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MN prend la marge et revient en septembre


Clio s’amuse avec la chanson

Clio s’amuse avec la chanson

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Artiste : Clio. Nom de l’album : Clio. C’est une fille qui chante. Sans vouloir nous déranger, pourtant, je me tais sans terminer ma conversation, j’ai envie d’écouter, cela semble trop évident pour être vrai. Trop simple pour mériter que je me taise ? Comme Françoiz Breut ou Carla Bruni, Clio joue la désinvolture pour installer durablement une petite déchirure en nous, quelque chose qui nous rend moins entiers, moins suffisants, qui nous ampute un peu. On devient ainsi dépendant de la chanson, de mots posés l’air de rien qui nous amènent à comprendre que nous devrions nous poser une question, une question pour laquelle la mélodie a été faite. Bizarre que quelque chose d’aussi ordinaire me fasse me taire.

Clio nous donne une petite leçon de vanité. Tout cela va passer. Comme une soirée d’été, comme une bulle de champagne, comme une vie d’artiste. Celle d’Eric Rohmer. Il nous faisait du bien. Il est mort. On sait aussi que la douceur d’entendre va s’achever. C’est court une chanson. Trop court. Clio nous le met en évidence. Elle qui voit les années passer et qui se console doucement dans son refrain : « Printemps, printemps, prends ton temps. » On a envie de lui répondre : « Clio, Clio, prends ton temps ! » Nougaro disait de la chanson qu’elle était « Comme l’oiseau mouche perché sur le haut mur du son », Clio est bien cet oiseau mouche. Inaccessible, qui sifflote hors d’atteinte et qui nous fait tendre l’oreille. Rien d’étonnant au demeurant que celle qui porte le nom de la muse de la musique finisse par être l’incarnation de ce qu’est la chanson. Clio, une éphémère qui m’a conduit dans sa maison… Dans sa chanson… Cette équilibriste sur le haut mur du son !

Et me voilà dépendant. J’écoute en boucle Clio. J’aime la petite torture qu’elle me procure, cette mélancolie qui est anticipation de la chute, de la fin. Ca ne va pas durer. C’est une certitude dès le début. C’était bien pourtant. Même maintenant, c’était bien. Cette capacité à prononcer de sorte de rendre déjà passé ce qui advient. Elle fait de notre avenir, de nos projets, un passé proche, tellement proche qu’il nous appartient, qu’il nous contient.

Clio, c’est aussi, puisque je le décide aujourd’hui, la Joconde de la chanson. Oui, elle a un air à deux airs. Comment pourrait-on les définir : joyeusement mélancolique, ironiquement plaisant, lasse et espiègle à la fois, malicieuse et spontanée… Chaud-froid, salé-sucré, tu veux ou tu veux pas ? Au-delà de Françoiz Breut ou Carla Bruni, on peut dire que Clio a quelque chose de Thomas Fersen. Elle se fait narratrice pour justifier la ballade. Simon qui sent si mauvais, les gamins équilibristes, et celui qui aurait pu prévenir avant d’aller chez le coiffeur… Ma préférence va à la chanson intitulée « Plein sur les doigts ». Je vois les doigts de la chanteuse pleins de gouache pour mieux toucher l’être de celui qu’elle aime et je deviens toute tendre, toute douce, toute… amoureuse.

Nous qui avions peur de la fin, nous étions effrayés par l’éphémère qui nous avait suivis dans notre maison et… voilà que ça recommence presque au début. « Eric Rohmer est mort. » Je la connais déjà par cœur cette chanson, c’est trop bien. Une chanson courtoise comme les films de Rohmer, une chanson intelligente comme les films de Rohmer, une chanson discrète comme les films de Rohmer. Et, Clio a réussi à faire chanter Luchini pour cette espèce de dacapo. L’acteur parfait dans son rôle taillé pour lui comme d’habitude. Du profond au clown pour notre plaisir. Et nous entendons la jouissance de dire, redire les mots. Parler est le geste de Luchini, prononcer est son fiat permanent. C’est dire si la chanson est faite pour lui.


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