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Couvrez la pop que je ne saurais voir

Couvrez la pop que je ne saurais voir

Par  

Par de pareils objets, les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
Molière, in Le Tartuffe, ou L'Imposteur

AVERTISSEMENT :

Ceci est une fresque.
Derrière le buisson des mots imprimés ou pixelisés, a été cachée une illustration représentant trois hommes et deux femmes costumés en super-héros, s'adonnant librement à une orgie sexuelle.

À Marisol Touraine, et pour Perry Farrell.

Le 2 août 1990, les forces armées de Saddam Hussein envahissent le Koweït. Moins de trois semaines plus tard aux U.S.A, le quatuor Jane's Addiction publie son album Ritual De Lo Habitual. Les deux événements ne sont pas connectés, et seuls les charts américains seront annexés par le groupe de rock, écoulant plus de disques que ne compte alors d'habitants le petit pays assiégé du golfe persique.

Leur potentielle histoire commune repose sur une inversion en règle, comme sait tant en produire la culture d'État.

L'iconographie de la pochette de Ritual De Lo Habitual, conçue et fabriquée en trois dimensions par le chanteur, le représente lui, nu, sous une forme marionnettique artisanale, accompagnant deux pantins de femmes pareillement effeuillés dans un lit de fortune, simple sommier de ressorts à peine recouvert d'un drap nuptial rouge feu. Leurs crânes sont couronnés de tournesols, leur couche est encadrée d'une débauche cérémonielle psychédélique et païenne de bibelots, de gravures, tableaux, porte-bonheurs, bougies, fruits, bandonéons et crucifix. Ce Sgt. Pepper du pauvre, d'autant plus émouvant qu'il est fait maison, est un petit théâtre ésotérique, brocante catho-vaudou et enfantine qui quémande avec douceur le long regard des émerveillés. Le dépouillement paradoxal des trois amants, poupées blanches recueillies au beau milieu de la profusion colorée, auréole leur licence de la grâce des anges déchus, des condamnés à mort, des amoureux fous, tombés tout au bord de l'innocence. Mais cette candeur ne suffira pas. De timides sexes de carton-pâte étaient exhibés à la lisière du drap : il faudra faire taire ces organes, et dissimuler leur possible usage. On obligera donc les musiciens à accepter qu'une « clean cover » vienne remplacer, autant que faire se pourra, l'imagerie initiale sur les présentoirs des disquaires réticents.

Qu'est-ce qu'une « clean cover », littéralement, une couverture propre ? C'est une pochette alternative. C'est l'ordre, intimé à l'œuvre d'art, de se percevoir comme sale et de disparaître du champ de la vision. Considérant que le linge rouge ne montait pas assez haut sur les corps factices, une seconde couverture, comme un linceul, fut ainsi jetée par la maison de disques sur la scène onirique, jusqu'à totalement l'occulter. Dans certains magasins, ne restera rien d'autre de la représentation d'origine que le titre de l'album et le nom du groupe sur un fond blanc comme neige, mais Jane's Addiction rappellera à la pudibonderie US une chose presque aussi vieille qu'elle-même, en inscrivant, en lieu et place du fantasme trioliste incriminé, le Premier Amendement à la Constitution des États-Unis : « Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof ; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances » (« Le Congrès ne pourra faire aucune loi relative à l'établissement d'une religion, ni à la prohibition de son libre exercice ; ni restreindre la liberté d'expression, ni celle de la presse ; ni atteindre au droit des citoyens de s'assembler pacifiquement, et d'adresser leurs requêtes au gouvernement pour obtenir réparation de leurs préjudices»). En sus, le groupe fera porter mention, au dos de la « clean cover », d'un message lapidaire à l'adresse du public : "Les rêves perclus de syphilis d'Hitler sont presque devenus réalité. Comment cela a-t-il pu arriver ? En prenant le contrôle des média. Un pays tout entier fut dirigé par un aliéné… Nous devons protéger notre Premier Amendement, avant que des rêves malades ne deviennent loi. Personne ne s'est moqué d'Hitler ??!" (Nota : la loi de Godwin ayant été énoncée la même année que la sortie de l'album, elle ne saurait être appliquée rétroactivement). L'exaspération des censurés n'était pas sans objet. Ces rockers avaient raison. Malades, des rêves de mort allaient bientôt faire la loi dans les salons, et infecter nos réalités.

L'invasion du Koweït par les troupes irakiennes, l'embargo autour du pays agresseur, puis le déploiement tactique d'une coalition internationale en vue d'un conflit militaire nommé Tempête du Désert, seront quelques-uns des essentiels de ce qui deviendra la première intervention armée retransmise et suivie en direct télévisé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, vendant le concept de guerre propre à l'Occident captivé. Puits de pétrole en flammes, sables noirs, défilés de tanks, provocations du dictateur, bombardements aériens et consécration audiovisuelle de l'oxymore « frappes chirurgicales » dans le crépitement verdâtre d'un feu d'artifice monochrome et incompréhensible, à quelques morts près, commenté par des journalistes sous masque à gaz depuis des hôtels de luxe dans la nuit orangée de missiles : c'est le rêve malade.

D'un côté, on interdit un pubis de marionnette. De l'autre, on filme les macchabées, les flaques de sang et les explosions vides de sens à toute heure.

Présenter d'authentiques cadavres au journal télévisé, écouter les menaces et imprécations de truands parvenus (démocratiquement ou non), est depuis lors devenu d'une évidente et totale obscénité, dont la permanence n'élude en rien la brutalité : elle la banalise, certes, ce qui ne nous la rend que plus sournoise. La pop culture, souvent jaugée sous une condescendance des plus suintantes et épaisses par un « en-haut » échafaudé de toutes pièces, est toujours traitée avec moins d'égard et d'exposition que les allocutions des administrateurs, barons et marchands qui croient constituer cet « en-haut », ce n'est pas neuf. Et cela ne s'arrêtera jamais. C'est à cela qu'on reconnaît la pop : elle alarme. Elle fait sonner tous les couvre-feux, perturbe les boussoles, fausse les relevés. Il faut la museler. L'étouffer. Il faut la recouvrir d'une clean cover. Comme la fresque multicolore qui empanachait depuis peut-être quinze ans un mur de la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand.

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* *

La peinture, gouailleuse et gouachée comme un tag subtil à l'arrière d'un wagon abandonné, figurait la super-héroïne Wonder Woman, allongée lascivement sur le dos, empoignant le membre tumescent du surhomme Flash jusqu'à provoquer son éjaculation sur son mamelon rose, tandis que la blonde Supergirl enfonçait rien de moins que sa main toute entière dans la vulve de la brune, alors que son cousin Superman se masturbait au-dessus de la bouche volontiers ouverte et accueillante, et qu'un Batman allègre comme on l'aura rarement vu sourire, sodomisait la guerrière. Cette partouze polychromatique ressemblait à mille détournements pornographiques amateurs des super-héros DC, comme on en publie sur la toile ou dans les fanzines, de Power Girl à Catwoman, d'Elongated Man jusqu'à ce pauvre Robin. On peut tour-à-tour et chacun pour soi les trouver laids, drôles, rebutants, stimulants, lamentables, joyeux ou fascinants, ils ne sont que potacheries et odes assumées au mauvais goût, cet art de voir qui nous rappelle sans cesse à nos limites, et nous permet de les conforter ou des les repousser. De nous affirmer sans crainte face à ce que nous voyons. Que nous en haïssions le spectacle, ou que nous l'adorions en secret.

On s'est ému de ce qu'une telle imagerie lubrique et sans possible ambiguïté ait pu orner le mur d'un établissement public non dédié à l'art contemporain, mais à la santé. Il faut redire que les salles de garde ne sont pas plus accessibles à la patientèle qu'à leurs familles, que seuls les internes y transitent, quand ils en ont encore le temps, pour déjeuner ou souffler entre deux interventions médicales. La coutume, bien chevillée, de ces sas, de ces lieux de décompensation pour étudiants comme pour les chirurgiens et infirmiers qui leur apprennent le métier de sauver des vies, est d'accrocher aux murs des images sexuées, vivaces, dionysiaques, de peindre des physionomies maniéristes, des corps jouisseurs, des fesses replètes à la façon d'un Goltzius, des érections comme des obélisques, des poitrails féminins vainqueurs et des ventres exultant… en somme, tout le contraire des enfants cancéreux, des amputés et des vieillards en fin de vie qui accompagnent chaque instant nos médecins, souvenirs que ceux-ci doivent surmonter, sans quoi d'autres, nous peut-être, mourront plus vite, et encore moins bien. C'est dire. Il y aurait presque quelque chose relevant de la gestion des ressources humaines, voire de sophrologique là-dedans, en ce que les « techniques de relaxation dynamique » pratiquées à travers les « visualisations positives » de ces phallus et de ces croupes offrent une alternative au burn-out, au stress et à l'angoisse du bloc. Cette œuvre, qu'on en approuve le fond et l'exécution ou pas, est bien l'héritière d'une culture, une réponse à un besoin qui pour excentrique dans un hôpital n'en est pas moins viscéral, et le résultat d'une commande souvent collégialement approuvée.

Le bruit d'une telle parodie sexuelle super-héroïque n'aurait sans doute jamais franchi l'enceinte de l'établissement clermontois, si un étudiant n'en avait naïvement publié la photographie sur un réseau social. Mais même là, nul ne se serait agacé plus que de raison de voir Kal-El et Bruce Wayne figés dans cette posture, qui sert de sous-texte à toute vilaine blague sur les super-héros, depuis quatre-vingts-ans qu'ils existent. La comédie du malaise trop vite jouée par les pouvoirs publics provient en réalité d'un glissement de support : récemment, la fresque s'est vue augmentée de commentaires sardoniques à l'endroit du projet de Loi Santé proposé par la Ministre Marisol Touraine, tel que présenté en octobre 2014 au gouvernement, et à examiner en avril 2015 par l'Assemblée Nationale. Ces commentaires, peints par des internes sous la forme de phylactères de bande dessinée attribués aux personnages de l'orgie surhumaine, expriment en l'espèce ceci :

– TIENS, LA LOI SANTE !!! (Superman)
– PRENDS LA BIEN PROFOND !! (Supergirl)
– TU DEVRAIS T'INFORMER UN PEU ! (Batman)

De parodique, la caricature se fait politique, et change d'objet. Aux soupirs d'extase et dialogues machinaux du gang-bang cinématographique qui informait silencieusement l'esthétique de la situation érotique, se substitue un discours. L'adjonction du textuel fait basculer ce qui était une peinture dans une autre discipline : la bande dessinée. Et c'est ce que le pouvoir ne va pas supporter.

La Ligue des Justiciers (Justice League of America, en anglais, qui rassemble en un même groupe de héros la majorité des protagonistes les plus emblématiques de la maison d'édition new-yorkaise DC, de Canari Noir à Green Lantern en passant par ceux qui nous préoccupent ici) a beau avoir été créée dans les pages d'un comic book en 1960, le grand public, a fortiori le public hexagonal, les connaît quasi exclusivement via Hollywood, les dessins animés, les figurines articulées et autres produits dérivés. Quoique peinte dans le respect global de la charte graphique des personnages représentés, la fresque du CHU n'invoque pas naturellement, dans l'imaginaire de celui ou celle qui la regarde, un environnement narratif propre au neuvième art. La brusque arrivée de la parole écrite bouleverse et provoque davantage que le sexe, parce qu'elle largue un supplément de sens sur la gaudriole inoffensive. Et cette prise de parole – la critique d'une loi à venir – est intolérable aux dirigeants parce que formulée à travers le porte-voix de créatures de fiction populaire. Et donc subitement investie d'une puissance réelle, car clairement imaginable. Ce retour impromptu, violent, à la littérature, même vulgaire, même indigent, est perçu comme une menace, quand la pornographie murale qu'elle était autrefois restait un insignifiant palliatif dont le gouvernement aurait souhaité que se contentât la profession médicale.

De fait, soumis aux forces de la bande dessinée, cet art incontrôlable puisque immédiatement à la portée de tous, hydre tricéphale mobilisant tous les cerveaux de son lecteur en un coup d'œil – verbe, couleur et lanterne magique intérieure les mélangeant –, l'État désemparé comme un petit terroriste va tenter de fomenter son ridicule scandale à partir de rien, nourrir ce néant et l'exciter en un temps record pour lui donner la consistance d'un monstre, quand pendant ce temps des gens meurent dans la rue et que des citoyens, médecins, patients, se posent des questions auxquelles on ne répondra pas. Ce monstre, le voici : selon l'entourage de Marisol Touraine, la fresque du CHU de Clermont-Ferrand dépeindrait une scène de viol collectif ; sa présence en milieu hospitalier serait une apologie de la misogynie et des violences faites à l'encontre des femmes (en dépit de la participation active et souriante des deux héroïnes, Supergirl y étant clairement dominatrice) ; et le personnage portraituré à travers Wonder Woman serait… la Ministre de la Santé en personne, symboliquement torturée par le corps médical. L'illustration sera à la demande du ministère intégralement recouverte à la peinture blanche et, affirme-t-on, revêtue d'une mention que n'auraient pas renié les garçons de Jane's Addiction : « Ceci est une fresque. »

Le viol par celles et ceux qui sont censés être les amis de la victime, ou les garants de sa sécurité, est une double infamie. S'agissant de justiciers en costume, l'usage contre-nature de leurs facultés paranormales à de telles fins est une idée répugnante, souvent admirablement développée par les scénaristes de comics pour dénoncer le mauvais usage de la force, et relier l'allégorie des super-héros à la vie quotidienne des lecteurs. C'est ce qu'ont réalisé Garth Ennis et Darick Robertson, chacun champion d'irrévérence, dans la série The Boys quand, dès le premier tome, la très jeune nouvelle recrue d'une super-équipe se voit contrainte à une triple fellation des équivalents sordides de Flash, Superman et Batman, à bord d'un transporteur aérien en plein vol, sans espoir de fuite.

C'est là que nous voulons en venir : la vérité que ce faux esclandre stratégique tente de camoufler derrière l'indignation nouvelle de l'État français est que, en dépit de cheveux bruns, d'yeux clairs, et d'une personnalité ferme et dynamique, Marisol Touraine n'est pas la personne visée sous les traits de l'Amazone Wonder Woman du dessin scabreux. Pourquoi ? Parce que, et cela doit être bien compris comme le renversement dialectique qu'a essayé d'induire dans la psyché française le gouvernement, sa Ministre de la Santé est plus sûrement incarnée sur la peinture du CHU par Supergirl, le Premier Ministre par Batman, et le Président de la République par Superman, tous faisant passer en force des lois au détriment du dialogue et de la négociation, traditions françaises s'il en est. Qui joue ici le rôle de Flash, l'homme le plus rapide du monde, importe peu – ce masque n'est réduit qu'à la métaphore d'une course contre la montre que l'administration doit remporter face à l'opinion. Ce qui compte en revanche est de savoir que l'être placé au centre de ce que Marisol Touraine et les ligues de vertu nomment soudainement viol s'appelle culturellement Marianne, et officiellement République Française. Cette vignette graveleuse, ces rictus impudiques, c'est vous et moi violentés par les ministres. Que l'on partage leur avis sur la loi Santé ou que l'on s'interroge encore, le message que les internes de Clermont-Ferrand nous ont transmis mot pour mot est celui-ci : Tu devrais t'informer un peu. Nul ne saurait disconvenir du bénéfice d'une telle entreprise de curiosité collective.

Les institutions françaises ne savent absolument plus répondre, ni même écouter, les paroles discordantes, les questions non préparées, les propositions antagonistes, elles flageolent de tous leurs membres sur leurs propres statu quo ébranlés, et tentent d'infléchir la courbe de la culpabilité en direction de celui qui est désormais redevenu leur principal opposant officiel : le peuple.

Le Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, refusant d'entendre les question des élèves français relatives au massacre de Charlie Hebdo ; rejetant l'interrogation, évidemment douloureuse et parfois dure à admettre, d'enfants de la République en manque immense de solutions et en quête, sinon d'absolu, du moins de compréhension et de pistes de réflexion ; ignorant des gamins qui demandent seulement à être entendus une fois, par leur représentante nationale. Marisol Touraine improvisée victime du sexisme, sur ordre d'en-haut, pour que la France avale la loi sans broncher ; menaçant des internes qui osent exprimer en circuit fermé une objection quant à une loi pourtant non votée ; concédant par le fait même que l'on a le droit de caricaturer Mahomet, mais pas Marisol Touraine.

Abondant dans le sens de ses chefs, le doyen de la faculté de médecine de l'université d'Auvergne a avancé sans argument le définitif « On ne peut pas utiliser des scènes porno pour montrer son désaccord avec une loi. », assertion qui ne fait que disqualifier et invalider le travail des satiristes assassinés un 7 janvier, mais encore celui de leurs illustres camarades vivants (Willem) ou partis beaucoup plus tôt (Reiser), qui, de Hara-Kiri à Charlie Hebdo, ont sans cesse eu recours à l'obscénité contre l'obséquiosité, et au détournement de l'ordure face à l'Ordre. Il faut répondre à ce monsieur que tout art n'est que cochonceté lorsqu'il n'exprime pas une dissension entre son auteur d'une part, et le monde qu'on inflige à son public d'autre part, et que – paraphrasant le théoricien du cinéma Jean Mitry, dans la préface à son S.M Eisenstein – tout véritable artiste est révolutionnaire. Tout véritable révolutionnaire est viscéralement lyrique. Tout véritable lyrique est complètement obsédé par le Sexe.

Si l'art est déviant, s'il sonne monstrueux, cruel et immoral, c'est qu'il ricoche par nécessité sur notre civilisation sadomasochiste mondiale. Il n'en est que plus beau et frappant. On ne devrait pas pouvoir punir l'humanité à travers ses artistes. Qu'on réforme les politiques, et l'ignominieuse usine d'où ils sortent, les uns après les autres. L'art se justifiera en fonction.

– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.
Rimbaud, Vénus Anadyomène


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