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Éloge de la violence politique

Éloge de la violence politique

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De 2012 à 2014, les rassemblements successifs du mouvement "La Manif pour tous" ont mobilisé des citoyens qui contestaient une décision publique. On les contait en centaines de milliers, parfois en millions, pourtant ils n'ont pas été entendus. En dépit des inévitables écarts de comptage entre organisateurs et manifestants, il va de soi qu'il s'est agi d'un mouvement de grande ampleur. En outre, les rassemblements se sont toujours déroulés dans le calme, malgré les quelques familles gazées Place de l'Étoile.

Le 26 octobre 2014, quelques activistes se regroupent pour contester la décision du conseil général du Tarn de construire un barrage à Sivens ; ils se disent 5.000, 2.000 selon la Gendarmerie. Contrairement à LMPT, l'ambiance est loin d'être bon enfant au point que pour rétablir l'ordre les forces de Gendarmerie mobile lancent des grenades offensives ; l'une d'elle causera la mort de Rémy Fraisse. S'il faut croire, comme le suggèrent certains participants, que des "casseurs" se sont infiltrés dans cette manifestation sans en partager les revendications, il faudra prendre soin de retrancher ces personnes du nombre de personnes présentes pour s'opposer au projet de barrage. Ce calcul confine inéluctablement le nombre de militants dans le voisinage de zéro.

Le nombre et le comportement des Citoyens participant à ces mouvements devraient naturellement conduire tout Gouvernement démocratique à écouter bien davantage la Manif'pour tous que les manifestants de Sivens. Pourtant, le très laxiste Ayrault est resté ferme face à la Manif'pour tous et l'autoritaire Valls a, par la voix de sa Ministre de l'Écologie, décidé de suspendre le projet de barrage à Sivens.

Quelle différence a donc pu conduire à ces traitements différents ? La présence médiatiquement, et légitimement, relayée d'un "martyr" en la personne de Rémy Fraisse ? La Manif'pour tous a eu Dominique Venner ! On pourrait opposer qu'il n'a pas directement été abattu par l'État mais alors : de quel martyrs peuvent se targuer les opposants à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes ? Aucun.

C'est la violence, dans leur essence même, qui rassemble les mouvements de Sivens et de Notre-Dame-des-Landes, et qui les éloigne de la Manif'pour tous. Violence dans la forme des manifestations naturellement. Mais aussi violence dans les revendications, qui contestent des décisions publiques maintes fois confirmées par décisions de justice, au lieu de contester une mesure politique en cours de débat. Les projets de Sivens comme de Notre-Dame-des-Landes ont tous deux été pour la première fois évoqués au cours de la décennie 1960, voilà donc cinquante ans (avec son lot d'alternances) que les décisions politiques et leurs confirmations juridiques ne peuvent pas être appliquées.

Morale : le meilleur moyen d'être entendu dans un État démocratique comme la France n'est pas d'être le plus nombreux mais c'est d'être le plus violent possible.


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