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MN prend la marge et revient en septembre


Cher Ami, j’ai rencontré notre berger

Cher Ami, j’ai rencontré notre berger

Par  

Cher Ami,

Me voici, je te reviens qui porte une bonne nouvelle en ces jours terribles où l’espace, claustrophobe, se restreint, saturé d’injures et d’ordures et voudrais t’offrir consolation et raison d’espérer. Je ne viens pas te chanter « La ballade des gens heureux » mais murmurer à ton oreille une raison de te réjouir. Fine, fluette, comme il sied à la petite fille Espérance. J’ai rencontré notre berger et ai trouvé ce cœur simple en tous points conforme à notre attente. Des hommes des montagnes, Jean Lassalle a conservé, non seulement l’allure et la parlure, mais aussi les sagesses et les savoirs oubliés des grandes capitales. Il se pourrait que de ces Grandes Terres de l’Ouest, ferment se levât. Je suis, tu le sais, plus un être de loi et qu’un être de foi, particulièrement en politique où je cède davantage aux puissances de la vertu et de l’honneur, qu’aux forces telluriques et aux mirages du Verbe. Je ne viens pas te chanter, prophète, une aube nouvelle, simplement t’annoncer qu’un Nouveau Conseil national de la Résistance est né et que Jean de Lourdios est bien l’homme de la situation, celui qui possède le coffre suffisant pour souffler, difficile exercice, dans une corne de brume et ramener au champ les brebis égarées. Je devrais plutôt parler de brebis oubliées, de misérables bêtes, privées de charges et donc de dignité. Tout bonnement la conjuration des Imbéciles ! Tout le monde s’y met : Bruxelles, la spéculation, en un mot, cette FBI -Fausse bonne idée- qu’on dit politique du Village-Monde - prive des milliards de bêtes de l’assurance de vivre et de mourir aux pays qui leurs ressemblent. Ces brebis errantes, chassées de leurs villages et de leurs villes par des technocrates au cœur dur de s’en remettre toujours aux algorithmes et non plus au seul jugement ont trouvé leur berger. En outre, Jean Lassalle, peut-être le seul député à avoir traversé en auto-stop le Continent délaissé, sait le tiers-monde comme hier Louis Dumont : pas un nationaliste égoïste, électoralement renommé patriote gaulliste, un ex maurrassien en quête de virginité mais un honorable chef de village pourvu des qualités nécessaires à ce poste. En un mot, notre berger n’est pas un imposteur mais un homme d’honneur qui ne dit aucun mot qui ne parte du cœur.

Tu sais la nature de mon patriotisme de juive barrésienne en bas résilles et l’attention que je porte, sans excès de lyrisme, à cette symphonie sur un piston qui, à rebours des rêves nationalistes, fut l’ode lorraine du jeune Barrès ! La France, selon lui, s’exprimait par la voix des fées cartésiennes du moderne Perrault et il voyait en Jeanne, la sœur un peu toc toc (ce sont ses mots) de Louise Michel. Surtout, il faisait de la figure du Laocoon délaissé par Neptune le modèle du serviteur déçu. Figure-toi, Jean Lassalle avouer à ses amis ce samedi matin hésiter à se représenter aux Législatives pour ne pas participer du théâtre d’ombres. Puisque le destin de la France ne se joue plus à la Chambre, à quoi bon, amis, doux amis, en poursuivre le poème ? Voici la politique, à nouveau, en ces heures les plus sombres de l’histoire du monde, rendue, non pas « aux citoyens » mais aux hommes. Le temps est venu de reprendre nos houlettes et nos fifres. Je ne résiste pas, une fois encore, à lire, relire et déclamer Rostand :

Approche, Bertrandou le fifre, ancien berger ;

Du double étui de cuir tire l'un de tes fifres,

Souffle, et joue à ce tas de goinfres et de piffres

Ces vieux airs du pays, au doux rythme obsesseur,

Dont chaque note est comme une petite sœur,

Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées,

Ces airs dont la lenteur est celle des fumées

Que le hameau natal exhale de ses toits,

Ces airs dont la musique a l'air d'être en patois!

Écoutez, les Gascons. . . Ce n'est plus, sous ses doigts,

Le fifre aigu des camps, c'est la flûte des bois !

Ce n'est plus le sifflet du combat, sous ses lèvres,

C'est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres !

Écoutez. . .C'est le val, la lande, la forêt,

Le petit pâtre brun sous son rouge béret,

C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne,

Écoutez, les Gascons, c'est toute la Gascogne !

Car la France enfin ce ne sont pas seulement des filiales que l’on brade, que l’on solde et qu’on revend, la France est bien autre chose que le paradis de l’art contemporain, réservé aux incultes fabriqués en série par le Ministère de l’imposture, le pays où l’on consomme le plus de psychotropes et où les habitants encagent en ville le plus grand nombre d’animaux domestiques comme ils le font des plantes au jardin de la BNF. La France, pour être jacobine, n’est pas la patrie des Bobos, des Branchés, des Hipsters et des faiseurs de modes, le pays où l’employé et le fonctionnaire détestent le plus travailler… La France n’est pas seulement un roman vrai de Michel Houellebecq ou le roman à venir d’un jeune homme talentueux où le lecteur ravi découvrira un travailleur se sentir tellement méprisable, l’heure de la retraite sonnée, qu’il sombrera dans la folie. La France n’est pas seulement le pays où les intellectuels se piquent d’exception, préférant toujours la vulgarisation à l’étude, le spectacle à la solitude de leur cabinet de travail et les prébendes à la pure joie de comprendre et d’éclairer le monde, pas seulement le pays où ces mêmes soifards de gloigloire se cherchent des Dreyfus et des Calas à défendre, qui hier les eussent persécutés mais le plus varié et le plus merveilleux des territoires, un lacis de paysages divers, une succession de villages plus beaux les uns que les autres. Je ne suis pas assez naïve pour croire qu’il suffirait de revitaliser les vestiges et de rebâtir les ruines, pour qu’Il renaisse, accoté à ce que la modernité contient de plus noble et de plus salubre ! Qu’il renaisse et reconnaisse un monde habité par le chant ! Et pourtant, c’est là l’unique condition de possibilité de sa possible renaissance, autre et semblable. On sait d’autres élans, d’autres rêves, d’autres souffles de vent, d’autres murmures, qui surent déplacer des montagnes. La France n’est pas une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf mais le souffle chaud du bœuf sur le visage de l’enfant de la crèche, pas le superbe chêne qu’on abat mais le fragile roseau qui supporte la tempête. En un mot, la grandeur de la France c’est d’être, à l’instar de David et de Poucet, petite et non point grande. Jeanne, esseulée au royaume de France et livrée aux Anglais, Vercingétorix, attendant la mort en sa prison, de Gaulle à Londres…. C’est accoté à cette mythologie française que marche, d’un rude pas, Jean Lassalle, sa figure de bon géant des contes. Pour moi, à jamais la stature et la vaillance, du Grand Ferré, héros picard aujourd’hui oublié de la guerre de Cent ans qui jadis, étalait fièrement de taille et d’estoc sa haute carcasse et superbe prestance sur les pages de notre vieux Mallet-Isaac, un protestant et un juif, garants de la mémoire des frances. Celle des glorieux soudards et des rois mérovingiens, carolingiens, celle des Bourbons, des légitimistes et des Orléans, la France jacobine et la France girondine, celle de Lamartine et celle de Mathiez, la France selon Plutarque et celle des Evangiles, la France lâche des déserteurs de l’Ancien Régime, celle des Réfractaires et des Vendéens, de glorieuse mémoire et celle de Monsieur Thiers ou de Pétain, qui se livre à l’ennemi, la France marâtre, qui se sépare avec violence, par deux fois, des Huguenots, la France enfin qui se réunit avec le bon roi Henri, sa poule au pot, ses enfants sur son dos et notre Général qui n’oublie pas l’allié communiste au lendemain de l’étrange victoire du 8 mai 1945. J’en oublie… Je voulais simplement te redire pourquoi j’ai décidé de voter Jean Lassalle aux deux tours des élections de 2017 et pourquoi je choisis de me ranger à ses côtés, le Hire, à la droite de Jeanne qui-êtes-notre France, me souvenant combien Pierre Bourdieu avait honte de son accent béarnais et que la France n’est peut-être qu’une Dame à sa fenêtre, un air pour qui Nerval eut donné Tout Rossini Tout Mozart et tout Weber, cet air qui me revient quand Jean de Lourdios parle ou chante.

Je voudrais te rapporter, à toi qui réside loin de moi, le plus fidèlement possible les choses vues et entendues ce samedi 13 mai 2017, veille de l’intronisation du premier Président de la Cinquième République, qui venait d’être vendu au peuple par Pierre Bergé et ses équipes comme il vend Y, YSL, Blue, surtout La Nuit de l’homme, avec tous les moyens énoncés par Barthes dans ses Mythologies contemporaines, entre 9H 30 et 13h à l’espace Maubusson, 164, rue de Javel dans le XVe arrondissement de Paris.

Notre Gascon est ce rude gaillard, qui prétend réunir toutes les bonnes volontés du pays autour du seul mot d’ordre congruent à la grande pitié du cher vieux pays : « Résistons. » De tout notre cœur, de toutes nos forces et de tous nos maigres pouvoirs, chacun où le hasard l’a placé, Résistons, veux-tu bien ? Résistons aux forces de la mort et de la destruction ; rendons vie au pays dans le temps imparti et refusons la standardisation en marche. Lassalle, l’aède, le Bertrandou du jour, pourrait bien demeurer dans la mémoire humaine comme l’auteur d’un nouvel Oracle manuel et à la suite de Baltasar Gracian, vieux jésuite espagnol, figurer en bonne place dans les manuels de rhétorique : Art du combat politique : « Convaincre sans fâcher ». De ce qui blesse, frappe et détruit le pays, ne pas parler, mais s’évertuer, par contraste, de réveiller le meilleur, ce qui apaise, réunit et réjouit pour essaimer par contamination.

Oracle 274 : Savoir plaire (… ) Une vertu n’est rien si elle n’est pas aimable.

Oracle 40 : Se faire aimer de tous : vaincre ne suffit pas, il faut séduire aussi.

Oracle 14 : La matière ne suffit pas, il faut aussi la manière. Une mauvaise façon gâte tout, même la justice et la raison. Une bonne façon arrange tout (… ) une belle façon est le charme de la vie.

Je pourrais encore te citer mille oracles du très sage Gracian pour entonner l’éloge de la devise lassalienne, son admirable : « Convaincre sans fâcher », le 218e, qui ordonne de fuir les fauteurs de guérillas et comme nous sommes en France, je laisserai le dernier mot à Philinte, cité par Gracian lui-même : Et c'est une folie à nulle autre seconde - De vouloir se mêler de corriger le monde.

 

La chose n’est pas si sotte si l’on songe que l’ennemi n’est fort qu’en proportion de notre soumission et que le temps perdu en injures et en querelles nous détruit davantage, qu’il n’entame le glacis d’indifférence de nos ennemis. De sa longue marche à travers le pays, Jean le fifre a retenu ce bien qui ne fait pas de bruit en le dotant du mystérieux pouvoir d’abolir le mal qui assourdit.

Jamais ne se vit sur nulle terre habitée pareille campagne électorale ! Aussi Lassalle, en réponse, propose-t-il de ramener bon sens et sagesse en ce vaste hôpital psychiatrique à ciel ouvert qu’est devenu le cher vieux pays. La volonté générale, forcée, menacée, brusquée, terrifiée de cent manières, ne s’est pas exprimée, tu le sais. Il n’existe pas de grandes personnes et aucun enfant ne songe à vivre selon le nouveau standard de l’Européen ou du WASP américain.

Chaque enfant toujours réécrit Le Chat Botté et Le Petit Poucet. Là, réside la possible victoire du Nouveau Conseil national de la Résistance dont Gandhi contre l’Empire britannique demeure parangon…

Pour parier sur l’avenir, il convient de parier sur la nature humaine, de croire, pour avoir été parents, que les garçons rêvent d’acquérir le courage de Charmant, affrontant ronces et maléfices pour délivrer la belle Aurore, prisonnière de la sorcière et être certain que toute fille voudrait posséder la patience de Peau d’âne et celle de Cendrillon. Par-delà des forces de la misère et de la mort, retrouver le bonheur promis et mérité d’être de bons enfants qui apprennent leurs leçons et chérissent leurs parents. Tout le reste est construction sociale, adaptation aux démences et soumission aux désordres sociétaux. Mièvre ? Idéaliste ? Non pas. Il suffirait de presque rien, d’un peu de compassion, de beaucoup d’amour pour renverser le prétendu ordre des faits. Tu le sais, toi dont j’ai rencontré les collègues en entreprise, toi dont le surnom, à l’instar de Lassalle, devrait être : Je rends heureux. Lassalle propose à tous ses affidés de remonter leurs manches et d’aller par les villes et les campagnes en compagnie de la petite fille Espérance et de dire aux Français « Je vous ai entendus et je vous accompagnerai où vous voulez aller. Ca tombe bien, j’y vais aussi ».

Porte toi bien, mon cher, très cher ami et désormais sache qu’il existe un ancien ouvrier de Martigues de sinistre mémoire, un pilote de ligne, résidant à Jumeauville, petite commune agricole des Yvelines, un informaticien spécialiste en sécurité, de jeunes juristes, porteurs ou pas de bouc à la Topaze, une mère de famille, férue de musique et d’éducation à domicile, des jeunes gens : Thibaud de Paris, Chrysostome du Lointain, Maximilien de Suède et Louis de France , des femmes, Dalila, Caroline… d’autres qui ne se sont présentées qu’à la fin de la séance et dont j’ai, à mon grand dam, oublié le nom, des cœurs purs, qui sous la houlette du Berger vont, Monsieur Dupont à la Chambre, tenter de faire entendre un peu de nos espérances et porter, au-delà des cafés, des courriels et des lettres, que nous ne cessons de nous écrire, une vision du monde et de la France qui nous ressemble.

Porte-toi bien toujours

Sarah de France qu’on prétend être de Nulle Part.


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