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MN prend la marge et revient en septembre


Exodus, Gods and Kings

Exodus, Gods and Kings

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À l’approche de Noël, il nous fallait bien un film sur fond d’histoire biblique.
Comme Hollywood a déjà épuisé La Plus Grande Histoire Jamais Contée, Ben-Hur et Le Da Vinci Code, Noé ayant déjà eu son film plus tôt dans l’année, c’est donc l’ami Ridley Scott qui s’y colle en adaptant l’histoire de l’Exode dans sa dernière production grand spectacle Exodus, Gods And Kings.

Le film a été visionné en VO et en 3D.

Au casting, on retrouve, parmi les rôles principaux, Christian Bale, Joel Edgerton, John Turturro, Aaron Paul, Sigourney Weaver, Ben Kingsley, María Valverde, Golshifteh Farahani ou encore Indira Varma.

Le scénario du film s’appuie en grande partie sur l’histoire biblique de Moïse.
Égypte, 1300 ans avant notre ère, le peuple juif est retenu en esclavage depuis 400 ans.
Moïse est élevé à la cour de Memphis en tant que cousin de Ramsès. Les deux jeunes hommes sont très liés et préparés à assurer le pouvoir à la mort de Séthi Ier. Ramsès en tant que Pharaon, Moïse comme son conseiller.
Au hasard d’une visite dans une carrière où triment des esclaves hébreux, Moïse va être interpellé par un des Anciens qui va alors lui révéler qu’il est lui-même un fils d’Israël, rescapé d’un massacre perpétré par les Égyptiens et recueilli par la sœur de Séthi Ier.
Moïse refuse de croire à cette histoire. Il continue de nier sa filiation au peuple hébreu même après que des rumeurs sont arrivées aux oreilles de Ramsès.
S’accusant finalement pour sauver Myriam, Moïse est exilé dans le Sinaï où il est recueilli par la famille de Jethro.
Une des filles de Jethro, Séphora, finira par épouser Moïse qui deviendra berger au sein de sa nouvelle famille.
Au cours d’un de ses gardiennages de troupeau, Moïse est pris dans une tempête et reçoit de Dieu la mission de faire sortir le peuple hébreu d’Égypte pour le conduire au pays de Canaan.
Moïse va alors retourner à Memphis où il va entamer une véritable guérilla pour faire plier Ramsès, aidé par les dix plaies qui vont s’abattre sur la terre de Pharaon…

Techniquement le film est très beau, les décors et les environnements sont splendides.
Certaines scènes à Memphis donnent le vertige par la splendeur de la reconstitution des lieux, des effets de foule et du gigantisme des lieux.
Les décors extérieurs offrent de beaux panoramas figurant la région de la Vallée du Nil et du Sinaï. Les équipes de repérage du film ont réellement mis une grande application à trouver des environnements à la fois grandioses, solennels et fidèles aux zones géographiques traitées.

La restitution des différentes cultures du film reflète d’un sérieux dans le travail des accessoiristes, costumiers, armuriers, …
Des experts trouveront peut-être à redire sur tel ou tel point, en pointant des incohérences ou des anachronismes, mais pour l’œil du profane le travail accompli est à la hauteur de ce qu’on peut attendre de ce type de film.

Cependant, si la forme est éblouissante de qualité, le fond est très loin de suivre.
Ridley Scott semble, depuis trois ou quatre films, ne plus savoir construire de films cohérents menant une narration construite et ordonnée.
L’une des principales raisons sur ce film pouvant expliquer ce chaos scénaristique vient du fait que Ridley ne sait pas dans quelle direction orienter son film.
Cherche-t-il à faire une retranscription du mythe biblique ? C’est mauvais et abscons.
Tente-t-il de faire une représentation plus historique des faits ? C’est raté.
Veut-il créer un film épique hollywoodien ? Le défi est moyennement relevé.

Telle la Trinité, ce film est les trois à la fois sans être aucune de ces représentations.
Les libertés prises par le réalisateur, signalées dans un panneau d’introduction, détournent le film du récit biblique de Moïse en introduisant la notion de la formation d’une armée juive pour saper la stabilité et la prospérité du peuple égyptien.
On pourrait alors croire que Ridley Scott tente, à l’instar d’un Wolfgang Peterson avec son Troie, de créer une vision plus réaliste, plus historique de l’Exode. Mais alors pourquoi faire intervenir Dieu pour justifier la mission de Moïse et les Plaies.
Le film restera coincé entre ces deux points, n’ayant jamais l’aplomb de prendre clairement un parti pris de peur surement de se mettre à dos athées ou croyants.

La dimension épique vient alors créer une illusion de sensationnel dans ce film qui souffre parfois de confusion et de longueurs inutiles.
Mais même là, Ridley manque de créativité en pompant allégrement dans ses anciennes productions à grand spectacles afin de nous servir un produit fini où l’œil alerte aura l’impression de naviguer entre Gladiator, Kingdom of Heaven et Robin des Bois.
On est parfois plus proche d’une charge de Mamelouks que de celle de l’armée des Deux Terres.

Les deux personnages principaux, Moïse et Ramsès, ne sont pas épargnés par le passage dans le broyeur de Ridley Scott.
Le premier présente des réactions inconstantes et violentes qui ne collent pas vraiment à ce que devrait être ce guide faisant sortir son peuple d’Égypte de manière pacifique. Une scène est le révélateur du traitement personnage.

Juste après que les rumeurs de l’ascendance juive de Moïse sont parvenues aux oreilles de Ramsès, ce dernier convoque Moïse pour lui demander de se justifier.
Celui-ci évoque des allégations ridicules et infondées. Ramsès admet avoir du mal à y croire lui-même, mais convoque comme même Bithia pour lui demander de s’expliquer.
Bithia nie à son tour avoir trouvé Moïse dérivant sur le Nil, et de nouveau Ramsès admet croire Bithia.
Pourtant, il convoque à son tour Myriam, employée comme servante au palais, pour répondre à l’accusation d’être la sœur de Moïse. Celle-ci nie pour sauver son frère.
Ramsès la menace de lui couper la main si elle continue à nier, mais Myriam réitère sa réponse. Ramsès s’apprête alors à exécuter sa menace quand Moïse rentre dans un accès de fureur injustifiée, stoppe la lame de son cousin et lui hurle dessus qu’il est bien le frère de Myriam alors que juste avant –et après d’ailleurs- il était convaincu d’être un prince d’Égypte.
À partir de ce moment, Moïse semble s’acheter une conscience morale et rejeter sa condition de prince égyptien pour devenir autre chose. Plus vraiment égyptien, mais jamais vraiment hébreu.
De même, aucune explication n’est avancée pour justifier que Moïse, ne croyant ni aux prophéties ni à Dieu, abandonne sur un coup de tête sa famille et sa vie après l’épisode du Buisson Ardent pour retourner en Égypte, endossant au passage le costume de Messie et de sauveur du peuple hébreu.

On a comme la désagréable impression que Ridley se prend pour le Maitre du Jeu d’une partie de Donjons Et Dragons où il ne justifie pas ses décisions par "C’est magique", mais par "C’est biblique".

Le personnage de Ramsès n’est malheureusement pas plus épargné par le film.
L’interprétation faite par Joel Edgerton transforme l’un des plus grands dirigeants de l’Égypte Ancienne en un homme indécis, fade et sans envergure, régnant par la terreur et plongeant l’Égypte dans la décadence.
À préciser également pour la culture générale que les temples de Abou Simbel ont été construits par Ramsès II et non par son père Séthi Ier. Par conséquent, toute la scène mortuaire au début du film est historiquement fausse. Que Dieu bénisse l’Amérique et sa vision de l’histoire !

Finissons malgré tout par quelques aspects positifs du film.
Le traitement des dix Plaies est purement et simplement phénoménal de maitrise technique et de trouvailles pour représenter ces fléaux.
Par exemple, dans les productions précédentes, Moïse plongeait son bâton dans le Nil qui se transformait alors en sang et infestait la faune du Delta.
Ici, c’est une horde de crocodiles du Nil géant qui attaque plusieurs bateaux, décime leur équipage dont le sang va se répandre sur le Nil et l’infester.
Dommage que plus d’actes de bravoure cinématographique ne soient pas plus présents dans le film.

Enfin, un mot sur la 3D.
Elle est bien maitrisée, mais présente deux niveaux de qualité indéniable.
En intérieur ou dans des espaces à courtes profondeurs de champ, la 3D prend tout son sens et reflète parfaitement bien la troisième dimension de la scène filmée.
Par contre, dès qu’on se retrouve dans des espaces ouverts, avec des panoramas sans aucun élément de repère, la 3D devient inutile et n’apporte aucune plus-value au film.

En conclusion, Exodus, Gods and Kings est une production dont le fond n’égale pas la forme.
Le film présente une esthétique et un travail artistique très soigné, mais traite son sujet par-dessus la jambe sans cohérence pour son propos, sans respect pour son support de base et en usant de symboles sans se préoccuper de leur place dans l’histoire de l’Égypte.
Le film n’est pas complètement une catastrophe, et ne devrait pas déclencher de trop grandes réactions épileptiques chez les spectateurs, mais est loin d’être un bon film. C’est un divertissement épique hollywoodien où il vaut mieux mettre en veilleuse ce qu’on a appris au catéchisme.


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