Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.

MN prend la marge et revient en septembre


Bertrand Betsch chante les autres

Bertrand Betsch chante les autres

Par  

Bertrand Betsch est auteur-compositeur et interprète et il a décidé pour ce dernier disque de mettre en œuvre cette dernière compétence d’interprète. Il chante les autres, il se laisse traverser comme une gargouille par les musiques et les textes des autres chanteurs, pour nous les redonner drapés de son voile pudique, de son swing mélancolique. 18 titres généreusement enchaînés pour une playlist qui devient immédiatement familière.

B/B/ a d’abord fait le sélectionneur et cette compilation pourrait fonctionner un peu comme un portrait chinois. Si tu étais une chanson laquelle serais-tu ? B/B/ semble répondre : je serais My love is for free. Et comme dans tous les portraits chinois, il y a une faute de goût, mais je dois reconnaître que moi-même il m’arrive trop souvent de chanter avec fierté Richard Cocciante sous la douche… B/B/, lui, reprend les Yeux révolver de Marc Lavoine, cet espèce de dandy que le succès a fini de convaincre qu’il était beau et qui, depuis des années, surfe sur le vide rempli de superlatifs révélant la pauvreté qu’il a été capable d’offrir : « tellement si femme, je l’aime tellement si fort. » Mais passons là-dessus puisque la voix familière de B/ B/ m’a amené logiquement à également fredonner ce que je qualifie de faute de goût.

B/B/ a ensuite fait le ré-arrangeur pour donner cette couleur pop qui lui est propre aux chansons choisies. Une pop minimaliste, légèrement lyrique, légèrement triste, légèrement dansante et à la couleur sixties tenace. La gargouille fonctionne bien, puisque chacun des titres, aussi différent chanté par les autres, finit par lui coller à la peau comme si il l’avait lui-même engendré.

Que trouve-t-on dans cette compilation ? D’abord des titres peu connus de chanteurs connus. Nous remercions B/B/ de nous les révéler, de nous les offrir. Comme on ne les connait pas, on pourrait croire que ce sont ses chansons. Ces chansons épousent son son. Ces titres choisis de Jacques Higelin, Daniel Darc, Hubert Felix Thiéphaine ou Françoise Hardy nous donnent envie de plonger littéralement dans les productions de ses artistes, nous laissant l’impression que nous serions peut-être passés trop vite à côté d’eux.

Il y a des chansons connues de chanteurs connus. Parce que la réalité est celle là. Nos playlists personnelles sont construites autour de pépites que l’on est fier d’avoir dénichées mais aussi de gros tubes qui nous ont traversés d’une façon particulière et se sont accrochés à notre identité. Quelle joie, par exemple, d’entendre au début de cette compilation A toi de Joe Dassin. Incroyable comme cette chanson sonne bien, incroyable son efficacité. Nous n’aurons pas osé revendiquer que Joe Dassin était un roi de la pop, craignant un snobisme éclair digne des Inrocks, et pourtant l’interprétation que B/B/ fait de Joe Dassin nous rend évidente la force de ce morceau de pop.

Il y a les titres des chanteurs apparentés à B/B/ , Dominique A bien sûr avec l’amour. B/B/ avait déjà repris un titre de Dominique A en 2001 dans BB Sides, il s’agissait de la folie des hommes. Et puis nous trouvons ces chanteurs qui lui ressemblent, à qui il ressemble, Jean-Louis Murat, et Alain Souchon. Etrange d’ailleurs comme la voix de B/B/ semble être la jumelle de celle de Souchon, je ne m’en étais jamais rendu compte.

Il y a enfin des titres inconnus de chanteurs inconnus (de moi). Et là, il faut dire toute notre reconnaissance à B/B/ de nous faire ces cadeaux. Retenons Honey I sure miss you de Daniel Johnson, qui sonne comme un cri inutile, une plainte saturée, la courte comptine de Martin Angor (si la lumière change) qui semble anticiper la mélancolie qui vient, et ce titre énigmatique $20 de Low dans lequel on entend la phrase qui donne son nom à l’album : my love is for free. Ce titre revient comme le refrain d’un psaume entêté, sans illusion, une proposition qui n’engage à rien.

Terminons par cette chanson interprétée par Marie Dubas dans les années 20 et qui ne peut plus vous lâcher dès lors que vous l’avez entendue. Plus efficace encore que le tourbillon de la pluie de Jeanne Moreau. Ca fait peur aux oiseaux nous pénètre comme la gargouille que nous sommes devenus à force de chantonner dans le sillage de B/B/. Il n’y a qu’une chose pour se défaire d’un enchantement : opter pour un autre. Je reprends l’album la chaleur humaine où je peux ré-écouter B/B/ interpréter un titre qui aurait pu également figurer ici et qui continue à m’envelopper : bang bang.

 

Pour se procurer l'album : http://www.lesimprudences.com/produit/my-love-is-for-free-bertrand-betsch/

 


DE CALM nous raconte le clip de Bertrand Betsch
DE CALM nous raconte le clip de Bertrand Betsch
Bertrand Betsch, la nuit nous appartient
Bertrand Betsch, la nuit nous appartient
Betsch, la vie apprivoisée
Betsch, la vie apprivoisée

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :