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La révolte et la révolution, le rebelle et le révolté

La révolte et la révolution, le rebelle et le révolté

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On assiste à une révolte, ce n'est pas une révolte de la faim à première vue, mais le moteur en est similaire. En effet chaque individu a sa définition de l'acceptable en termes de survie, autant physique que psychique, la survie psychique étant l’autre nom de la dignité. Certes la définition de la survie, qu'elle soit acceptée, intériorisée ou non, dépend aussi de la situation socio-économique du pays en question, du possible et du niveau de richesse produite. Cependant si cela continuait comme avant, non seulement le gasoil, mais aussi le gaz, l’électricité, la révision auto… allaient augmenter mais l'inflation des produits de première nécessité aurait continuer de galoper, par tranche de "vingt centimes", montant que l'on peut ramener légitimement au franc pour évaluer et se faire une idée puisque les salaires sont fixes (vingt centimes équivaut à 1 franc 30 de capacité d’achat à salaire fixe). Ainsi compte tenu du niveau des loyers et de la fixité des salaires, on peut penser que la révolte des gilets jaunes anticipe une révolte de la faim.

Enfin, aux premiers motifs du mouvement, au principal moteur : l'instinct de survie, il s'ajoute sans doute consciemment et inconsciemment l'encadrement et la privatisation du lien social et la faillite du symbolique. Les veillées, les bals populaires, les carnavals ont disparu, au fond tout rassemblement populaire non orchestré par le marché est quasiment un délit. L'exemple d'une structure d'art populaire qui perdure est le foot dans lequel s'investissent d’énormes capitaux. Tout le monde est pratiquant et se réjouit du succès des meilleurs. Celui-ci aide à vivre en tant qu’espérance et même si on n’atteint pas le sommet au moins on aura pratiqué en équipes sympathiques. Toute culture est d'essence populaire même si elle s'incarne dans ses champions adulés de tous. Citons le tango, la corrida, les écoles de samba au Brésil, le carnaval ou chaque quartier prépare le plus beau char. En France l'intelligentsia de gauche et le marché ont fait une OPA sur la culture vivante et l'ont muséifiée. Elle a installé un rapport distancié de regardeur non pratiquant à la culture. La seule occasion de réunir sympathiquement et gratuitement une foule immense a été l'enterrement de Johnny.

Ce qui est extraordinaire, c'est que les professionnels de la révolution sont aux abonnés absents. Si on observe les intellectuels établis dit « de gauche », il est stupéfiant de constater leur peu d'empathie pour ce mouvement populaire. Ce qu'il en ressort c'est qu'au fond l'empathie et l’honnêteté intellectuelle sont les deux faces d'une même disposition. Quand on aime les gens a priori, ce qui semble être une disposition assez rare dans les « élites », la moindre des choses est de s’intéresser à ce qu'ils sont. Cela n'exclut pas la critique ni de prendre en compte dialectiquement les qualités et les défauts, le vrai et le faux, mais le plus grand pragmatisme est de mise. La pensée inductive du scientifique s'impose pour toute recherche de solution. Le bon sens étant à l'humain ce que la science est à la matière, le vrai est indissociable du bon pour l'humain, c'est à dire du résultat tangible immédiat ou à court terme.

Quand le mouton embourgeoisé dit « ils n'auront pas ma haine » à celui-ci, le mouton enragé en gilet jaune répond : « ils n'auront pas ma laine ».

A contrario on est dans le déni qui se manifeste par l'essentialisation d’une grande masse bien trop diverse en réalité dans ses composantes et courants pour pouvoir se permettre valablement une quelconque généralisation. Généralisations telle que le classique et dépassé la rue. Les réseaux sociaux ont pris la place de la rue de la masse ou encore de la foule. Ils n’en restent pas moins connotés péjorativement. Ils seraient le lieu, non de l'expression de tous, mais de la circulation des fakes news et de la haine. Quand le mouton embourgeoisé dit « ils n'auront pas ma haine » à celui-ci, le mouton enragé en gilet jaune répond : « ils n'auront pas ma laine ». Cela n’empêche cependant pas le Big Data d'observer les réseaux sociaux à la loupe et en douce uniquement à des fins commerciales et non démocratiques alors qu'on a un sondage permanent de toute la population. Il s'agit sans doute de maintenir la distance sacrée entre dirigés et dirigeants.

En tous les cas s’il est difficile d’évaluer d'emblée le niveau d'empathie d'un intellectuel, tout le monde semble gentil verbalement. Si l’on admet l’équation empathie égale honnêteté intellectuelle, a contrario, on peut déduire facilement la première de la seconde. L’honnêteté intellectuelle, l’absence de jargon, le goût pour la vulgarisation, eux sont facile à évaluer. Ils sont un bon marqueur du degré d’empathie réel de l’auteur. L’honnêteté intellectuelle est hélas beaucoup plus rare que l’intelligence, ce qui fait d’ailleurs que quelqu'un de normalement intelligent et honnête peut avoir plus à dire et mieux qu'un personne brillante qui utilise son intelligence à enfumer !


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