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Natacha Kolson, peintre et décoratrice de l'âme

Natacha Kolson, peintre et décoratrice de l'âme

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Propos recueillis par Maximilien Friche

MN : Natacha Kolson, vous êtes aujourd’hui peintre. J’ai découvert votre peinture grâce à un commentaire que vous avez laissé sur MN à la suite d’une recension du dernier livre d’Aude de Kerros, les années noires de la peinture… Pardonnez-moi de vous poser cette première question très autocentrée sur MN, mais qu’est-ce qui vous a amené sur nos pages ? Ne trouvez-vous pas folie que ce média qui ose mélanger la glose outrancière de l’actualité avec la littérature, la pensée et les arts ?

NK : J’ai reçu un courriel de l'association « Face à l'Art » faisant la promotion du livre « Les Années Noires de la Peinture » de Aude de Kerros. J'ai cliqué sur votre critique pour en avoir un aperçu. Votre analyse est si pertinente que j'ai laissé un commentaire sur votre blog : « Mauvaises Nouvelles ». Votre titre, Mauvaise Nouvelle, très paradoxal, laissait entendre que vous alliez mettre les idées sans dessus dessous et cela avait l’air  très réjouissant.

Pour répondre à votre première question, je dirais qu'il est très encourageant d'avoir une vision d'ensemble sur ce qui se passe dans la société navigant de l'actualité aux sujets de société, de la littérature à tous les arts confondus. Au moins vous ne parlez pas toujours de la même chose et on a la chance de découvrir quelques idées nouvelles et originales sur la peinture.

 

MN : Votre parcours est très caractéristique, vous êtes passés des arts décoratifs à la peinture, du design à l’art… Ce parcours vous semble-t-il relever d’une évolution logique ou d’un désir de rupture, avec sa part de rejet ? Y-a-t-il une opposition ou un pédigrée commun entre l’art et les arts décoratifs ? Et pardonnez moi de livrer mon arrière pensée, mais les arts décoratifs ne sont-ils pas une façon de retrouver par l’usage recherché, le sens du beau dans un monde où l’art conceptuel domine et écrase tout ?

NK : Je ne sais pas si mon parcours est caractéristique, mais tout compte fait, en y réfléchissant maintenant, ce sont les Beaux Arts et non les Arts Décoratifs que j’aurais du faire. C’est effectivement l’évolution logique d’un rejet de la décoration et une rupture complète avec elle, évolution qui a plusieurs raisons: Mon milieu et ma formation m’ont transmis « le sens du beau ». Faire des créations entièrement nouvelles, des objets aux lignes très épurées, très beaux et très minimalistes était une voie. Mais je ne trouvais aucun écho dans l'industrie. Il faut aussi se rappeler dans quoi nous vivions à la fin des années 60.

Bien sûr, la décoration nous enseignait la beauté, les couleurs, les formes et les matières pour y trouver une harmonie. Mais au-delà de cela je n'y trouvais pas « le sens ». C'était beau mais qu'est-ce que cela racontait ? Pour moi c'était incomplet.

Puis il y a eu la mort de mon père. Cela a été un tournant dans ma vie. J'ai ressenti un impérieux besoin de reprendre le dessin, de me confronter au modèle vivant et la peinture a suivi naturellement. Avec la peinture je pouvais raconter une histoire alors que les Arts décoratifs me donnaient le « sens du beau » mais pas le sens des choses.

Je ne dirai rien sur l’art conceptuel, si ce n’est qu’il a complètement occulté «  le sens », supprimé toutes références au passé, ouvert la porte à toutes les dérives et ne laissant qu’un champ de ruines aux générations futures.

 

MN : Natacha Kolson, vous utilisez différentes techniques. Ces dernières pourraient instinctivement s’opposer selon nous. Vous avez recours tantôt à des techniques où le trait est constitutif, comme le dessin et d’autres comme l’aquarelle où la couleur et l’eau se font matière. A chaque fois, ces techniques sont traversées par votre style. Le champ du possible se modifie et, le monde que vous objectez change. Vos sujets sont de fait très différents : portraits, paysages, … et j’en viens, enfin, à ma question, Est-ce par cette multiplication de façon de faire que l’on peut réellement exprimer plusieurs facette d’une âme ? Est-ce en changeant l’exercice que l’âme parvient enfin à être davantage mise à l’épreuve et donc translatée dans les deux dimensions de la peinture ?

NK : Il est nécessaire ici de relater comment j'ai trouvé une autre écriture qui a été le fil conducteur d'une recherche plus profonde. Vous m'auriez dit qu'un jour des portraits aussi intéressants émergeraient de mon iPhone, j'aurais éclaté de rire et pourtant j'en ai réalisé une quarantaine.

– Le portrait est pour moi une source d'inspiration. Ce n'est pas tant la ressemblance mais plutôt l'expression à saisir et à transcrire. Cette expérience nouvelle, passionnante et inédite, utilisant les technologies nouvelles, m'a donné l'occasion d'appréhender une autre écriture, différente de ce que j'avais l'habitude de réaliser. Mes dessins de modèles vivants ou les huiles sur toile pouvaient être de très grands formats. Tout à coup je me retrouvais à dessiner sur une surface de cinq cm sur sept. Très inhabituel pour moi. Le choix du hors cadre s'est tout de suite imposé à moi comme très important. Être directement sur le visage, sans contours, juste les yeux et la bouche pour saisir tout de suite le regard au plus profond du caractère du personnage. Ce qui a été le début d'une recherche sur le thème très important «  du regard et de la mémoire ».

Pourtant l'utilisation de différents outils proposés par l'application de l'iPhone : les couleurs infinies, la possibilité de revenir sans cesse sur les mêmes traits, d'en faire des copies et de les retravailler différemment, m’a conduite vers une écriture très intéressante. Mais ce qui est passionnant c'est que cette écriture nouvelle a été le départ vers une autre recherche : comment retranscrire cette nouvelle technique directement sur le papier ? J’ai finalement trouvé les outils qui m’ont permis cette transcription.

Les portraits composés « d'arabesques entrelacées, d'un imbroglio de fils chaotiques » disait un ami peintre, reviennent sans cesse sur le visage pour donner l’ombre, la couleur et la lumière, comme les fils tirés d'une pelote, fils de la mémoire qui se révèle. De la même manière, j'ai travaillé sur les paysages par couches successives de papier, comme les strates empilées des souvenirs qui affleurent à la conscience.

– Si le portrait est une source d'inspiration, le paysage est aussi pour moi un domaine de recherche privilégié. L'aquarelle m’offre la possibilité du flou. L'eau est primordiale car je travaille le papier gorgé d'eau comme si le papier était liquide. L'eau et la couleur prenant des chemins inattendus que je canalise peu à peu.

Le fait de passer d’une technique à l'autre, permet un travail plus profond et une acuité accrue dans l'expression du sens donné à la toile. Mes recherches m’ont amené à mélanger les techniques du dessin et de l'aquarelle pour être plus proche de ce que je veux exprimer, alors oui, cela doit être ma « vérité » qui apparaît dans mes toiles, plutôt que mon âme mais c'est peut-être la même chose.

 

MN : Dans les tableaux qui illustrent notre échange, quelque chose me saute aux yeux. Vous vous servez de votre art pour tisser des liens. Le lien entre un visage et un paysage, entre l’intérieur d’un être ou d’un monde et l’extérieur, entre l’ici-bas et l’au-delà symbolisé par ces visages gigantesque qui se penche sur une partie de la toile. Je m’interroge aussi sur la place que vous accordez aux anges dans vos tableaux. Et je me suis posé la question si finalement vous n’aviez pas envie que nous, le public, nous regardions vos tableaux avec le regard des anges, par au-dessus, en plongée, dans une infinie contemplation ?

NK : Le verbe est votre outil. Vous exprimez votre ressenti avec un langage très élaboré. Alors que pour moi, ils ne sont encore que des idées « vagues » à coucher sur la toile. Je crée sans vraiment me poser de questions et le « sens » monte petit à petit de la toile sans « intellectualiser » ce qui pourrait gommer l’émotion. La pensée se matérialise peu à peu comme une alchimie entre l’esprit et les mains. Bien sûr, il y a un fil conducteur et c’est avec ce fil que j'espère bien tisser un lien entre le spectateur et mes tableaux (et je pense que c’est l'essence même de la peinture) un lien entre les personnages et les paysages, un lien entre deux mondes qui pourraient peut-être exister parallèlement ou ailleurs, avant ou après car il y a toujours une dimension mystique dans mes toiles. Cette dimension était déjà présente dans le thème des anges. Ils peuvent être la référence à notre inconscient ou bien ils sont aussi notre côté sacré et divin mais non religieux, tout en ayant un aspect très incarné. 

Je n'avais pas pensé à des anges quand j’ai fait la série avec les personnages géants, mais plutôt à des êtres différents de nous. Je pourrai dire aussi, pour avoir une interprétation plus terre à terre, que ce thème laisse à penser que notre monde est si fragile, qu’il suffit d’un coup d’ongle pour le déchirer.

Votre interprétation diffère légèrement de la mienne, mais elle est tout aussi juste. Cela est primordial : nous ne disons pas tout à fait la même chose, mais au bout du compte nos pensées se rejoignent.

Ce qui est important c'est ce que le spectateur ressent en regardant la toile, il fait appel à sa mémoire, à ses sentiments, à son vécu et il y a quelque chose de sa propre personnalité, comme un écho à la mienne, ainsi le lien se tisse peu à peu sur la toile entre son monde et le mien.

 

Natacha Kolson expose au Club des artistes du salon "art Shoping" au carousel du Louvre le 24 et 25 octobre prochain.

Pour en savoir plus : http://www.natacha-k.com/


La galerie d’art 2015 de MN
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