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La résilience a bon dos…

La résilience a bon dos…

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La résilience a bon dos…Ce mot n’a de valeur positive que quand il est tu. Mais dans le discours des politiques, il a un goût insupportable et prend le soupçon de la manipulation. Durant cette crise du Covid-19, la résilience a symbolisé la surprenante force tranquille du peuple français, plus habitué aux révolutions désordonnées qu’à l’union, à la patience et la solidarité. Mais elle a servi aussi, partout dans le monde, de prétexte pour les liberticides, et parmi eux de nombreux dirigeants.

A cette crise sanitaire inattendue, non préparée, qui a révélé l’échec du modèle de mondialisation et les atermoiements des sachants et experts de tout bord, qu’ils soient politiques ou médicaux, le peuple a répondu dans le calme. Et heureusement. Toute initiative faisant obstacle au ‘Restez chez vous’, à partir du moment où elle ne s’accompagnait pas d’une politique sanitaire planifiée autre que les fameux et pourtant légers ‘gestes barrières’… n’aurait sans doute fait que renforcer le virus. Le peuple a été résilient. Au sens étymologique, il a montré sa capacité à résister au choc. Pourtant en France, ce n’était pas gagné.

Pour beaucoup, la France était mal préparée à un événement grave comme une guerre ou une pandémie. Les esprits grincheux dénonçaient notre individualisme et notre dépendance au superflu qui allaient nous rendre incapable de nous adapter à une situation de nécessaire retour à l’essentiel. Les déclinistes craignaient le risque de violence sociale, réflexe coutumier dans l’histoire de France à peu près à chaque situation de crise. Il est vrai qu’en 1789, au cœur d’une crise économique et financière dont elle avait l’habitude, la Royauté n’a pas vraiment pu compter sur la résilience de la population, alors qu’en lançant les Etats Généraux, elle permettait paradoxalement une réponse démocratique supérieure à la crise de 2020. Mais 2020 n’est ni une guerre ni une crise économique ressentie. Et l’art des gouvernements a été de nous faire croire la première, et de nous avoir fait éviter la deuxième. ‘Nous sommes en guerre’. Nous étions donc en temps de guerre, désarmés et à la maison. Une étrange guerre, aussi longue que celle de la campagne de 1940, mais sans le bruit du canon et le choc de la perte des jeunes qui partent au front. 26 000 morts en France en 2 mois, principalement âgés de plus de 70 ans, contre 60000 militaires durant la même période entre mai et juin 1940 lors de la campagne de France. Ce n’est pas un bilan de guerre. Sur le plan économique, le choc n’a pas (encore) été ressenti. Activité partielle, étalement de charges, l’impact économique semble indolore.

Alors, après deux mois de confinement durant lequel le peuple français a accepté une réduction des libertés individuelles, privées et publiques qui paraissait inconcevable, la société française reste majoritairement non violente et montre une faculté d’adaptation remarquable. Les politiques ont acheté la résilience du peuple en amortissant les chocs économiques et sociaux et en brandissant le risque sanitaire. Au nom du ‘Restez chez vous’, ils l’ont anesthésié. Pour cela, ils ont administré une bonne dose de confinement à effet lénifiant. Le confinement évite le choc de la reprise du travail, la confrontation sociale, le risque de contamination dans les lieux sociaux que sont les hôpitaux ou les entreprises. Le risque zéro et le principe de précaution sont les meilleurs garants de la résilience. Profitant de cet effet lénifiant du confinement, ils ont de par le monde réduit les libertés. Liberté de culte, de mouvement et d’expression. Paradoxalement, cette réduction des libertés n’a semblé profiter à aucun pouvoir fort. Pas de culte de la personnalité, pas de propagande dictatoriale. Les gouvernements ont globalement failli, particulièrement chez les puissants. Communication légère, dépassée, incompétence médicale avouée. Étonnamment, ils ont à de rares exceptions près, réagi de la même façon, cherchant finalement peu de remède, affichant peu de convictions. La grande incompétence mondiale assurant la grande contamination mondiale. Où est le contrôle ? La confrontation démographique ? Les modèles, les oppositions ?

Alors, si la résilience du peuple est une bonne nouvelle, c’est aussi un grand risque. S’il s’agit de passer l’éponge et continuer comme avant, la société n’aura rien compris aux causes profondes de cette crise. Oui, une transformation des comportements sociétaux s’impose, et c’est bien à la société de s’en emparer. Premièrement, consommer local, mieux, pour éviter de creuser la dépendance notamment à la Chine. Deuxièmement, mieux gérer les déplacements et interactions, éviter un rythme effréné destructeur pour les cellules sociales, familiales, auquel cet épisode de crise a brutalement mis fin. Une transformation des comportements politiques s’impose également, avec la nécessité d’un engagement de tous pour contrôler les gouvernements, prendre la parole et défendre les convictions d’un modèle équilibré favorisant le bien commun.

Résilience vient du latin resilientia – le fait de rebondir. C’est à l’issue de cette transformation que l’on pourra juger de notre réelle capacité de rebond. Mais qui rebondira ? Les peuples qui retrouveront leur dynamisme, leur santé économique et sociale en retenant les leçons de leur naïveté ? Ou leurs élites qui auront profité d’une inattendue concorde nationale pour étouffer dans l’œuf le débat démocratique et gagner du temps avant les prochaines élections ? A Hong Kong, l’arrestation des 14 manifestants par les autorités chinoises le 18 avril nous montrent que la résilience a bon dos…


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