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Pour Aude de Kerros, l’Art Contemporain est une imposture

Pour Aude de Kerros, l’Art Contemporain est une imposture

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Nous croyions avoir fait le tour du scandale de l’Art Contemporain. Quelques ouvrages nous avaient déniaisés, révélant l’organisation soviétique de l’art en France avec ses inspecteurs, ses commissaires et tous ces fonctionnaires chargés de décider ce qui relève de l’art ou non. Avec ses précédents livres et quelques autres ouvrages, nous avions dénoncé la convergence de l’argent public et l’argent privé vers l’unique art conceptuel au mépris de tous les autres dans une ambition idéologique, une logique de guerre au beau. Force est de constater que la chute continue emportant toute une idée de la civilisation dans son sillage. Aude de Kerros raconte dans l’imposture de l’art contemporain, l’histoire des chutes successives, de chaque moment de trahison de l’Etat Français faisant allégeance au marché en étant prêt à sacrifier toute création, toute la culture sans exception. Et Aude de Kerros nous conte aussi l’émergence d’une résistance, son extension, ses artistes et penseurs qui osent encore exister et penser librement. Si Aude de Kerros publie ce livre, c’est aussi dans la logique de la résistance, le mur idéologique commence à se fissurer, le plug anal s’est dégonflé, c’est le moment de réveiller le peuple ! L’Imposture de l’art contemporain est déjà un véritable succès de librairie, remarqué par toute la presse nationale. Le livre a même du être réimprimé par l’éditeur.

Financial Art

L’apport principal de l’ouvrage d’Aude de Kerros par rapport au précédent est de prolonger l’histoire de la chute, de nous raconter l’histoire contemporaine de l’art contemporain. AC est devenu aujourd’hui un vulgaire placement, et comme ce placement est d’autant mieux dé-corrélé de la valeur de l’œuvre que cette dernière n’en a aucune. Ou plus exactement, l’œuvre a la valeur qu’un groupe d’initié a décidé de lui donner, groupe qui possède les œuvres et dont aucun membre n’a intérêt à voir le cour s’effondrer. Et nous savons comment s’appelle une chose portant une valeur sans référence à sa propre valeur, il s’agit tout simplement de la monnaie. L’AC est la nouvelle monnaie scripturale de notre temps, un argent hors frontière et hors marché.

Cette monnaie a effectivement l’avantage d’échapper à toutes règles du marché. C’est vraiment mieux que le bitcoin puisqu’elle vous permet même de briller en société. C’est dire si l’AC est en fait une vraie possibilité de blanchir l’argent… «  Ce marché fondé sur le délit d’initiés n’est pas soumis aux règles du marché ni à sa police » (p.13) Les œuvres d’art dépassant le million d’euros, soit 0,32 % du marché, sont en quelque sorte l’étalon art de cette nouvelle monnaie. Le temps de détention des œuvres tend à baisser, la liquidité est extrême. Il s’agit d’un instrument de spéculation sur les artistes émergents. Des bulles éclatent sur ces petits artistes pour mieux les passer au tamis et révéler ce qui permettra d’échanger de gros paquets de monnaie. Il n’y a de fait pas de crash possible, puisqu’il n’y a aucun attachement à une économie réelle. La sécurité naît de deux facteurs : le très haut niveau de fortune des joueurs et le fait que l’argent investi n‘est que leur argent de poche. L’AC est le marché idéal, le jeu idéal.

Aude de Kerros nous explique également que grâce à Internet, à compter de 2010, le marché de l’art devient planétaire. On n'achète plus en galerie mais sur catalogue virtuel. Dès lors exit les grandes civilisations, au profit de l’ethnicisation, du folklore, de la transculture… L’hégémonie américaine organise quelques satellites, qui vendent des variantes locales du grand tout. Variantes d’autant plus acceptées qu’elles se fondent dans l’ambition sociologique de l’AC. On ne collectionne pas le beau issu de chaque culture, non, on organise le multiculturalisme mondial. En 1960, Paris représentait 60 % du marché de l’art, aujourd’hui il ne représente que 4 %. Paris ne revit un peu aujourd’hui qu’en étant devenue une succursale de New-York, porteuse d’une marque « glamour ». Paris n’est plus le centre, elle n’est pas non plus la marge, ce n’est qu’un vulgaire satellite. Jack Lang a initié la pratique de mettre au service du marché tout son arsenal de fonctionnaires de la culture, il a fait converger argent public et argent privé, il a adopté pour un art conceptuel symbole de l’idéologie du politiquement correct au pouvoir et totalement compatible avec la finance internationale désireuse de caution morale et de capacité à manipuler les masses. « Les convictions trotskistes, fondées sur la croyance aux bienfaits de la révolution permanente, s’adaptent avec succès au monde du commerce et de la finance » (p.158)

Détournement du mot « art »

Un deuxième point saillant dans l’imposture de l’art contemporain est la mise en lumière du détournement du mot Art. Nous savions que la dialectique révolutionnaire peut aller jusqu’à inverser les définitions, à nous faire perdre la tête… Et bien nous observons avec l’AC un détournement du mot Art, une OPA. Tout d’abord, Aude de Kerros rappelle que l’AC n’est pas une esthétique ou un genre, mais tout simplement le contraire de l’art. Il ne s’agit pas d’œuvres qui appellent à livrer une signification par la contemplation, Il ne s’agit pas d’œuvres qui utilisent une expression de la beauté pour toucher l’autre, ce ne sont pas des œuvres réalisées par la main géniale d’un artiste. Non. Ce sont des œuvres issues par l’intention de l’auteur et expliquées par le communiqué de presse, ce sont des œuvres qui portent un concept, ce sont des œuvres qui se prêtent à l’analyse socio-psycho… "Qu’est ce que la beauté ?" de Jean Brun nous avait donné la définition de l’art, cette définition de toute éternité, cette marque qui distingue l’homme de toutes les créatures.

L’objectif des idéologues de la rue de Valois, ayant fait allégeance au marché, est tout simplement d’empêcher l’idolâtrie, d’empêcher la contemplation. L’art est vu comme un opium du peuple de plus à supprimer comme la religion. On appelle donc art ce qui n’en est pas et on fait en sorte de détourner toute tentative de contemplation pour la réorienter vers le sacro-saint questionnement ou le sacro-saint divertissement. On note d’ailleurs un déplacement des intentions de l’AC de la subvertion au divertissement. L’objectif étant bien sûr de toucher le marché de masse. C’est la « loi de la surprise » comme dirait Marc dans Art de Yasmina Reza. (Mais la surprise est une chose morte à peine conçue…) L’AC a la hantise de la lassitude et de la déception à la fois. Il n’y a pourtant rien de plus lassant que la subversion et la volonté de choquer, rien de plus décevant que le divertissement. L’AC est donc emporté dans une spirale inflationniste et n'est qu’une dialectique en art. Tout est devenu art sauf l’art (p.37). On tolère le peintre s’il peint du concept, s’il produit le story telling qui accompagnera l’œuvre. Pour finir, Aude de Kerros note que l’AC s’accroche comme un doryphore au grand art pour mieux opérer un transfert de noblesse. Ainsi les conservateurs de musée nationaux comme le Louvre font bénéficier de la notoriété du lieu qu’ils dirigent à l’AC par la rédaction de préfaces et textes. Il est intéressant de noter le refus d’une telle pratique par René Huyghe, car il l’appelait trafic d’influence… Dans le monde du Financial Art, les scrupules ont disparu et le cynisme est roi.

L’imposture de l’art contemporain ne fait pas que nous livrer l’histoire de la chute, elle nous conte également la résistance et la genèse d’un réveil de l’Art. Nous nous réjouissons à MN d’avoir été remarqués dans cette résistance et dans notre volonté de promouvoir les artistes qui sortent des grottes idéologiques. La conviction d’Aude de Kerros est qu’avec le temps l’AC s’évanouira. L’Histoire a besoin de preuve et l’AC ne fournit qu’une fiction. Le mur peut tomber un jour soudainement, simplement par manque de foi. Et les Soljenitsyne sont nombreux aujourd’hui à faire des brèches dedans. Peut-être est-il proche le jour où en France nous pourrons faire comme la Russie qui sut proposer un lieu à Saint-Pétersbourg reprenant toute l’histoire de l’art du XXème siècle, sans aucune censure.


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