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MN prend la marge et revient en septembre


L'UMP n'a pas eu son bac, le PS l'a eu en trichant

L'UMP n'a pas eu son bac, le PS l'a eu en trichant

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C'est jour de résultat du bac. Et les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy ne sont pas validés par un Conseil constitutionnel qui ne sait pas compter. Qu’est-ce que le Conseil constitutionnel, je vous le demande ? Si ses murs étaient de verre, tout le monde en rirait. Qu’est-ce encore que cette obscure histoire ? Une campagne électorale est une opération de mensonge, d’entubage de l’électeur. A quoi rime de l’invalider ? Est-ce qu’on « invalide » un braquage de banque ? « Non messieurs, votre braquage n’était pas réglo, on le refait. » Voyons, voyons, tout ça n'est pas sérieux. Qui juge ? Qui est jugé ? Y a-t-il en ce pays un homme véritable pour y croire ?

Vous le savez, je milite depuis des années pour la prise en charge des braqueurs par la Sécu. Voilà des gens qu’on peut admirer. Voyez la pénibilité de leur travail ! Et les risques. Et les accidents de travail. Pour une retraite zéro, traquée, menacée sans cesse. Un métier où l’on se met à dos toute la société, où on ne se fait aucun ami, où la risette n’a aucun effet. Un métier sans filet, qui se perd, croyez-moi. C’est du vol franc, de la fauche honnête, de l’escamotage loyal, j’oserais même dire du larçin-frusquin.

Franchement, tandis que certains se font élire pour rafler le magot, il y a encore des gens courageux qui préparent minutieusement une attaque, manière qu’elle fasse le moins de bobos possibles, qui prennent sur leur congé sans demander de dédommagement, et qui pour finir, quand les conditions s’y prêtent et quelle que soit la météo, braquent des banques où il n’y a plus d’argent, pour des clopinettes le plus souvent. C’est un geste héroïque, ça part d’une certaine idée du bénévolat, finalement. Tenez, à L’Isle-en-Dodon, mon escroc de maire n’avait pas ce gabarit, quand il se faisait payer par la commune des heures de « bénévolat valorisé ». Si, ça existe, je vous jure : des petits vols au bas d’une page. « Bénévolat valorisé. » Et hop, 15.000 euros dans la poche. Ça vous donne pas envie de les envoyer à Fleury-Mérogis, ça ? Ou de les balancer par-dessus bord avec 10 kg de ciment aux pieds ? Ah ! Vous voyez que vous êtes d’accord. Quand je demandais au trésorier départemental pourquoi il validait les comptes de la mairie, il me disait : « Pas de plainte, pas de contrôle. » C’est pas beau, ça ?

Alors que le braqueur, lui, il assume. Il prend tous les risques. Sans être couvert, sans assurance, et sans chômage. L’arme au poing. Façon grand-papa, façon Blier, Lino ou Francis Blanche. Avec un peu de casse parfois mais pas plus que dans la rue au quotidien si l’on en croit La France orange mécanique de monsieur Obertone (il aurait dû s’appeler Overtone). Eux au moins, les braqueurs de banque, ils s’attaquent au gros fric et font ce qu’ils peuvent pour ne blesser personne.

On ne pourrait pas en dire autant des politiques qui ne se dérangent pas pour quelques milliers de sang-contaminés ou de paysans suicidaires, mis en faillite par les vols commis à tous les étages et qu’on leur fait payer.

Nos braqueurs sont pleins d’illusion touchante d’ailleurs parce que s’ils voulaient vraiment palper gros, ils braqueraient plutôt la Caisse des Dépôts et Consignations, il y a là 10 mille milliards de dettes à rafler et comme on sait, monsieur Tapie : plus on doit, mieux on vit.

Ou mieux, allez braquer les syndicats et les CE communistes. C'est là qu'il est l'artiche, y en a des tombereaux. Du fric bien de chez nous, à notre portée, et gaulois. Des sesterces, du frix.

Mais revenons-en à notre Conseil constitutionnel, celui qui valide ou invalide les braquages d’État. Car les élections, c’est ça. On l’a dit et répété, écrit en long et en large : les élections vous envoie des gens qui n’ont strictement aucune compétence (4 décennies nous l’ont prouvé) au pouvoir. Qu’y font-ils concrètement, je vous le demande entre quatre yeux (et même 6, si vous avez des lunettes). Je dis concrètement, pas prétendument. Ils prétendent gouverner, certes, mais vu qu'ils n'ont plus le droit de voter les malheureux 5 % de budget qu'il restait jusqu'en 2010, puisque c'est Bruxelles qui s'en charge, que 95 % sont votés d'avance pour autant que les instituteurs soient payés-z-à vie, vu que les lois, décrets, textes, directives et recommandations font un inextricable merdier dont on ne peut rien extraire et qui vous emberlificote les bras, le gouvernement ne gouverne absolument plus. Absolument plus. Le faire croire, c'est prendre le péquin pour un Chinois.

Et je sais ce que je dis, j'ai deux générations complètes de politiques avant moi, et même que j'ai fait mon possible pour n'en pas être. Quoi qu’on m’ait réclamé, plébiscité, et même élu.

Par conséquent et au vu de tout ça, les politiques ne vivent qu’une réalité unique : ils s’enrichissent. Ils ne gouvernent pas, ne prennent pas de décisions, ou que des mauvaises, ne gèrent pas, font semblant, confient tout aux fonctionnaires, aux fusibles, aux larbins. La seule chose vraiment concrète, in fine, c’est qu’ils palpent. Ne me dites pas que c’est un discours bolcho-mélenchoniste, les rouges touchent à mort, c’est le parti qui a le plus détourné de fonds publics.

Le politique se fait élire et l’essentiel de son passage est marqué par un débit au compte de l’État. On le sait. Il n’y a pas besoin de rejouer « Chéri fais-moi mal » au grand Rex pour s’en souvenir.

Ils braquent l’État. Pourquoi porter un 9 mm quand on peut se contenter d’une carte d’adhésion aux gros partis ? Ça tire moins les poches. Comme me disait un sénateur socialiste de Haute-Garonne (pléonasme: tout en Haute-Garonne est socialiste) : « On sert à rien, mais il y a du fric à prendre. » Je lui demandais, avec mon air faussement naïf : « Et pourquoi ne le dites-vous pas comme vous me le dites ? » « Mais pardi, qu’il me fait, le bonhomme, parce que si je le dis je ne suis pas réélu et un autre le prendra à ma place ! » Vous comprenez. C’est du bon sens.

Ont-ils, à côté de ça, un minimum de carrure, je veux dire, ont-ils un numéro, ou du talent, pour nous faire gober l’addition ? Pas vraiment. En fait, en grattant un peu sous le col de chemise, on trouve des fiottes. Encore une fois, j’ai l’air extrême à causer ainsi, mais je vous jure que c’est du vécu. Je les connais à peu près tous et de peu loin.

Ont-ils, donc, une certaine dimension ? Une étoffe. Bon, alors disons une silhouette.

Je me souviens qu’un jour, nous avions à table un officier d’État-major détaché auprès du gouvernement, qui nous racontait la réaction du gouvernement socialiste français à l’annonce de la reprise en main communiste de la Pologne, en 1981. Réunion de crise. L’un des ministres demande à Hernu : « Et toi, Charlot, t’en penses quoi ? On peut envoyer l’armée ? » (sic) Le gouvernement se tourne vers les militaires : ceux-ci sont abasourdis, se regardent, consternés. Ces politiques socialistes, qui viennent de prendre le pouvoir, ne savent donc rien ? On ne déclare pas une guerre comme ça et la France n’a pas les moyens d’affronter la Pologne et encore moins l’Union soviétique. Et puis il y a l’Europe, et tout le reste… cette question est invraisemblable. On se croirait sur une cour de récréation. Et dire que ces gugusses disposent du feu nucléaire ; c’est d’ailleurs ce que souffle un colonel qui est là : « Ils ont le feu nucléaire… » « L’Europe ? fait un ministre, bravache. Ah ! non, c’est à nous d’être le fer de lance. » Un général demande : « Le fer de lance de quoi, au juste, monsieur le ministre ? » Silence. Finalement, on entend une voix qui fait « Et les Américains, ils en pensent quoi ? » Mitterrand, dépassé, barbouille quelques mots : « Oui, c’est ça, appelons les Américains. » T'as raison. C'est mieux que de finir en layette.

Les Américains débarquent de l’ambassade. Ils sont quatre. Ils ne perdent pas de temps en salutations. Ils sont directs, et même impolis. Pas d'humeur à faire semblant. Ils posent une valisette sur la table et disent : « Messieurs, nous nous occupons de tout. Pas de bêtise, hein ? Si vous avez besoin de nous contacter, vous utiliserez ce téléphone. » Voilà. Fin de l’incident. L’Amérique allait s’occuper de tout, ses hommes seraient dans les ministères et dicteraient leurs consignes aux généraux et hauts-fonctionnaires français, et les ministres français fermeraient leur bouche. Ils diraient ce qu'ils voudraient à la presse. Mais pour l'affaire polonaise, ils seraient gentils, ils iraient jouer un peu plus loin avec les porte-clés des Américains. Ce serait comme ça. All right ?

Voilà ce que furent les 4 heures, les 4 grandes heures de la réaction française face à l’événement.

Pourquoi je vous dis ça ? Parce que j’ai vu assez de ces politiques pour vous dire sans ciller : ce sont des imposteurs.

Qu’est-ce qu’un conseil constitutionnel ? Une boîte à meuh qui vous dit oui ou non, vous pouvez ou pas. Selon des critères qui sont ce qu’ils sont, sauf sérieux.

On vous invalide les comptes de campagne ? C’est comme de vous dire que vous n’avez pas commis correctement votre vol. Il n'y a aucun compte de campagne depuis 20 ans qui n'aurait pas mérité d'être invalidé. Aucun n’eut dû être validé. Armements, argent blanchi, argent de la prostitution, fonds détournés, caisses de retraite, ou d’associations vidées… on ne compte plus.

Et qu’est-ce que Sarkozy ? Et Hollande ? Mon Dieu, mais les Français ont-ils si peu de dignité qu’ils peuvent admirer et reconnaître des gens qui n’auraient même pas pu prétendre être bouffons sous Charles VI, dit le Fol.

Ces gens qui se disent élus, et qui n’ont jamais amassé sur leur tête une majorité, ne sont rien. Moins de jugeote que ma mercière, moins travailleurs que mon boucher, moins honnêtes que le fils du voisin.

Quand je dis « rien », naturellement j’exagère, ils sont des gens ordinaires, voilà tout. Personne n’est rien. Pas même Ayrault, pas même Vals. On ne peut pas dire ça. Ils sont quelque chose. D’indistinct, c'est vrai. Pour sûr, ils passent nettement après mon dépanneur informatique.

J’en ai vu, de ces politiques. J’ai rencontré Sarkozy, et Chirac, plusieurs fois. Et d'autres. Giscard. Mitterrand. Des ministres à la pelle (j'eusse préféré que ce fût à la pioche, entre nous, et la mer). Franchement, j’ai vu mieux, même dans les soirées de la Faculté de Nanterre. Un ou deux sortait du lot, parfois. Mais rien d’époustouflant. Les quelques amis que j’ai la chance de m’inventer chaque année me passionnent et m’impressionnent davantage. C'est tellement vrai que j'oublie de les oublier. Je les garde. Fidèlement. C'est fou ce qu'il y a des gens intéressants dans ce foutu pays. Il y a, dans l'arrière-pays, plus de talent que dans les centaines de palais de la République.

Avez-vous, ne serait-ce qu’une seule fois dans votre vie, été ébloui par un discours d’un politique en responsabilité ? Moi, jamais. D’un politique exclu, ça oui, de politiques de l’ombre, de la résistance, oui, certes. Mais de gens du système, jamais. J’ai écouté Mitterrand : c’était plat, convenu. Bayrou, Hollande, c’est de l’eau. Je ne me souviens de rien de vraiment grand. Si, parfois, quand un nègre laissait dépasser une phrase que le candidat hésitait à balbutier : on reconnaissait que ce n'était pas de lui. Ce pauvre Bayrou, je ne compte plus le nombre de fois où il m'a cité sans droit (de citer).

Un jour Chirac demandait en conseil des ministres : « Qui a une idée ? Il me faut une idée ! » Rien. Absence totale d’imagination, de prise de risque. Petit, petit, petit. Si j'avions été là, mes camarades, on refaisait le monde, en mieux, en Kodachrome grand espace.

Mais non. C’est cela, finalement, la république : un écheveau de connivences, de craintes, de relations viciées, d’intérêt spécieux, de conservatismes et de prébendes, d’opinons définitives, de critères incontournables, de mesure obligatoire, de discours, de peur enfin, de petitesse et de peur encore. Qui nous fait regretter la France royale où tout se risquait chaque jour, où chacun se devait au dépassement général, où, dans une parole qui valait pour tous, un pacte sacré, tout flambait jusqu’au fronton des palais, tout se tenait fou et droit, front au vent, où dix navires pouvaient couler pour ne s’être pas rendus, parce que l’honneur ne se noie jamais, et si l’on y survivait, la folie était de vivre malgré tout, mais en homme libre dévoué à un service et un seul — car Dieu est le seul maître —, et non errant de chaîne en chaîne ; on était sans chaîne, sans lien, en latin ab-soluta, oui, d’une manière absolue, comme l’était le pouvoir royal : sans lien, sans attache aux puissants, aux groupes, aux intérêts. Rien ne s’arrêtait justement. On n’a pas deux portraits de rois semblables. Regardez bien. Tout durait et tout avançait. Exactement, mathématiquement, le contraire de la République où rien ne dure et tout se fige. C’est ma bonne vieille chère loi du paradoxe, que j’ai découverte jadis et dont je ne me sépare plus.

Tenez : un jour, le duc d’Ossone, vice-roi de Naples, qui détenait le droit de grâce, monte à bord d’une galère et interroge la chiourme :
— Pourquoi es-tu là ?
— Je ne le saurai jamais, excellence, je suis victime d’une erreur judiciaire.
— Ah ? Et toi ? Pourquoi as-tu été condamné ?
— Je n’ai rien fait. J’ai été accusé à tort. Je suis un honnête homme, je le jure.
Et ainsi de suite, tous les forçats de se défendre et de clamer leur innocence. Mais en voilà un qui dit :
— Je suis là parce que je l’ai bien mérité et je mérite plus encore.
A ces mots, le grand homme s’exclame :
— Qu’on détache ce méchant homme ! Et qu’on le chasse d’ici. Il pervertirait tous ces honnêtes gens.
Vous avez là toute la différence qui existe entre la plèbe et l'homme.

L’on pouvait jouer 40 ans de sa vie pour qu’un roi entende notre nom 5 secondes, tout était fou, beau et sage, et toute cette terrifiante folie s’institutionnalisait jusque dans les ballets et les feux d'artifice, dans les guerres et les amours. L’homme était plus libre, voilà tout.

C’est du souvenir inconscient dont hérite ces « cent mille chiens » dont parlait Voltaire en parlant de lui-même, que jouissent nos politiques. « Sire », disait Voltaire, pensif et confus, à Louis XV, le magnifique souverain, « un jour le peuple de France sera gouverné par cent mille chiens comme moi au lieu d’être gouverné par un seul beau lion comme vous. »

Nos politiques ont hérité de tout ça comme les cambrioleurs qu’ils sont. Un grand homme me disait un jour : « J’ai compris ce qu’était la République avec une seule image. L’un des pires révolutionnaires, coupeurs de tête, violeur de religieuses, brûleur de château, s’était installé dans l’hôtel particulier d’un noble qu’il avait dénoncé. Durant la Restauration, ce monsieur exigeait que ses visiteurs enfilent des patins pour ne pas rayer le parquet. » Tout est là : imposture figée, austère, hypocrite, attachée à des riens.

A bas la République. C'est fini, elle a passé son tour. Et vive la Liberté.

Mais puisque, comme le disait déjà Tourville, le Français reste convaincu qu’il n’y a de grandeur qu’en l’État, il reporte ses espoirs sur ces gens de rien, sans espoir, sans principes, sans idéal, sans grandeur.

Les gens ne savent pas ce que peut être le Conseil constitutionnel. Si on leur vendait une Cour d'État, ils applaudiraient autant : ce serait beau. Ou une Assemblée extraordinaire du Droit public, ce serait imposant. Ou une Chambre de Haute Justice républicaine, ce serait austère et chic. Un Cénacle de la Nation, ce serait respectable, admirable, imposant. Peu importe. On peut inventer dix noms. Les gendarmes obéiraient. Le CRS s'alignerait.

Vous voyez comme il est simple de gouverner, dans ces conditions. Tout est dans l'apparence, le mot, le signe. C'est la civilisation du signe, pas de l'acte. Tout est dans les mots.

Et moi je m’en sers comme eux. C’est ce qui me fout le bourdon.

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