, c’est-à-dire à la fois être dépassé et reconstitué. » Isabelle cherche à saisir l’instant magique, à reconstituer l’épiphanie du bonheur. C’est ainsi que ce qu’il reste n’est qu’une caricature de paysage, ce qu’il fallait en retenir. La création chez elle est toujours le conflit entre l’aléatoire et la maîtrise et cela produit au final un paysage presque imaginaire, magnifié comme cela se fait par le souvenir. On peut y voir comme une influence des nymphéas de Monnet, la profusion hypnotise.

Isabelle Braemer aime bien ne pas tout maîtriser, partir d’un geste aléatoire. Après, il faudra y revenir et apporter des précisions. « Je prends des tâches et je trace des choses que je reconnais, comme on le fait virtuellement en regardant des nuages. J’essaye de raconter une histoire avec. » Le tableau est toujours réalisé sur un temps long, elle garde la toile toujours sous les yeux, car il faut que la contemplation et l’ajout de touches s’alternent. Les tableaux sont ainsi issus d’une lente maturation. Ce temps n’est pas le signe d’un perfectionnisme mais de l’attente nécessaire pour s’y retrouver.

Dans les tableaux d’Isabelle Braemer, nous n’avons pas d’accès direct à la lumière et pourtant le sous-bois où nous sommes conviés, en est baigné. La lumière est là simplement par rebond, par reflet, par souvenirs… la lumière est portée par la matière de façon éphémère, éclatée et non saisie. Elle est l’élément liquide, l’élément qui fluidifie toute matière. Cela suffit à nous éblouir, à ne plus bien savoir où nous sommes. Sommes-nous à l’envers, à l’endroit ? Nous sommes dedans, ça c’est sûr, incorporé, pris, piégé… mais c’est doux comme un nid, accueillant comme une matrice, un cocon. Isabelle évoque effectivement ces balades en sous-bois de son enfance ; cette lumière enveloppante, rassurante avait quelque chose de bénéfique. De ce souvenir, elle en a fait un lieu de pèlerinage, un lieu qui guérit, qui donne la paix. « Dans la forêt, je ne vois pas les troncs, et je ne peints que ce que j’ai ressenti, la lumière filtrée, les bruissements, la légèreté d’un camouflage qu’un souffle d’air met en mouvement, les vagues, ce qui donne une impression liquide à cette couche, et renforce les coulures premières, ces verticales. »

Si on va mieux en plongeant dans le sous-bois d’Isabelle Braemer, c’est qu’on n’allait pas si bien que ça. Elle-même y retrouve beaucoup d’inconscient à posteriori. « Je pense que je cache quelque chose. » confesse-telle. « Comme la lumière dans mes tableaux, je prends des chemins détournée pour dire des choses, par pudeur sans doute, pour ne pas déranger. »

Pour aller plus loin : http://www.isabellebraemer.com/


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