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L’arrogance des clercs dans le monde occidental 1/2

L’arrogance des clercs dans le monde occidental 1/2

Par  

Gouvernée par la tyrannie de ses sentiments, l’obligée de Bernard-Henri Lévy Christine Angot[1], lisant l’autre jour un de ses textes face à François Fillon, est symptomatique de l’état des intelligences aujourd’hui.

Malgré le discours incohérent véhiculé par la militante LGBT, on trouvera un Jean-Michel Apathie, un des « collaborateurs » des média mainstream, pour déclarer : « Sur le plateau de France 2, l'écrivaine était parfaitement dans son rôle et, avec elle, nous avons assisté à un grand moment de télévision. »

En février dernier, Christine Angot avait exhorté le président François Hollande à se représenter à l’élection présidentielle, puisque celui-ci, dans les situations exceptionnelles, avait « toujours été à la hauteur »…

On attribue à Confucius cette réflexion : « Si j’étais chargé de gouverner, je commencerais par rétablir le sens des mots ». Quelle image de la politique ces « superbes » donnent-ils à la jeunesse française ? Ne vivons-nous pas une séquence historique de triomphe de la sophistique ?

Tocqueville et les démocraties libérales

La recherche intellectuelle n’est pas un jeu : c’est un engagement. Face à un monde menteur où la dissimulation règne, apporter un témoignage de vérité est l’office de l’authentique humaniste.

Face aux coups du sort, qui touchent les justes comme les injustes, chacun doit-il accepter son lot en vivant pour soi-même ? On songe au passage de la Démocratie en Amérique, où Tocqueville décrit l’abrutissement satisfait des citoyens dans le monde enchanteur des démocraties libérales. Mais doit-on seulement subir ? Ce monde serait-il une prison sans lumière ? Les hommes d’aujourd’hui ont le sentiment d’être enchaînés à des circonstances qui leur échappent. Que devient la liberté quand une mentalité d’esclave s’impose, disposant l’humanité à obéir aux caprices de cette « nouvelle espèce d’oppression » que le même Tocqueville peinait à dénommer tant la chose était innovante ?

Selon son tempérament et ses conditions de vie, chacun réagira selon son mode. Des schémas se retrouvent dans l’histoire des idées. Épicure refuse l’orientation morale de la vie explicitée par Platon, en affirmant que le bonheur consiste uniquement dans l'absence de douleur et de troubles. « Je crache sur la moralité et sur les creuses admirations qu'on lui décerne, quand elle ne produit aucun plaisir ».

Face au désespoir des populations, les intellectuels, que nous nommerons ici les clercs, ceux qui présentent des aptitudes naturelles à la réflexion, n’accompagnent pas toujours leur office d’éclairage d’un souci moral pourtant indispensable si l’on veut servir la vérité et le bien commun.

Choisir entre la paille des mots et le grain des choses

Ces « intellectuels », parfois d’authentiques érudits[2], sont souvent, du moins au début de leur parcours,  animés d’un désir des vérités supérieures, et donc quelque peu « philosophes » et parfois même « théologiens ». Mais leur cheminement surtout textuel et dialectique, les a-t-il menés à une sagesse suffisante pour prévoir ?

Concernant l’Histoire récente, depuis les prêtres égyptiens, les pythagoriciens, les philosophes épicuriens et stoïciens, ces intellectuels acceptent volontiers le rôle de « sauveurs ». On leur prête un savoir caché, réservé à des initiés : ce sont des « experts » et il faut que le peuple les écoute religieusement.

Ne peut-on faire un parallèle avec les Pharisiens de l’Evangile ? Ces spécialistes  de la connaissance de la Loi et de sa jurisprudence complexe et pénible à retenir, méprisaient le vulgaire, le peuple. A les entendre, Jésus était trop « populiste » : il prétendait donner la « sagesse aux petits » (Matthieu, XI, 25), à ceux qui n’étaient pas passés par les institutions établies et leurs diplômes respectables.

Le peuple, perdu dans son ignorance, qui rassemble les « maudits » (Jean VII, 49), ne peut être « élu », ami de Dieu et digne d’écoute selon l’élite des sans scrupules. Les Pharisiens et autres clercs de tous les temps, usant de leur aisance dialectique pour mésestimer le peuple, s’enferment ainsi dans une caste arrogante et méprisante.

L’âme de bonne volonté, au désir droit, pourrait-elle discerner la vérité parmi cette illusoire aristocratie, ces faux maîtres qui investissent les chairs d’enseignement en monopolisant le discours d’analyse ?

Dans le Nouveau Testament, Jude a une expression pour qualifier ces imposteurs : « des astres errants[3] » dont « la bouche est pleine de grands mots et qui flattent les gens par intérêt ».

Face aux astuces des Sophistes, l’amoureux de la vérité est parfois médusé : « Que vous, les sages, vous soyez sujets aux variations, voilà ce qui est terrible pour nous-mêmes, car alors nous aurons beau recourir à vous, nous ne serons pas tirés de nos incertitudes » (Hippias Mineur, 376c).

Et puisque nous sommes avec Socrate,  le père des vrais sages, continuons à méditer ses paroles dans ce dialogue platonicien cité par le pape Benoît XVI à Ratisbonne[4] :

« Quand on a cru, sans connaître l’art de raisonner, qu’un raisonnement est vrai, il peut se faire que peu après on le trouve faux, alors qu’il l’est parfois et parfois ne l’est pas, et l’expérience peut se renouveler sur un autre et un autre encore. Il arrive notamment, tu le sais, que ceux qui ont passé leur temps à controverser finissent par s’imaginer qu’ils sont devenus très sages et que, seuls, ils ont découvert qu’il n’y a rien de sain ni de sûr ni dans aucune chose ni dans aucun raisonnement, mais que tout est dans un flux et un reflux continuels, absolument comme dans l’Euripe, et que rien ne demeure un moment dans le même état.
— C’est parfaitement vrai, dis-je.
— Alors, Phédon, reprit-il, s’il est vrai qu’il y ait des raisonnements vrais, solides et susceptibles d’être compris, ne serait-ce pas une triste chose de voir un homme qui, pour avoir entendu des raisonnements qui, tout en restant les mêmes, paraissent tantôt vrais, tantôt faux, au lieu de s’accuser lui-même et son incapacité, en viendrait par dépit à rejeter la faute sur les raisonnements, au lieu de s’en prendre à lui-même, et dès lors continuerait toute sa vie à haïr et ravaler les raisonnements et serait ainsi privé de la vérité et de la connaissance de la réalité ?
— Oui, par Zeus, dis-je, ce serait une triste chose ».
(Platon, Phédon, 90 c-d).

Car c’est en effet une triste chose que la misologie[5] qui règne dans l’esprit du peuple quand les intellectuels discréditent la raison.

Ecrasé par le poids de ce qu’il juge être une fatalité aveugle, le peuple se désespère, la confusion règne et le scepticisme s’accroît. La confiance dans les autorités intellectuelles diminue et la subjectivité s’impose dans les jugements. Le champ de conscience se rétrécie. Le fruit de cette errance, c’est la séparation de la terre et des cieux dans les esprits. L’homme est orphelin. C’est donc le règne du « chacun pour soi ».

Ces dignitaires intellectuels qui tentent de cacher leur faillite nominaliste, ce sont nos « philosophes », enseignants, journalistes et publicistes, et dans l’Eglise catholique certains clercs : les « faiseurs d’opinion » qui dictent leurs normes intéressées. L’intelligence est pourtant faite pour découvrir la vérité objective et la bouche pour la proclamer. Mais ces aveugles et guides d’aveugles ne peuvent pas l’aimer. Mauvais bergers, ils ont accepté l’effroyable responsabilité d’égarer l’humanité à grande échelle : soit par insouciance, soit par malignité.

Cette charge abyssale leur est d’autant plus imputable qu’ils étaient aptes à enseigner la vérité[6]. Cette vocation naturelle (et leur charisme surnaturel pour les religieux) les destinait à éclairer et à guider leurs frères humains vers la lumière de la vérité.

 

A suivre…

 

[1] Auteur de l’Inceste en 1999 (50 000 exemplaires) qui décrit dans le détail les viols qu’elle a subi par son père. En 2012, elle obtient le prix Sade pour Une semaine de vacances.

 

[2] L’érudition n’est pas l’indice de l’intelligence : c’est la culture philosophique qui discerne les matières et les modes d’argumentation qui indique une sagesse réelle.

[3] Epitre de Jude, 13.

[4] Rencontre avec les représentants du monde des sciences, Université de Ratisbonne, 12 septembre 2006.

[5] La misologie, terme formé à partir du grec misos (« la haine »), et logos (« la raison »), désigne la « haine de la raison », c'est-à-dire le dégoût pour la réflexion et la logique, qui entraîne le mépris pour la science et le savoir.

[6] « On ne peut nier en effet que cette période de changements rapides et complexes expose surtout les jeunes générations, auxquelles appartient l'avenir et dont il dépend, à éprouver le sentiment d'être privées d'authentiques points de repères. L'exigence d'un fondement pour y édifier l'existence personnelle et sociale se fait sentir de manière pressante, surtout quand on est contraint de constater le caractère fragmentaire de propositions qui élèvent l'éphémère au rang de valeur, dans l'illusion qu'il sera possible d'atteindre le vrai sens de l'existence. Il arrive ainsi que beaucoup traînent leur vie presque jusqu'au bord de l'abîme sans savoir vers quoi ils se dirigent. Cela dépend aussi du fait que ceux qui étaient appelés par vocation à exprimer dans des formes culturelles le fruit de leur spéculation ont parfois détourné leur regard de la vérité, préférant le succès immédiat à la peine d'une recherche patiente de ce qui mérite d'être vécu. La philosophie, qui a la grande responsabilité de former la pensée et la culture par l'appel permanent à la recherche du vrai, doit retrouver vigoureusement sa vocation originelle » (Jean-Paul II, Foi et Raison, n°6).


L’arrogance des clercs dans le monde occidental 2/2
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