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Marseille expose Le Corbusier : Brut de poésie

Marseille expose Le Corbusier : Brut de poésie

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Son Œuvre est – enfin ! – de retour à Marseille. Courez, courez, vous avez jusqu’au 22 décembre 2013 pour la parcourir !! Et contempler la multitude des pièces exposées au J1, quartier de la Joliette. Oui, Le Corbusier, ou plutôt son œuvre protéiforme est enfin de retour à Marseille. L’un des plus grands architectes du XXème siècle avec Franck Lloyd Wright et Oscar Niemeyer retrouve la cité phocéenne, cité où il eu l’occasion après guerre d’édifier l’un des plus importants jalons de l’architecture moderne : l’unité d’habitation de grandeur conforme. Ce vaisseau de béton brut de décoffrage en terre méditerranéenne illumine de sa plastique les quartiers sud de Marseille.

Une riche exposition intitulée « LC au J1 et la question du brutalisme » présente donc dans ce hangar des années 30 du port de la Joliette les créations de Le Corbusier sur la période 1945-1965. Les vingt dernières années de la vie de l’architecte montre toute la plénitude du maître, toute la poésie qui se dégage du béton brut de décoffrage entre autres. Oui, le béton, le béton des années 50 et 60 avec ses malfaçons, avec l’empreinte des planches de bois faisant office de coffrage pour la matière minérale, peut être poétique, voir lyrique.

La valeur de cette exposition initiée dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture 2013 et merveilleusement mise en scène par l’architecte Jacques Sbriglio, réside dans la mise en avant d’une forme de synthèse des arts chère à Le Corbusier et aboutie dans l’œuvre de cet architecte si décrié en son temps : peintures, sculptures polychromes, tapisseries, écrits poétiques ont accompagné les créations architecturales de Le Corbusier. Après les premières décennies puristes des années 20 et 30, Le Corbusier et ses collaborateurs de l’atelier 35 rue de Sèvres à Paris ont imaginé et conçu des œuvres où le bois, la pierre et la couleur franche accompagnèrent ce matériau si novateur que fut le béton armé. Ainsi sont nés l’unité d’habitation de Marseille, le cabanon – micro villégiature estivale pour lui et son épouse Yvonne – à Roquebrune Cap Martin, la chapelle de Ronchamp, le couvent de la Tourette, la Villa Shodan en Inde…

Tous ces édifices, toutes ces peintures, toutes ces sculptures mettent sous nos yeux une poésie brute de décoffrage. Une poésie simple où le rapport à la nature, où le rapport à l’Homme est son essence. Ici, point de programmes immobiliers où la rentabilité économique est le cœur du projet. Ici, point de médiocrité. Ici, au contraire, tout est pensé et créé pour apporter simplement le meilleur à chaque homme, dans sa qualité universelle, c'est-à-dire un esprit sensible pouvant être ému par une lumière, par une pierre, par un pilotis de béton, par des rondins de bois, par un jardin, par un horizon. Ici tout est créé pour éveiller chez l’Homme le sentiment poétique. Ici donc la matière a rendez-vous avec l’esprit, constamment, puissamment.

Le Corbusier retrouve donc Marseille, cette cité singulière qui a vu s’élever l’édifice aussi singulier entre 1947 et 1952 qu’est l’unité d’habitation. Ce village vertical sur pilotis de 337 logements en duplex traversant pour la plupart, loge merveilleusement depuis plus de 60 ans 1600 âmes qui s’épanouissent dans ce chef-d’œuvre de la plastique architecturale. Cette synthèse architecturale, urbaine, sociale et plastique est fille d’Emma. Fille d’Emma car l’idée de cette unité – unité entre vie privée, le logement et vie publique, espaces communs – est venue à l’esprit du jeune Charles Edouard Jeanneret qui ne s’appelait pas encore Le Corbusier, lors de son voyage en Toscane en 1907 en découvrant la Chartreuse de Galluzzo dans le val d’Emma. Cellules monacales pour la vie solitaire et privée liées avec les lieux de vie en communauté des moines. Ici, c’est la famille et sa vie privée dans les cellules-logements associées aux espaces de vie sociale (restaurant, commerces, ciné-club, bibliothèques, gymnase, pataugeoire, hôtel, jardin d’hiver,…).

Autour de ce chef d’œuvre conçu grâce au Modulor – mesure qui se substitue au mètre étalon – sont exposés les édifices des vingt dernières années de la vie de Le Corbusier où ses idées furent d’une certaine manière mieux acceptées aux quatre coins de la planète. Autour des plans, coupes, maquettes élégantes et photographies des édifices, sont exposées les splendides sculptures polychromes de bois réalisées en collaboration avec Savina, les dessins, collages et peintures de l’architecte. Il ne faut pas méconnaitre voire oublier - et cette exposition le révèle – que le dessin et la peinture furent le laboratoire secret de Le Corbusier qui créait ses œuvres chaque matin dans son appartement-atelier de la porte d’Auteuil avant de rejoindre ses collaborateurs les après-midi.

Un exemplaire du splendide portfolio « Le poème de l’angle droit » associant dessins et textes lyriques, ouvrage de bibliophilie majeur du XXème siècle à l’égal de l’album « Jazz » d’Henri Matisse est exposé et il est l’une des multiples preuves de cette « poésie brut de décoffrage » si je puis dire, sans détour, pleine de sincérité, de générosité, de cœur.

Courez donc visiter cette riche exposition d’un architecte généreux et humaniste. Un de ces plus forts symboles - la main ouverte -, y apparaît dans plusieurs œuvres. Elle symbolise plastiquement ce que Le Corbusier exprimait : « pleine j’ai reçu, pleine main je donne ». Et cet architecte nous a tant donné !

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