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Marseille : Quand l’éphémère révèle l’immuable

Marseille : Quand l’éphémère révèle l’immuable

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Les jours ensoleillés s’annoncent à Marseille avec l’inauguration de deux nouveaux lieux –entre autres- dédiés à la création : Le MuCEM et le MaMo. Comme tous les nouveaux espaces d’exposition, leur nom est avant tout un logo verbal. Les mots deviennent d’une certaine manière et à leur tour, des images dans notre monde contemporain épris d’icones.

MuCEM et MaMo, deux logos qui révèle le lieu


Le MuCEM pour Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée offre aux objets et œuvres un écrin à la résille de béton anthracite. A travers celle-ci, le visiteur parcourant les rampes extérieures enveloppant l’édifice sur deux de ces quatre cotés, découvre le paysage marseillais avec ces éléments caractéristiques et dominants tels que la basilique Notre Dame de la Garde, la cathédrale de la Major, l’église Saint-Laurent, le palais du Pharo, le Fort Saint Jean, le vieux port, la digue du large, l’horizon bleu azur.
Le MaMo pour Marseille Modulor offre quant à lui un panorama à 360 degrés sur la ville : le fameux Vélodrome, les collines du massif de Marseilleveyre, l’archipel du Frioul, Notre Dame de la Garde émergeant au dessus des collines du Roucas Blanc, toute l’urbanisation anarchique des quartiers sud de la ville qui s’est développée tout au long du XXème siècle.
Ce lieu d’exposition créé par le jeune designer marseillais Ora Ito dans l’ancien gymnase de l’unité d’habitation de Le Corbusier se propose de mettre en avant des plasticiens par des expositions monographiques ainsi que des expositions collectives autour du design et autre résidence d’artiste. Ce volume de béton au toit oblique posé sur le toit terrasse de la fameuse maison du Fada embrasse alors le « paysage homérique » de Marseille comme le qualifiait le grand architecture du mouvement moderne.
Ainsi donc deux nouveaux lieux, deux moments contemporains qui, d’une certaine manière, ont pour premier atout et première qualité de révéler ce qui est.



La Méditerranée est non-délocalisable


Revenons au MuCEM. Posé à l’entrée du vieux port, le parallélépipède de Rudy Ricciotti relié par deux fines passerelles de béton au quartier du Panier d’une part et au fort Saint-Jean d’autre part, relie architecturalement le présent au passé. Découvrir le MuCEM, c’est avant tout redécouvrir ce qui est, ce qui existe, ce qui est là sous nos yeux. Un nouveau lieu qui permet de ré-appendre à voir, à scruter, à observer tout ce qui constitue l’image de la ville, tout ce qui la qualifie, tout ce qui la singularise. La rénovation et requalification en espaces muséales du Fort Saint-Jean est une totale réussite. Les veilles pierres parlent à nouveau. Entends-tu ce chant, Ô toi visiteur du MuCEM ? Vois-tu l’harmonie des pierres, des espaces, l’échelle humaine de ces œuvres préindustrielles ? Cheminant dans les méandres de ce fort, on se perd dans la majestueuse montée des canons, on découvre la chapelle Saint Jean. Passages voûtés, étroits, chemin de ronde : tout un parcours où l’on se perd dans les temps anciens et au fil de cette promenade architecturale l’on aperçoit ici et là, au loin, l’ensemble des édifices qui constituent le cœur de la cité phocéenne, son patrimoine. Les Grecs nous parlent, le monde méditerranéen antique réapparaît dans sa plénitude et toute sa mythologie. L’envie d’Orient se réveille avec les architectures religieuses de Jacques Henry Espérandieu (Basilique Notre Dame de la garde, la cathédrale de la Major). L’architecte Rudy Ricciotti à la gouaille sudiste charmeuse vante la non-délocalisation de la main d’œuvre qui a bâti son édifice : oui, mais ce qui est non-délocalisable avant tout c’est la Méditerranée et ce qui la qualifie depuis l’Antiquité, sur notre cher vieux continent.



Un vaisseau de béton pour le voyage


Partons alors au MaMo situé à quelques kilomètres au sud du Vieux Port. Pour son exposition inaugurale, Ora Ito a choisi d’exposer les œuvres de Xavier Veilhan, l’un des plasticiens français les plus au devant de la scène artistique. Ce dernier est dans son cycle de création « Architectones » où des œuvres spécifiquement créées pour chacune des architectures modernistes sur lesquelles il intervient, mettent en avant la beauté de certains chefs-d’œuvre du XXème siècle. Et l’unité d’habitation de Le Corbusier édifiée entre 1947 et 1952 en est un. Un jalon même dans l’histoire de l’architecture moderne. Cet édifice originellement HLM est d’une certaine manière « la fille d’Ema ». La Chartreuse de Galluzzo dans le val d’Ema près de Florence fut en 1907 une découverte capitale pour le jeune Le Corbusier qui n’était encore « que » Charles Edouard Jeanneret. Il a trouvé dans l’organisation spatiale de celle-ci sa maison idéale pour les ouvriers : associer harmonieusement l’espace de la vie privée (cellule ou logement) avec la vie collective (lieux de vie en communauté des moines/lieux de vie sociale pour les habitants de l’unité d’habitation : magasins, bibliothèque, école, restaurant, hôtel, gymnase, ciné-club…). Entends-tu, Ô toi visiteur du MaMo l’harmonie pointer le bout de son nez ? Entends-tu le chant illuminer le ciel de Marseille ? Cette acropole moderne où les enfants ont pour seul ballon le soleil, accueille donc les installations filaires, les stabiles et le buste de résine bleu azur créés par un Xavier Veilhan bien inspiré par l’œuvre du Maître. Les pièces du plasticien révèlent alors toute la beauté de la peau de béton brut de décoffrage des murs et cheminées de ventilation, faisant de ce toit terrasse une invitation au voyage. Le visiteur est ainsi embarqué dans ce vaisseau de béton, tel un transatlantique partant pour le nouveau monde. Car l’unité d’habitation appartient elle aussi à l’ancien monde, au monde de l’Antiquité grecque (souvenez-vous « le paysage Homérique »), sur ce vieux continent.

Ainsi donc deux architectures-espaces d’exposition qui relient le présent au passé et qui révèlent avant tout ce qui est. Ce qui fut imaginé, bâti harmonieusement durant des siècles et des millénaires, ce qui, par ses qualités intrinsèques perdure et est immuable, plus solide que de nombreuses architectures « high tech » qui vieillissent très mal, voire ne vieillissent pas du tout. Voilà donc l’immense qualité du MuCEM et du MaMO : révéler ce qui est. Marseille – capitale éphémère – révèle ainsi l’immuable.

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