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Exemplaire abstention

Exemplaire abstention

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Le français, facilement facétieux, se satisfait souvent de voir ses édiles se taper dessus. La sagesse populaire allant même jusqu’à affirmer que pendant ce temps-là, ils font moins de bêtise… On me rapporte ainsi que l’opposition municipale de Niort, se drapant dans la toge de la vertu froissée (la vertu bien sûr, pas la toge) s’est récemment illustrée en quittant avec fracas la salle du conseil.

A première vue, on pourrait comprendre ce mouvement d’humeur comme la seule option permettant à la minorité oppressée de se faire silencieusement entendre dans le concert unanime d’une majorité devenue par trop tyrannique. La chaise vide devenant ainsi l’expression ultime de la résistance politique.

A y regarder de plus près pourtant, cet exil volontaire, loin de rappeler la légende dorée des heures les plus sombres de notre histoire… touche davantage au caprice d’enfant qu’à la posture gaullienne. On pourrait même y voir l’expression de l’indigence d’une proposition alternative inexistante. Car enfin, ceux-là même qui fustigent l’abstentionniste et lui promettent les flammes de la guerre civile, pratiquent eux-mêmes, avec une délicieuse légèreté, le dénie de démocratie. Ils fuient en effet leurs responsabilités d’élus et leurs devoirs de représentants du peuple. Ils ont reçu le mandat d’être des porte-voix, pas des fantômes. A défaut, on peut légitimement se demander à quoi ils servent.

La démocratie consacre la loi du plus grand nombre. Mais à vrai dire, ce n’est pas un scoop. Refuser le dialogue au motif que l’on est minoritaire, c’est renoncer à ce principe constitutif, c’est déserter le champ de bataille de la raison dès la première escarmouche, c’est capituler face à l’exigence d’une argumentation saine et respectueuse.

La politique n’est pas chose facile. Le jeu du pouvoir a toujours été sanglant. L’ignorer c’est faire preuve d’une ingénuité coupable. Lorsque l’on a brigué et reçu un mandat, il faut aller au bout et faire fi de ses scrupules de jeune fille. On se saurait être conseiller municipal pour se donner en spectacle au prix d’une rente de situation, fusse-t-elle inconfortable.

En refusant le jeu de la démocratie représentative, ces élus locaux déshonorent la chose publique. Le conseil municipal n’est pas la vieille scène d’un théâtre sur laquelle se croisent les anciennes gloires et les étoiles montantes. C’est le lieu du dialogue républicain. Parfois apaisé, souvent viril mais toujours assumé.

Se taire c’est subir. N’est-ce pas ce que les mêmes disaient aux abstentionnistes ?


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