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Dussollier nous conte Novecento

Dussollier nous conte Novecento

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Ce fut la der des der, sur le lieu où la pièce fut créée, aux célestins à Lyon, plus de deux ans après avoir reçu son Molière, Dussollier nous a à nouveau offert Novecento. Le premier message que nous transmet l’acteur par son interprétation est : au théâtre comme en poésie, il faut de la musique avant toute chose. En effet, Dussollier agit en interprète. Comme un chanteur, il maîtrise le débit, le rythme, les silences, les liaisons, quand il faut jouer Forte, quand il faut jouer piano. La voix de l’acteur se fait instrument, plus exactement, elle se fait jazz, car c’est de jazz dont il s’agit dans cette pièce qui va se dérouler comme sa propre bande originale. L’acteur est accompagné par une trompette dont le personnage est censé jouer, une contrebasse, une batterie, un occasionnel banjo et… un piano. Car la vraie star, c’est lui, le piano et ses 88 touches noires et blanches magiques. Ce n’est ni le trompettiste qui narre l’histoire, ni même ce Novecento né et abandonné sur un bateau, c’est bel et bien le piano le cœur du récit.

Quand on danse on ne meurt pas

Dès son arrivée sur scène Dussollier donne le rythme par un débit joyeux de phrases : le narrateur est pressé de tout nous dire, et on le comprend car l’histoire est inouïe, qui est ce Novecento. Sur un paquebot de croisière qui sillonne sans relâche l’Atlantique, en 1900 pile, un bébé est né pendant la traversée et abandonné dans la salle de banquet. Elevé par un machiniste qui le baptisera en cherchant l’inspiration dans les journaux : Danny Boodmann T.D. Lemon … il y ajoute pour le rythme du phrasé et en concordance avec son année de naissance … Novecento. La légende est née. Novecento né sur bateau, né pour la musique. Il ne débarquera jamais sur la terre ferme. Il grandira et vivra le nez plongé dans les 88 notes de son piano. 88 notes où il convoque l’immensité dont il préfère se priver. Ses mains, ses doigts se démultiplient, le pianiste est plusieurs. Le jazz, c’est le champ du possible pour un orphelin, c’est la capacité de tout dire après une petite prise d’élan dans le silence qui précède toute chose. Le narrateur danse en nous racontant. « Quand on danse on ne meurt pas. » Il se sait privilégiée d’avoir connu Novecento, il nous sait privilégiés d’écouter son histoire.

La vie, c’est immense

Dussollier joue ce trompettiste qui eut la joie de jouer avec Novecento pendant quatre ans. Quatre des 32 ans que Novecento a vécu. La vie cachée d’un christ. Rien n’est plus efficace que la voix précise d’André Dussolier pour nous faire jouir du jazz, pour nous permettre de communier à la joie des musiciens qui partagent tout, pour nous faire ressentir l’urgence de danser ici et maintenant. Il a cette voix à la fois nasale et claire du séducteur maladroit, maladroit pour séduire. Dussollier ne peut s’empêcher d’être dans une sorte de célébration de la vie et, en même temps, il ne peut s’empêcher de véhiculer cette mélancolie propre aux poètes. La mélancolie est sans cesse anticipée dans le jazz. C‘est pour ça que c’est une musique de fête. On aurait pu… mais… On aurait pu mettre un pied à terre par exemple… Ne serait-ce que pour voir la mer depuis la terre… Mais quelle rue prendre parmi mille, quelle fille épouser, quelle maison acheter ? La ville est trop immense, on ne peut pas en jouer. Seul Dieu le pourrait éventuellement, lui qui danse sur du ragtime quand personne ne le voit ! De toutes ces variations musicales sur la musique des années qu’on dit folles, il reste une note sur les 88, le timbre de Dussolier, une seule note où Novecento convoque l’éternité dont il préfère se priver. Et c’est dans une dernière explosion de dynamite et de jazz faisant virevolter le vieux narrateur, que la messe est dite.


Woody Allen nous a bien eus !
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Nous avons miséré ensemble
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Jeanne de Lartigue nous enchante
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