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Sophie Patry, la poésie d’un monde en mouvement

Sophie Patry, la poésie d’un monde en mouvement

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Sophie Patry est photographe. C’est un peu court… Auteur-photographe correspond mieux à son travail même si il est de toute façon difficile de la faire entrer dans une case. Bien sûr elle utilise un appareil-photo, mais la technique s’efface devant une volonté poétique de transformer le monde. « Je cherche à ce que les gens puissent s’échapper. » Pour ce faire, elle bouge. Sophie est toujours en mouvement, ce qui provoque des effets à la prise de vue. Celle qui fit des études de cinéma se retrouve donc aujourd’hui à convoquer le film dans les photos, à cultiver l’obsession de saisir le mouvement. Elle parvient ainsi à se faire narratrice : « Je raconte une histoire… une histoire sans fin. »

Il lui est bien sûr impossible de faire deux fois la même photo. Il y a toujours un effet de surprise lors du traitement sur l’ordinateur, l’auteur, premier spectateur de la photo, découvre le fruit de son mouvement et s’y retrouve. Elle avoue que cette technique, sa marque de fabrique, est presque venue par accident. « J’avais envie de travailler le mouvement. J’ai donc commencé à bouger moi-même. »

Plus qu’un besoin, c’est une façon d’être, une façon de s’approprier le monde, de le poétiser. L’artiste va même jusqu’à utiliser la vitesse de la voiture dans la série de photos intitulée « Road movie », et elle se met en mouvement dans le mouvement même de la voiture. Elle parvient ainsi à déplacer des nuages, des arbres et à les mettre sur une même route. Tout tourbillonne dans un flou aquatique. On a toujours l’impression d’être à la fin ou après une tempête. En fait, c’est elle la tempête !

 

Photographier avec un pinceau

Si on a du mal à classer l’artiste parmi les photographes, on a aussi du mal à classer les œuvres parmi les photos. C’est presque autre chose, il y a une vraie démarche picturale, un travail de la lumière bien sûr, mais aussi un agencement des masses sombres et des masses claires, une quête de l’équilibre. On pourrait croire du fusain souvent car il y a un grain assumé et revendiqué dans les photos de Sophie Patry. La couleur se fait rare bien sûr, et pourtant, une série l’accueille et les paysages en couleurs donnent l’impression d’être coloriés, un peu colorisés à l’instar des films anciens. Encore un souvenir des études de cinéma ? L’artiste avoue : « On dit souvent que j’ai un pinceau dans les mains ».

 

 

Des souvenirs, des fantômes

Sophie Patry nous permet de tout embrasser, de transformer la réalité en rêve, tout de suite. « J’aime le côté fantomatique. C’est entre le réel et l’irréel, chacun voit ce qu’il a envie de voir. J’ai toujours été attirée par le côté fantastique. On peut voir parfois des petits monstres dans les arbres si on s’applique. » Nous plongeons donc dans un monde imaginaire, le sien, le nôtre. Il y a forcément une projection de la vie intérieure sur ce qu’elle regarde, même si dans sa valse avec l’appareil, elle ne voit rien au moment de la prise de photo. Elle s’y retrouve lors de la sélection. Elle garde les photos qui lui parlent. « Je retrouve alors l’ambiance de mon rêve. »

Le mouvement saisi par Sophie Patry exprime la fuite, l’éphémère, la grâce de ce qui va nous être ôté du regard. Percevoir la grâce, c’est déjà en avoir la nostalgie. C’est un peu comme le dernier regard jeté en arrière, ce que l’on souhaite voir se graver dans nos mémoires au moment du départ. On anticipe que cela va devenir des souvenirs donc des choses un peu plus floues.

Dans la série People, grâce au mouvement, la silhouette est incorporée au paysage, elle ne devient qu’une ombre, une empreinte, entre la présence et l’absence. Commence-t-on à les oublier ou ravive-t-on leur souvenir ? Sur un même lieu, il nous semble également voir des souvenirs communs se superposer : une personne qui passe sur le trottoir et vingt ans plus tard un enfant qui joue, le soleil et la pluie en même temps… Sophie Patry mélange les choses et nous les confondons. Voilà donc rassemblé le film d’une vie pour un soir. La vie est un road movie dont l’artiste extrait le temps pour tout superposer.

 

 

L’immuable

Si tout bouge, qu’y a-t-il d’immuable dans les œuvres contemplées ? Les photographies semblent des traces, on semble les découvrir comme pourraient le faire un chercheur, un archéologue. On devine des choses. Cela relève un peu de l’explosion nucléaire, cela rappelle le négatif formé sur les murs par l’explosion, cette empreinte de l’être ainsi saisie dans son imperceptible mouvement au moment de sa disparition, son âme imprimée pour toujours.

Dans les autoportraits, c’est toujours elle qui bouge. En revanche, les objets, le décor ne bougent pas. L’artiste ne transforme plus son environnement mais elle-même. « Je me transforme en fantôme juste à côté de la photo de mes parents qui est fixe. » Il y a plus d’impudeur dans les autoportraits. « C’est plus dur. On montre son travail et soi-même, son image. »

Qu’est-ce qui est immuable ? Cette trace de l’être qui ressemble à son âme oui. Ce monde quand l’artiste devient elle-même fantôme, oui. Et les thèmes. Ils reviennent sans cesse. Ils la hantent comme ses fantômes. Il y a quelque chose d’obsessionnel chez Sophie Patry comme souvent chez les artistes. Ils veulent percer le mystère de leur élection. Quelque chose à ajouter ? Elle laisse le discours aux autres. « Je préfère que les autres parlent sur mes photos plutôt qu’ils me fassent parler, je parle mieux avec mes photos. Je dis tout avec mes photos. »

 

Exposition à la galerie murmure à Colmar et quelques photos présentes à Douarnenez, photos présentes dans le dernier Dissonance sur le thème Mutation.

https://sopatry4.wixsite.com/sophiepatry

 

 


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