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La Carte et le territoire sous Hollande

La Carte et le territoire sous Hollande

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14 régions plutôt que 22. C’est parti. Hollande a décidé de redessiner le territoire, histoire encore une fois d’engager un mouvement irréversible dans les réformes souhaitées par le camp du progrès, un mouvement irréversible vers la dissolution des réalités pour une plus pleine adhésion à l’Empire européen.

La carte comme outil révolutionnaire contre le territoire

C’est une tradition révolutionnaire que de vouloir nier et supprimer le territoire, ce que d’aucuns appellent encore le pays réel, expression que Raffarin avait actualisée en son temps par « la France des régions ». L’esprit révolutionnaire après avoir remplacé l’amour et le service de la patrie en amour et service d’une idéologie, a toujours pris plaisir à découper la terre de France de façon autoritaire, en prenant surtout soin de combattre les identités locales au prétexte de renforcer l’attachement à ce qui n’était plus la France et que l’on appela désormais la République.

Rien d’étonnant dès lors que Hollande et son clan fassent la même chose dans des buts semblables quoique adaptés à la dernière mutation en date de l’idéologie révolutionnaire. Hollande est bien celui qui a remis au goût du jour cet esprit révolutionnaire, cet esprit de coupeurs de têtes, à coup de lois jacobines destinées tantôt à limiter la liberté, tantôt à engendrer une révolution anthropologique. Le sans-culotte casqué de l’Elysée a donc repris sa paire de ciseaux pour une activité de découpage et collage de l’Hexagone, au mépris total de ses logiques naturelles, au mépris total de ses habitants.

Au lendemain de la Révolution, après un premier projet purement géométrique (on découpait le territoire en 80 départements carrés de 18 lieues sur 18), option fut prise pour les départements actuels dont les noms sont choisis en fonction de la géographie et de l’hydrographie. Même à cette époque la carte finit par avoir besoin du territoire. On atteint tout-de-même le but poursuivi, à savoir la destruction de provinces anciennes, la dénaturation des évêchés, et la négation des identités les plus fortes comme celle des catalans ou des basques. Les révolutionnaires ont été guidés par l’égalitarisme des territoires, rendus tous aussi méprisables les uns que les autres au regard de la République. Pour les régions, ce fut la même logique. On a coupé la Normandie en deux, coupé le Languedoc de sa capitale historique qu’est Toulouse, coupé la Bretagne de la sienne, Nantes…

De la République vers l’Empire…

Mais il n’y a pas que le territoire qui soit têtu, le peuple l’est également. Il se trouve qu’avec le découpage virtuel de la Révolution, le peuple a fini par développer une identité sur ces territoires étiquetés d’un numéro. C’est que l’identité procède du même mouvement que l’amour. Elle a horreur du vide et le peuple s’entiche de ce qu’on lui laisse. Il s’est développé une identité en plus. La fierté d’être « 64 » n’est plus à démontrer, et même le 93 peut être aujourd’hui une sorte de source de fierté. Faute d’avoir reçu de la France une exigence généreuse, la racaille locale a développé une patrie bâtarde de substitution. La quête d’identité est ontologique pour un individu ou un collectif, c’est une tautologie qu’il n’est pas vain de rappeler face aux grands faiseurs de cartes.

Alors Hollande joue le jeu d’une dialectique pragmatique en nous annonçant les fameuses économies d’échelle. Ce pragmatisme prend d’ailleurs le pas sur toute logique de territoire. Qu’est-ce qui a présidé à la réunion de telle ou telle région ? Une analyse du fonctionnement de l’économie locale, la logique des infrastructures, la complémentarité des ressources ? Non, on nous dit : à chaque fois que vous aviez 2, vous aurez, grâce aux économies d’échelle, peut être 1 et demi. Comme s’il suffisait de faire grossir pour empêcher le gaspillage et la gabegie de ces entités régionales plus occupées à faire exploser le nombre de fonctionnaires travaillant dans les gigantesques palais qu’elles se sont construits qu’à administrer un territoire. Le président de l'Association des Régions de France s'inquiète de la réforme en oubliant l’idéologie qui l’a fabriquée : «Je suis lié et fidèle à François Hollande. Mais là, en ne parlant que de la carte, on met la charrue avant les bœufs. »

Avec ce tripatouillage de la carte, Hollande rappelle au final que la décentralisation n’est qu’un leurre en décidant de façon autoritaire. C’est encore la République et l’Esprit révolutionnaire qui est à la barre jacobine de la France. Le sans-culotte casqué veut créer des super régions, des championnes européennes ? Ah voilà donc l’objectif ! L’Empire. L’objectif de la République n’est plus de supprimer les identités locales, mais de supprimer l’identité française. « Elles seront ainsi de taille européenne et capables de bâtir des stratégies territoriales. Une carte a été définie. » proclame le locataire de l’Elysée. Championnes européennes pour une égalité des territoires à l’échelle d’un continent fictif, pour préparer la mise en œuvre d’un fédéralisme européen. Que 65% de Français refusent cette Europe fédérale n’a jamais empêché les francs-maçons d’avancer. Et cette suppression de notre identité passe par la suppression des dernières poches de ruralité. Que créera le remembrement des régions sinon l’explosion des capitales régionales où tout le monde sera censé vivre. En ville, l’identité tend à devenir la même partout. Rien de plus égalitaire que les villes aux mêmes centres-villes, aux mêmes banlieues, aux mêmes zones commerciales… Hollande l’avoue : « Parce que nous devons répondre aux inquiétudes des citoyens qui vivent à l’écart des centres les plus dynamiques et qui redoutent d’être délaissés par l’État en milieu rural comme dans les quartiers populaires. » Qui redoutent d’être délaissés par l’État ou qui cherchent à échapper au rouleau compresseur de la République ? Cette réforme n’est donc là que pour transformer notre pays en métropoles d’équilibres de l’Empire européen, la plus conceptuelle des constructions politiques, l’usurpation du réel.

L’absurdité des idéologues est bien sûr de ne pas comprendre le fonctionnement de l’identité. Ils ont toujours pensé qu’elle était exclusive et source de division. Alors même qu’elle fonctionne comme un ensemble de poupées gigognes. J’aime davantage mon département et ma région en aimant mon village, davantage la France en aimant ma région d’origine, davantage l’Europe en aimant la France. Mais l’idéologue ne veut pas nous faire adhérer à un ensemble plus vaste, ou même à l’humanité, il veut simplement casser en nous la moindre raison d’être. La carte et le territoire, voilà bien ce qui doit séparer la droite et la gauche, les révolutionnaires des contrerévolutionnaires à tout jamais.


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