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Comme le héros d'Au fond de la rade, vivez dans un sous-marin, en Bretagne, afin de n’être plus à l’étroit dans notre immensité…


Heimat, retour sur un véritable roman cinématographique

Heimat, retour sur un véritable roman cinématographique

Par  

Trilogie de plus de 51 heures.

Heimat, un mot allemand qu’il est impossible de traduire par un seul mot français, bien qu'il corresponde à un sentiment universellement répandu. Il désigne à la fois le pays où l'on naît, le village où l'on a grandi, mais aussi la maison où on a passé son enfance ou celle où on est chez soi. Ainsi quand on est loin de chez soi, on a le mal du pays, le « Heimweh ».

Il y eut une époque où la langue allemande opposait « Heimat » à « Elend », la misère. Ce dernier mot vient de l’ancien allemand « ali-lenti » qui signifie littéralement « l’autre pays » ou l’étranger. Vivre « à l’étranger » était donc synonyme de vivre « dans la misère », ce qui définit par extension « Heimat » comme un équivalent du bonheur. Jusqu'au XVIIe siècle, pour les chrétiens, la misère était même synonyme de l’ici-bas : la « Heimat » était alors l’au-delà, le Paradis. Une personne décédée était donc libérée de cette « misère » et allait « chez elle », « daheim ». Le mot « Heimat » est donc à la fois de l’ordre du sentiment, de la foi religieuse, du souvenir d’enfance, d'un horizon familier ou d'une atmosphère bien précise.

Le terme connaît actuellement (depuis les années 1970) un regain de popularité en Allemagne, en tant qu'il désigne ce qui relève de l'authenticité, de la culture régionale.

Il est aujourd’hui, par la force des évènements, toujours sujet à disputatio : https://www.arte.tv/fr/videos/081885-000-A/le-retour-du-mot-heimat-fait-debat/

 

Heimat 1, Eine deutsche Chronik (15 heures de pelliculle)

Heimat 1, une chronique allemande (1919-1982)

(Heimat, Eine deutsche Chronik)

En 1984, le centre du monde se déplace soudainement à Schabbach, un pauvre village (imaginaire) du Hunsrück (Rhénanie-Palatinat). C'est là que se déroule Heimat, film-fleuve de quinze heures et quarante minutes, découpé en onze parties dont la durée oscille de 52 à 146 minutes. Le créateur de cette épopée du quotidien, Edgar Reitz, est né en 1932 dans cette région rurale perdue entre Rhin et Moselle – trop tard pour s'être fait directement happer par le nazisme, trop tôt pour ne pas mesurer le poids du silence, puis de la culpabilité, qui s'abattront respectivement sur la génération de ses parents et la sienne. Heimat s'inscrit judicieusement dans le temps long du XXe siècle.

Synopsis : C’est ici une épopée de plus de 15gh en sept parties racontant l’histoire de la famille Simon, originaire de Schabbach, un petit village dans le Hunsrück. Maria, fille d’un riche propriétaire Wiegand, tombe amoureuse de Paul Simon, qui vient tout juste de rentrer de la Première Guerre mondiale. Lorsqu’ils se marient et ont deux enfants, Anton et Ernst, Maria pense avoir trouvé le bonheur. Mais un jour, Paul part sans prévenir pour les Etats-Unis et ne donne plus aucun signe de vie. Maria reste au village, espérant le retour de son mari.

Analyse : Heimat est un film sans précédent, dans l'histoire du cinéma, à la fois par son ambition (dire l'histoire d'un pays à travers un siècle de la vie d'un village), sa démesure (plus de 15 heures), sa posture (à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, le film passe aussi alternativement d'images couleurs au noir et blanc). L'écriture d'Heimat mobilisa Edgar Reitz de janvier à mai 1979. Le tournage eut lieu de mai 1981 à novembre 1982. Le montage demanda une année supplémentaire et la postproduction dura jusqu'en mai 1984.

En parallèle à la vie de la famille Simon, le film montre l'évolution de l'Allemagne au XXe siècle : montée du nationalisme sur fond d'occupation de la Ruhr, croissance économique retrouvée et avènement du nazisme (le frère de Maria est officier SS (1). Personnage central du film, Maria traduit le destin aussi banal qu'exemplaire des femmes au XXe siècle. Elle subit la solitude (son mari l'abandonne après-guerre), élève seule ses enfants, a une liaison éphémère et vouée à l'échec durant la guerre, entre en conflit avec son dernier fils dans les années 1950, vieillit et meurt seule. Sa génération est la première dont tous les enfants quittent le domicile familial. À force de constance, Maria finit par incarner le Heimat.

Heimat 2, Chronique d'une jeunesse (1960-1970)

Alors que Heimat I raconte la vie dans le Hunsrück, région campagnarde de Rhénanie, Heimat II se concentre sur Hermann Simon que l'on a vu naître et grandir dans la précédente série. Arrivé à Munich et décidé à ne plus jamais revenir au pays natal, Hermann va y étudier et passer dix années. Sous-titré "Chronique d'une jeunesse", Heimat II raconte la vie estudiantine et les jeunes années des adultes dans l'Allemagne reconstruite des années soixante. La série totalise 13 épisodes d'une durée moyenne de près de deux heures (25 h et 32 min au total)

 

Heimat 3, Chronique d'une époque (1989-1999)

Cette partie de la trilogie se déroule dans le Hunsrück avec les personnages des deux premières parties Heimat – Eine deutsche Chronik et Die zweite Heimat – Chronik einer Jugend. L'événement structurant est la chute du mur de Berlin en 1989 et les liens sociaux tissés dans les années 1990. L'action se termine au changement de siècle.

 

Un post (ou pré)-scriptum de 4 heures.

Heimat : chronique d'un rêve - l'exode

Die andere Heimat - Chronik einer Sehnsucht

Cette trilogie sera augmentée en 2013 d'un magnifique post (ou pré)-scriptum de quatre heures, Die andere Heimat (littéralement « L'autre Heimat »), sorti dans les salles françaises sous les titres Heimat : chronique d'un rêve - l'exode

Edgar Reitz n'en finit pas de défier le temps. Sa trilogie Heimat, saga monumentale et mémorable (51 heures et 10 minu­tes !), embrassait l'histoire de dizaines d'habitants d'un village de Rhénanie, à travers les soubresauts du XXe siècle (le nazisme, le Mur, la réunification…). Voilà qu'il remonte au XIXe siècle, avec ce film situé en 1842, toujours dans ce bon village de Schabbach.

Synopsis : 1842–1844, L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille ainée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir. Des dizaines de milliers d’Allemands, accablés par les famines, la pauvreté et l’arbitraire des gouvernants, émigrent en Amérique du Sud. « Un sort meilleur que la mort, ça peut se trouver partout ». Jakob Simon le cadet, lit tous les livres qu’il peut se procurer, il étudie les langues des Indiens d’Amazonie. Il rêve d’un monde meilleur, d’aventure, de dépaysement et de liberté. Il décide d’émigrer. Le retour de son frère Gustav du service militaire dans l’armée prussienne déclenche une série d’évènements qui met à rude épreuve l’amour de Jakob et bouleverse son existence."

 

Du coté des éditions dvd et Blu-Ray

Les éditions Potemkine nous proposent l’intégralité Heimat I, II et III dans leur version originale sous-titrée en français, et restaurée, en coffret DVD

http://www.potemkine.fr/Potemkine-fiche-film/Heimat-1-une-chronique-allemande/pa11m5pr18233.html

 

Ainsi que le dvd : Heimat : chronique d'un rêve - l'exode

http://www.potemkine.fr/Potemkine-film/Heimat-1-chronique-d-un-reve-2-l-exode-die-andere-heimat-chronik-einer-sehnsucht/pa61m3f214.html

BA : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19538458&cfilm=223751.html

 

Les éditions Lumière nous proposent également, et à moindre coût, l’intégralité Heimat I, II et III dans leur version originale sous-titrée en français, et restaurée, en coffret DVD

Ainsi que https://www.lumiereshop.be/search/heimat/

Notez que les transferts de ces deux éditions restaurées sont de très bonne qualité.

Cette œuvre magistrale réconciliant cinéma et télévision conserve à nos yeux une stupéfiante modernité. Il nous reste à la (re)découvrir grâce à ces belles éditions.

Notes

  1.  « Heimat n'est pas un panorama historique, et mon but n'est pas de remplacer le travail de l'école (…). Dans Heimat, nous sommes aussi aveugles que les gens de l'époque. Après coup, nous savons toutes les horreurs qui se sont produites. Mais la guerre au quotidien ne se passe jamais comme dans les livres d'histoire. » (1) Edgar Reitz, interviewé dans Zurban

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