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Medley pour les mutins de 1917

Medley pour les mutins de 1917

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L’année 2014 s’achève et c’est tant mieux. Son cortège de célébrations locales et nationales sur la grande guerre ont épuisé les plus militaristes d’entre nous. Tantôt ce fut des expositions de photos incongrues teintées de nostalgie, tantôt des livres régionalistes sur la bravoure de poilus de chaque village, tantôt enfin le cortège des commémorations où tout le monde prend un air grave et concerné. Mais si l’on s’arrête cinq minutes, on a envie de demander : on parle bien de la guerre de 14-18, c’est ça ? La grande boucherie européenne entre nations civilisées, la guerre la plus absurde du siècle, celle qui élimina une génération de la France, celle qui fit tant de veuves et de vieilles-filles, celle d’Henri Barbusse et de Voyage au bout de la nuit ?

Saint Martin, patron des objecteurs de conscience

Ce fut comme si cette guerre, pour laquelle nous ne disposons plus de survivant, était devenue suffisamment fictive pour l’utiliser à des fins de patriotisme de kermesse. Que les anciens combattants de l’Algérie, des événements …, ne se désolent pas, nous attendons simplement leur mort pour féliciter leur héroïsme et approuver leur combat pour la France. Quelle absurdité que cette France hermétique à tout esprit national et qui donne dans le Hollande à Notre Dame de Lorette. Quelle absurdité que cette France qui ne cesse de demander pardon pour des crimes aussi imaginaires que les noyés dans la Seine ou les croisades ou toutes les autres heures sombres qui servent de repoussoir pour permettre à l’internationalisme moderniste d’avancer et qui rabâche « mort pour la France » comme suffixe à tous les patronymes de vieux Français anonymes. Quelle absurdité que cette mine de Hollande qui peine à s’allonger pour passer de bozo au clown blanc !

Mon penchant réactionnaire ne se laissera pas berner par ce folklore. Face à la boucherie européenne, la seule attitude est de louer Saint Martin, fêté le 11 novembre, Saint Martin à qui tant de familles dédièrent des exvotos. Qu’on ne se trompe pas, Martin fut antimilitariste dès le début. Dire que certains le voient comme le patron des soldats sous prétexte qu’il en fut un, un soldat romain ! Il n’avait jamais voulu faire la guerre, il refusa de porter les armes, après une nuit de prière, l’ennemi capitula sans combattre. Martin, mais c’est le patron des objecteurs de conscience oui. Et c’est peut être ça qu’il faudrait fêter le 11 novembre chaque année, l’objection de conscience vis-à-vis de la guerre absurde.

Ni militariste, ni pacifiste

Qu’on ne se méprenne pas, je ne suis pas pacifiste. Sans souhaiter la guerre, celle-ci parait inéluctable, quels que soient les idéologies, les politiques, les dirigeants. Tant que nous sommes dans l’Histoire, il y a la guerre. Et notre rôle est bien de défendre un territoire qui fut appelé par le passé Patrie, qui symbolise la famille fantasmée à l’échelle d’une terre partageant une même culture. Et c’est là que les chansons arrivent pour mon medley.Comme y consent Nino Ferrer à la fin de sa chanson le Sud,

« Un jour ou l'autre il faudra qu'il y ait la guerre
On le sait bien
On n'aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire
On dit c'est le destin
Tant pis pour le Sud
C'était pourtant bien … »

Par exemple, un jour où l’autre il faudra bien qu’il y ait la guerre contre les djihadistes, on le sait bien. Et puis, on ne décide pas. Voilà le seul rapport qu’un homme honnête peut avoir vis-à-vis de la guerre. Voilà comment on évite simultanément l’écueil du militarisme et du pacifisme. Ni gugusse obsédé par sa vocation à la panoplie, aux défilés, au port de l’arme et à allonger sa mine à chaque coup de fanfare mélodramatique. Ni zozo crispé sur le mot peace et qui comme dirait Jacques Brel écoute pousser ses cheveux et clame à qui veut l’entendre « paix au Vietnam, j’ai mes opinions… » (Les bonbons version 1967).<i

Du pain sur la planche… des cercueils

Notre année de commémorations par tous les acteurs de la culture et les maires de France donne l’illusion de glorifier nos braves, nos soldats, nos courageux, comme s'il était encore question d’y aller et de motiver certains à aller se faire trouer la peau. Comme si être poilu était le statut le plus abouti pour un homme. Il est donc grandement temps de parler des héros que je me suis choisis après Saint Martin, ces héros qui ont fait usage de la raison et ont cru pouvoir parler à leur chef et aux politiques d’adulte à adulte. C’est tout bête, l’histoire des mutins de 1917, ce ne sont pas des pacifistes ou des communistes représentant le camp de l’étranger, c’est des Nino Ferrer qui en ont marre, ras le bol de cette guerre devenue absurde, ils disent « ça suffit », on en a marre de couper le pain sur nos futurs cercueils. Car c’était ça, les cercueils arrivaient chaque jour en prévision des morts du lendemain. C’était l’époque où on faisait la guerre pour gagner quelques mètres et les reperdre le lendemain. La guerre de tranchée n’a pas de sens. Et ce n’est pas tant parce qu’elle faisait des morts que les mutins se mutinèrent que parce qu’elle n’avait aucun sens, leurs chefs donnaient des ordres absurdes. Foch fut remplacé par Pétain et, Pétain qui n’a eu toute sa vie que le désir d’épargner un maximum de vies françaises changeât immédiatement de stratégie (nous développerons ce point polémique pour certains dans un autre papier). Jacques Debronckart :

« Avant l'attaque arrivaient les cercueils
Et vous coupiez votre pain sur leurs planches,
Tout juste si le crêpe à votre manche
N'annonçait votre propre deuil. »

Alors en 2017, on parlera de nos mutins ? En pleine campagne présidentielle, sera-t-on capable de rendre hommage à ceux qui furent fusillés pour avoir fait usage de la raison en temps de guerre ? Et parlera-t-on des veuves de guerres et des vieilles filles de l’époque ? Y en avait marre aussi pour elles de devoir être moches pour le reste de leurs jours. Tout ça pour combattre l’Allemagne. Et pas l’Allemagne d’Hitler non, mais ce pays qui nous ressemblait, ce pays des poètes romantiques, de la belle musique… Si la guerre tue tous les jeunes hommes vivants, faudra bien se laisser séduire par l’ennemi. Barbara :

« A la guerre que font mes amants.
Bientôt, chez nous, y aura plus guère
D'hommes vivants
Mais quand un seul restera,
J'épouserai celui-là. »

Et parlera-t-on en 2015 des tondues de la libération, des exécutions sommaires de l’épuration qui ont duré jusqu’en 1947. Un petit défilé de femmes fraîchement tondues à la Concorde serait du plus bel effet. Heures sombres pour heures sombres, le rapport à l’Histoire de la République est et restera un rapport idéologique. Donc comme la République est une idéologie bien plus qu’une forme de gouvernement, comme cette idéologie place au cœur de son système la négation de la personne humaine, et la transformation du peuple en chair à quelque chose, chair à canon ou chair à consommer, bref en citoyens, cela remet en cause même la nécessité du devoir de répondre à l’appel. Le seul bon sens face à l’idéologue qui arme le bras du politiquement correct qui conscientise le peuple et l’envoie se faire tuer, est de répondre : « Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente, d'accord, mais de mort lente. » (Georges Brassens)


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