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Petit essai sur l’art autoproclamé contemporain et officiel #5

Petit essai sur l’art autoproclamé contemporain et officiel #5

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La tyrannie d’un art contemporain devenu officiel ?

L'art contemporain est bien un art officiel, et c'est un art officiel morbide (dans le sens médical) qui ne donne pas de joie et ne sert à rien, c'est un art qui laisse perplexe le commun des mortels. L’art figuratif au 19ème siècle avait l'assentiment du public, même si économiquement cette forme d'art était une obligation pour l’artiste, il y avait néanmoins une place visible pour l'artiste dans la société. Le terme même d’art contemporain, l’appropriation du terme générique art contemporain est l’aveu d’une intention hégémonique et totalitaire. Cet art écrit lui-même l’histoire de l’art à coups de millions au lieu de faire de l'art, il s’autoproclame digne de mémoire et s’exonère de l’épreuve du temps qui discerne les courants et les talents. Il prend ainsi toute la place de ce qui devrait être. Même s’il rencontre peu de succès populaire, même s’il parait anodin au fonds, économiquement et socialement Il prend la place, il occupe le terrain, terrain qui doit rester en friche. Il joue donc un rôle.

Mis à part le fait que les organisations ont vocation à se perpétuer à l'identique, on peut se demander quel est, sinon le mobile au moins la dynamique interne, le moteur, l'utilité pour les tenants du pouvoir, dans le contexte contemporain ? En règle générale, le pouvoir ne contrôle pas tout mais il favorise ce qui le flatte, inhibe ce qui est contraire à son intention, il est le maître du licite et de l’illicite sociétal, et influe par petites touches indirectes dans toutes les opportunités qu'offre la situation générale. C'est une intention. Chacun comprend ce qu'il a à faire dans sa sphère d'influence. Je le rapprocherai de la publicité dont un spécialiste me disait que son but était « d’organiser et gérer la frustration », soit canaliser l'énergie dont on fait en sorte qu'elle soit inemployée…

Un second effet marginal est d'habituer hypnotiquement (suggestion et force de l'habitude) les gens au fait qu'il est nécessaire que d'autres pensent pour eux non pour parti, conjointement, ce qui peut être utile, mais à 100 %, c'est le principe d'expertise ou de monopole de l'intelligence. La suggestion est « je sais ce qui est bon pour toi, mieux que toi et sans même avoir à te consulter. » Cela, puisque c'est un art cérébral qui nécessite une initiation, qui assume qu'il est inaccessible au commun. Dans le même temps, l'émotion, l'instinct, le cœur sont dévalorisés en tant que vecteurs de connaissance puisqu'ils ne sont pas requis et sont ostracisés par cet art officiel qui donne le ton. Un autre effet Orwellien infantilisant est le suivant : le consommateur est modélisé en enfant puisqu'il doit laisser libre court à ses pulsions. Sachant que nous sommes constitués de telle sorte qu'il nous faut pour exister pleinement sinon repousser les limites, du moins se confronter aux limites, en tant qu’art officiel reconnu par l'institution et le marché, l'art contemporain exprime le fait que l'autorité se charge de sa propre subversion, de sa propre contradiction. Papa est cool, papa est un ado lui aussi, mais il n'a pas de sou.

Du politiquement correct à la ringardisation : du « ça ne se fait pas » au « ça ne se fait plus »

Enfin cet art officiel nous habitue ou voudrait nous habituer, par son exposition permanente, comme un slogan inlassablement répété, malgré nous ou à notre insu, à esthétiser le « politiquement correct ». Il devient insidieusement vulgaire en société d'interroger le réel même avec bienveillance et bonne volonté. « Ça ne se fait pas » et ce qui ne se fait pas à une génération s'imprime en « ça ne se fait plus » à la génération suivante, il n’y a pas de transmission de ce qui est démodé. Ainsi s'est perdu le savoir-faire du dessin académique.

Si, en la forme, le « politiquement correct » est une politesse sociale nécessaire, dans le fonds quand il devient une esthétique et donc une psychologie, il devient le chic du déni de l’examen de la réalité dans ses aspects les plus tragiques, le chic du sentimentalisme facile, le chic de l'affect comme fin en soi.

En effet le non-message de l'art contemporain puisqu'il est l'art officiel, montré inlassablement comme art, est : il est interdit de dire quoi que ce soit du réel autre que du réel fantasmé des philosophes de cour. Cela pourrait blesser l'Autre, le non art officialisé est l'injonction subliminale au « cool » et au « cold », au non discours et à la posture, qui seraient censé nous prémunir du retour de toute tragédie.

L'art contemporain officiel esthétise le silence de la parole et de la pensée, ce n'est pas un consensus qui nécessite invention, mémoire, empathie et bonne volonté. C'est un plus petit dénominateur commun censé mettre tout le monde d'accord ou ne fâcher personne : l'informe, la pulsion régressive.

Il suffit de teinter une réalité de culpabilité, politiquement incorrecte, pouvant blesser l'autre, écologiquement incorrecte, pouvant impacter l'avenir de la planète, pour inhiber toute recherche rationnelle et dialectique sur cette réalité et en faire socialement un nouveau tabou, la reléguer à l'index. Tout jugement même nuancé et bienveillant est diabolisé et pire encore rendu vulgaire. Il incombe à celui, incongru, qui l'émet de faire la preuve de son innocence, peu à peu sa parole puis sa pensée s’éteint sous ce fardeau.

La culture même est culpabilisée en tant que responsable de tant de guerres et massacres, ce n'est pas en soi la culture qui est responsable mais son utilisation par le pouvoir du moment qu'il faudrait examiner. Je crois que si tous ceux partis dans les camps revenaient aujourd'hui, dans ce meilleur des mondes dans lequel soit on fait partie de l'élite soit on est une ressource humaine, un sans emploi, un sans domicile fixe, sans identité donc, ils seraient stupéfaits : la leçon n'a pas été tirée, le mal n'a pas été extirpé à la racine, il a repoussé. Ils seraient stupéfaits de se voir instrumentalisés pour justifier cet art officiel autoproclamé qui pratique la reductio ad hitlerum pour les autres. L’art contemporain entend propager le froid, le mépris (ce qui émane de ces œuvres indigentes aux prix exorbitants, à l'heure du chômage de masse, c'est bien un parfum de mépris), et puis, de façon assumée, une approche exclusivement cérébrale du réel ce qui amène mécaniquement à « faire taire en soi toute compassion. » Or la primauté du concept est précisément l'essence du nazisme et de tous les totalitarismes. Au départ du nazisme il y a un concept qui a été appliqué méthodiquement et sans pitié au corps social.

Art officiel et Gender

L’art contemporain autoproclamé et officiel, puisqu'il est l’art officiel, indique ce qui est officiellement beau, esthétise, donc promeut la transgression, personne ne veut se trouver laid. Tout devient possible, tout se vaut, cela légitime toutes les expérimentations, l’exercice de la pensée sans entrave, sans rapport dialectique avec ce qui peut être la nature humaine dont les contours restent à définir, devient la figure totalitaire de la liberté. Certes on peut se choisir, mais jusqu'à un certain point seulement, si par exemple on n’intègre pas sa santé mentale ou physique dans ses choix ce n’est plus l’exercice de la liberté, c’est la liberté de se suicider à moyen terme sans l’avoir décidé. Examinons un cas, la théorie du genre, certes la domination brutale et systématique de l’homme, qu’elle soit de fait, parce qu’il est plus fort ou détient le pouvoir économique, ou institutionnelle est une abjection, un archaïsme. Faut-il pour autant anéantir la féminité, des siècles de culture et de raffinements accumulés, certes le jeu de la féminité et la virilité est un jeu de rôle délicieux et cruel, source de culture et de civilisation, comme toute institution il est perfectible et se métamorphose, mais pas seulement, c’est aussi un partage des rôles où se trament des nécessités biologiques (cf. Le Ying et le Yang , l’actif et le passif , le fonds la forme, l’énergie concentrée dans une forme et diffuse dans un fonds la petite fille ne réagit pas comme le petit garçon, sauf exception elle est génétiquement plus empathique, ce n’est pas le même tempérament cf. le singe en nous. WALL). La féminité et la virilité sont beaucoup plus que des institutions culturelles, la féminité portée par un garçon et la virilité portée par une fille, ce ne sont plus ni l’une ni l’autre.


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