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La toute-Puissance de l’Etat

La toute-Puissance de l’Etat

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C’est à vrai dire d’un mouvement continu que l’Etat, depuis plusieurs siècles, s’efforce d’augmenter sa puissance face aux individus. Mais si ce mouvement semble s’accélérer clairement, il se pourrait que ce soit en trompe l’œil.

 

Une accélération…

Voici une cinquantaine d’année déjà que l’Etat cherche à remplacer la puissance paternelle. En 1975, la loi Veil lui reconnaît le droit de faire mourir l’enfant non désiré, à la manière du pater familias romain. Le père s’efface devant la décision de la femme à qui l’on a fait croire qu’on lui rendait son corps (« mon corps, mon choix ») au moment même où on la dépossédait de sa maternité.

« Ce n’est pas la mère seule, c’est la collectivité tout entière qui porte l’enfant en son sein. C’est elle qui décide s'il doit être engendré, s'il doit vivre ou mourir, quel est son rôle et son devenir. »[1] Aujourd’hui encore, cette expansion de la Toute-Puissance de l’Etat cherche à prendre le visage de la justice : « ma sexualité, mon droit ».

L’ouverture de la « PMA pour toutes » reprend le même schéma, et l’on nous annonce pour bientôt un « débat » sur la GPA. Or cette technique de « procréation » va encore un peu plus effacer la figure du père, puisqu’il ne sera bientôt plus qu’un donneur anonyme de gamète. Avec un incroyable mépris, on suggère que l’enfant ira chercher ailleurs un « modèle paternel ».

Par petites touches, l’Etat impose sa toute-puissance en imposant l’impuissance aux individus. Deux simples exemples :

  • Que va recouvrir la loi interdisant les « violences éducatives ordinaires » ? S’il s’agit d’interdire de blesser ou de tuer son enfant, c’est louable mais la loi existe déjà. S’il s’agit d’interdire aux parents de priver leur enfant de dessert ou de les forcer à finir leur assiette, comme le suggère le blog Enfancesépanouies, on a de quoi s’inquiéter un peu.
  • Que va recouvrir la loi contre la haine sur internet ? Un député propose d’interdire la haine contre l'Etat d'Israël. Or la haine, comme sentiment affectif ou moral, concerne le for interne. Ainsi nous risquons bien de ne plus avoir le droit d’exprimer nos émotions négatives envers des personnes ou des institutions. Dans le rapport qui a précédé cette loi, on s’inquiète de « l’islamophobie », « ciblant la religion musulmane et ses fondements ». Aura-t-on demain le droit de critique l’islam ?

 

…en trompe l’œil

Si l’on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que ce n’est pas tant l’Etat que l’individu consommateur, narcissique et prométhéen, qui exerce sur la société toute entière une puissance ahurissante.

De quoi en effet la PMA pour toutes est-elle le nom ? Il s’agit pour l’individu de s’accomplir sans aucune relation à autrui. Pour être père ou mère, il fallait jusqu’ici passer par la relation à l’autre, accepter de devenir par autrui ce que nous souhaitons être pour autrui. Etre mère sans père avec la PMA, être père sans mère avec bientôt la GPA : être un individu consommateur dans le supermarché de la procréation. Narcissique, il ne veut regarder que son propre désir. Prométhéen, il ne prend de la nature que ses forces et jamais ses lois.

Il n’est pas surprenant que les groupes de pressions dits « LGBT » soient les plus impliqués dans ces changements de société. L’homosexualité n’est-elle pas, en effet, la forme la plus aboutie de la sexualité moderne, à savoir une sexualité purement hédonique, tournée vers le même, qui évite toute fécondité afin de préserver l’autonomie individuelle ? Ce que veut le LGBT, c’est que la société tout entière devienne la pourvoyeuse de ses désirs : désir de reconnaissance, de visibilité, et maintenant désir d’enfant. Et malheur à qui s’oppose à ces désirs, immédiatement taxé d’homophobe et voué aux gémonies. Mais c’est absurde. Refuser la revendication des LGBT ne devient pas de l’homophobie du simple fait que ces personnes sont LGBT. L’homophobie finit par désigner tout propos visant non pas seulement à discriminer mais encore à contester aux LGBT la satisfaction inconditionnelle de leurs revendications.

La PMA « sans père » n’est donc pas simplement le symptôme d’une toute-puissance de l’Etat, c’est aussi un moment du règne absolu de l’individu. Ce que veut l’individu, c’est ne consentir qu’à des liens contractuels, et s’émanciper de tout ce qui ressemble à un lien naturel. Assez naturellement, ce règne de l’individu s’attaque à la filiation, dernier lien naturel, pour décréter que c’est le désir de parentalité qui fait de chacun un parent, créant ainsi un « droit à l’enfant » pour satisfaire ce désir.

 

Une fausse conception de l’égalité

Au nom de l’égalité des droits, on voit aujourd’hui arriver la PMA et, demain, la GPA. Il y a là une profonde confusion : Ce ne sont pas les droits qui sont égaux, mais la condition du droit. Nous n’avons pas tous les mêmes droits : ainsi, une personne valide n’a pas le droit de se garer sur une place réservée aux personnes handicapées. Mais nous sommes tous soumis la même condition, à savoir que cette place est, pour tous, réservées aux personnes handicapées.

De même, la PMA est, pour tous, réservée aux couples en âge de procréer. Comme l’a remarqué le Conseil d’Etat, en exclure les couples de même sexe ou les célibataires n’est pas discriminatoire, parce les situations sont diverses sur un point essentiel : les célibataires et les couples de même sexe ne procréent pas. Or le P de PMA signifie « Procréation ». Ils ne sont donc pas concernés par cette technologie.

Y voir une question d’orientation sexuelle est une manipulation qui ne sert qu’à crier à l’homophobie pour étouffer toute opposition. Toutes les personnes, y compris les personnes homosexuelles, sont égales devant cette condition selon laquelle la procréation réclame l’altérité des sexes. C’est donc une question d’égalité, et il n’y a pas de raison de dispenser des personnes de cette condition, ce qui serait, pour le coup inégalitaire pour les enfants : il y aurait des enfants qui pourraient inscrire leur origine dans cette altérité, et d’autres pas. On renverrait ces derniers avec mépris vers la charge de se trouver ailleurs d’autres modèles paternels ou maternels.

Affirmer que toute procréation convoque un père et une mère est simplement un décrire un fait, renforcé par le fait que l’on ne peut réduire l’homme à un géniteur et la femme à une gestatrice. Car procréer n’est pas simplement un acte biologique : c’est un acte personnel et social, qui engage l’humanité et la responsabilité de deux personnes envers une troisième. Au lieu de cela, on voudrait isoler de l’individu ses diverses fonctions sociales : être parent, être fils ou fille, fonctions éphémères pour individus interchangeables sous le contrôle absolu de l’Etat, plus précisément de ceux qui se sont soumis les appareils institutionnels de l’Etat.

 

[1] Pierre Simon, La vie avant toute chose, 1979, p. 15


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