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Dominique A, l’albatros du rock

Dominique A, l’albatros du rock

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Vingt ans que je l’écoute, et cinquième fois que je le vois sur scène. Dominique A est en tournée en France suite à la sortie de son dixième album studio, Eleor. Sur scène, il chante beaucoup de chansons récentes des trois derniers albums et puis, tiens," La mémoire neuve ", comme il y a vingt ans, au festival " Alors chante " à Montauban. Nous étions une dizaine d’heureux alors dans le théâtre. Et depuis je comprends chaque année davantage pourquoi je l’ai toute de suite aimé. Nous avons beaucoup glosé sur ces chansons à chaque album sorti. Et si tout est dit sur les albums, voyons donc que l’on peut dire du vivant. Le live se donne-t-il à lire ?

L’amour sorcier

Vas-y, refais-le,… ce geste, oui, quand tu te déhanches en déployant tes ailes une à une. Refais-le ! Ce geste bien présent. Gonfle le poitrail noir et élance un bras à droite, un autre à gauche. Tu vas t’envoler. Et tes bras dessinent ta signature, ta griffe, celle de toujours, cette saccade dans laquelle tu puises ton rythme et ton phrasé. Tu prouves que tu as des ailes de géant et nous savons depuis Baudelaire que c’est la marque des poètes. Cette maladresse dans notre monde où tu te poses n’est que la preuve qu’il nous faudrait savoir le quitter. Tu es donc oiseau en live et Albatros sur scène puisque tu nous sembles gigantesque. Oiseau donc, mais terreau aussi. Tu rythmes tes riffs de guitare en donnant des coups de tête vers le bas, il m’a même semblé te voir racler le sol avec ton pied, te préparant à foncer sur tout ce qui bouge. T’es fait moitié moitié, moitié terreau moitié oiseau, on en a connus d’autres chantant l’amour sorcier (1)… tes gestes ne te trahissent pas, cher colosse à la voix d’argile, ils sont la preuve que tu es incarné, que tes chansons ont un corps et nous sommes prêts à t’écouter.

Slow endiablé autour d’un cri

Comment définir ta musique ? De la chanson ? De la pop ? Non, ce serait tellement bien de ne pas la définir d’ailleurs. Il y a de l’électricité autour d’une voix, de l’électricité qui tourne autour de mots. Et cette électricité s’épaissit à mesure qu’elle tourne. Elle sature l’espace, elle surabonde à la grâce de la première parole du chanteur. L’électricité a le tournis et notre désir de nous unir monte. « Tout ce qui porte un nom brûle. »(2) Moi aussi. Ces astéroïdes d’électricité tournent autour d’un cri, un cri sorti du disque sourd, ne l’oublions pas. Fragile, osé, obstiné. Et s’il faut absolument classer ta musique, disons qu’il s’agit de slows, de slows qui s’endiablent à mesure que la chanson avance. Jeff le bassiste et Dominique dansent chacun avec leurs guitares collées serrées. L’austérité première devient systématiquement sensualité extrême grâce à l’ivresse du son saturé du rock. C’est ce que le live nous livre de plus que l’écoute de l’album, il nous révèle comme la chanson peut s’incarner, comment elle est née, et comment elle peut renaître sur scène.

Il se retourne et décolle, ça y est, ces bras ne cessent de tournoyer. La fièvre de l’électricité l’a pris. On le sait capable de voler. Depuis le temps qu’il nous dit que nous sommes immortels. Jeff, Sacha (Toorop) et Boris font leur possible pour gonfler de musique les poumons de celui qui s’agite pour s’envoler. Il faudrait que nous le suivions sans plus jamais avoir peur du ridicule, sans plus jamais prendre peur de l’amour (3). Si seulement nous avions le courage des oiseaux,… tout est là.

 

(1) Claude Nougaro - l'amour sorcier - 1969

(2) Dominique A - Marina Tsvétaéva - Sur nos forces motrices - 2013

(3) Dominique A - Le convoi - Vers les lueurs - 2013

 

Les dates à venir : http://www.commentcertainsvivent.com/concerts


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