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L'atlantisme ou le veau d’or diplomatique

L'atlantisme ou le veau d’or diplomatique

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Il est important de recueillir le point de vue du géopoliticien et spécialiste des questions militaires pour mieux comprendre les causes du malheur français. Hadrien Desuin, ancien élève de Saint-Cyr, explique au long de son ouvrage La France atlantiste publié en avril 2017, comment la France, en dix ans et deux quinquennats (ceux de Sarkozy et Hollande entre 2007 et 2017), a définitivement abandonné sa souveraineté et s’est inféodée aux américains en matière de politique étrangère. D’emblée, Desuin nous donne des clés pour dire où il veut nous conduire : « la doctrine éprouvée sous Louis XIII et consolidée par Richelieu et Mazarin, selon laquelle la défense des intérêts nationaux se distingue de la morale, est aujourd’hui contestée par la nouvelle religion universelle des droits de l’homme soucieuse d’en finir avec la distinction entre conviction éthique et action diplomatique. » La classe politique française communie à ces dogmes du droit tout-puissant, de l’égalitarisme et de la niaise « moraline », qui se sont introduits dans tous les domaines de la vie sociale à l’intérieur de notre pays. Elle adopte aussi ces postures morales et humanitaires lorsqu’il s’agit de traiter d’affaires extérieures, ce qui lui fait commettre souvent les pires erreurs.

Lorsque Sarkozy arrive au pouvoir le 6 mai 2007, il promet : « je veux dire à toutes les victimes des dictatures, à tous les enfants, toutes les femmes martyrisées dans le monde, que la fierté, le devoir de la France sera d’être à leurs côtés […] la France n’abandonnera pas les femmes qu’on condamne à la burka. » La grandiloquence du propos n’eut d’égale que l’évidente impossibilité de s’ingérer dans les affaires d’Etats souverains garantis dans leur intégrité par le droit international. Cette volonté scandée de secourir tous les opprimés de la terre n’aura aucune réalisation concrète quand d’autres, en revanche, Qatar et Arabie Saoudite en tête, se chargeront de promouvoir des programmes d’aide éducative et économique dans les banlieues françaises, renforçant le multiculturalisme destiné à morceler « la République une et indivisible », République qui aurait dû, avec son plus haut représentant en fer de lance, se battre à toutes forces contre ces ingérences répétées et destructrices. Au chapitre « petites plaisanteries » et « cynisme absolu des gouvernants », l’auteur nous rappelle qu’en guise de recueillement et de prière, au lendemain des attentats islamistes du 7 janvier et du 13 novembre 2015, furent entonnées Beau dimanche de Johnny Hallyday et Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel. Le Président Hollande fut ainsi « en osmose avec une opinion encline à exorciser les attentats et prévenir les amalgames en recourant aux chansons populaires et aux ex-voto improvisés. » C’est bien connu : la France tombera bien bas par les chefs qu’elle se sera choisis, avait prédit la voyante et sainte Marthe Robin.

Bernard Henri Lévy, bras opérationnel de Jacques Attali défenseur de la mondialisation et chantre de l’hypernomadisme, fut sous Sarkozy puis Hollande, la cheville ouvrière du droit d’ingérence dans les Etats voyous, au nom de l’universalisme des droits de l’homme. L’alignement atlantiste fut parfait, l’application des préceptes des néo-conservateurs américains sans fausse note. BHL, concepteur et promoteur de la guerre humanitaire, ne déclarait-il pas à Libération le 3 février 2016 : « la vraie mémoire de la gauche, c’est l’internationalisme contre non-interventionnisme. Le souci du monde contre le nationalisme. La générosité contre cette saloperie, qu’est, aujourd’hui comme hier, le souverainisme. C’est quoi le souverainisme ? C’est l’idée que le droit n’existe pas ou qu’il est, plus exactement sujet aux frontières. » Que de prétentions, de raccourcis, d’oublis historiques quant à ce que furent les idéologies marxistes et leurs cortèges « internationalistes » de meurtres et génocides. Le monde libéral acculturé, promu par cet intellectuel élégant et toutes les belles élites avec lui à l’unisson, semble pourtant courir à sa perte. Les apôtres de la démocratie universelle imposent leur droit d’ingérence au mépris du Droit, assument leur tyrannie parés dans les atours du Bien, mais n’oublient jamais le culte au Marché-Veau d’or lorsqu’ils exploitent les sous-sols des Etats voyous, une fois que les dictateurs ont mordu la poussière. Rhétorique fausse, mensongère, quand on sait que la France n’a aucun scrupule à commercer avec l’Arabie Saoudite promotrice du wahhabisme dans le monde et qui prône toujours cet islam favorable à la lapidation des femmes. Pour le dire autrement avec l’auteur : « pour briser sa solitude économique et stratégique, la France progressiste, héritière des Lumières et de la Révolution, se livre à des pétromonarchies de droit divin et propagandistes du salafisme. Sans doute la vente d’un Rafale vaut-elle un prêche wahhabite en Seine Saint Denis. »

La France a abdiqué son autonomie de décision militaire et stratégique en réintégrant le commandement de l’Otan et a donc définitivement perdu sa souveraineté. En acceptant le principe du multilatéralisme qui fit son malheur dans l’entre-deux-guerres au XXème siècle, elle ne se souvient pas des leçons de l’Histoire. La « culture du consensus » comme principe de l’action politique interne, l’affaissement de l’autorité morale des élites, sont les preuves que ce grand pays qu’est la France n’a plus de vrai pilote. Un autre accélérateur de la vassalisation de notre pays à l’oncle Sam est l’inepte décision de réduction des crédits militaires. Le passage à 1,77% du PIB, en dessous des 2% nécessaires au maintien d’une armée digne de ce nom, est très préjudiciable, surtout à l’ère du terrorisme, et ressemble à la funeste erreur de Chirac de supprimer la conscription qui avait alors irréversiblement délité le rapport de la jeunesse à la nation. Desuin n’est pas tendre avec la grande muette dont il affirme que depuis la guerre d’Algérie elle « a anesthésié tout sursaut de pensée ». Si ce point était avéré, il serait dommageable pour la révolution conservatrice que nous appelons de nos vœux, de ne pouvoir compter sur la force d’action de nos militaires. L’auteur insiste en affirmant que les officiers généraux de la Marine et de l’Air sont les plus enclins à l’atlantisme et qu’ils rejoignent régulièrement les grandes entreprises telles Odas spécialisée dans la vente d’armes à l’Arabie, Safran, la Fondation pour la Recherche Stratégique… O tempora, o mores !


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