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L’asservissement en marche

L’asservissement en marche

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« Il est droit, tout marche sans qu’il doive rien commander. Il n’est pas droit, il a beau commander, nul ne le suit. » Entretiens de Confucius, XIII, 6 (Trad. Pierre Ryckmans, Paris, Gallimard, 1987, p. 72)

« Le Prix international Charlemagne d’Aix-la-Chapelle est la récompense la plus ancienne et la plus célèbre rendant hommage à l’engagement en faveur de l’unification européenne. Le prête-nom du prix est Charlemagne, qui avait été considéré comme le « père de l’Europe » par ses contemporains[1]. »

Le prix Charlemagne est une récompense fondée en 1949 et décernée « depuis 1950 par la ville d’Aix-la-Chapelle à des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l'unification européenne ». (Wikipedia).

Le 10 mai 2018 le Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle a été décerné au Président de la République française, Emmanuel Macron.

Parmi les anciens lauréats, on notera : en 1958, Robert Schuman (1886-1963), en 1981 Simone Veil (1927-2017), en 1987 Henry Kissinger (né en 1923), en 1999 Anthony Blair (né en 1953), en 2000 Bill Clinton (né en 1946), en 2002 L'euro, monnaie (sic), en 2003 Valéry Giscard d'Estaing (né en 1926), en 2006 Jean-Claude Juncker (né en 1954), en 2008 Angela Merkel (née en 1954), en 2016 le pape François (né en 1936)…

Que penser d’un prix politique attribué en deux ans à un pape catholique et à un pur produit des réseaux positivistes de l’intelligentsia française (Education Nationale, université, Science-Po, Ena) ?

La misologie[2] ambiante - engendrée par ces réseaux déstructurants dans la tête des jeunes français depuis plusieurs décennies - nous empêche de discerner les intentions des maîtres du moment. Depuis au moins l’après-guerre, la dictature mathématique[3] est elle aussi « en marche » pour accélérer la mainmise humaine sur la nature, et bientôt l’arraisonnement transhumaniste. On voit ainsi nos meilleurs élèves absorbés dans la terminale dite « scientifique » - cet adjectif qui relève davantage actuellement de l’incantation divinatoire que de la science réelle - et qui fera d’eux des exécutants en ingénierie prométhéenne au service des décideurs machiavéliques de l’ingénierie sociale. En effet, et ce n’est pas Olivier Rey[4] qui nous contredirait, ce ne sont pas les années passées à opérer dans l’abstrait des jeux d’esprit chiffrés qui va les aider à se former en politique.

« Les jeunes gens peuvent devenir géomètres ou mathématiciens (…), alors qu’on n’admet pas communément qu’il puisse exister de jeune homme prudent. La cause en est que la prudence a rapport aussi aux faits particuliers, qui ne nous deviennent familiers que par l’expérience, dont un jeune homme est toujours dépourvu (car c’est à force de temps que l’expérience s’acquiert). On pourrait même se demander pourquoi un enfant, qui peut faire un mathématicien, est incapable d’être philosophe (…). Ne serait-ce pas que [ces sciences mathématisées] s’acquièrent par abstraction[5] tandis que les autres ont leurs principes [surtout] dérivés de l’expérience, et que, dans ce dernier cas, les jeunes gens ne se sont formés aucune conviction et se contentent de paroles ? » (Aristote, Ethique à Nicomaque, 1142a 12)

Mais l’enseignement officiel, dit « de l’ignorance » par Jean-Claude Michéa[6], n’a plus beaucoup d’autorité auprès de nos concitoyens, ni même auprès de nos jeunes. Trop de mensonges, d’injustices, d’omissions, de raccourcis, trop de dressage à l’idolâtrie de « penseurs » qui entretiennent la paille des mots. Trop de sophismes. Mais ne prenons pas trop nos adolescents pour des imbéciles. Le pardon n’est pas l’oubli.

Ce qui conserve encore de l’influence sur les consciences provient surtout des medias mainstream. Pour conserver cette emprise, le complexe politico-médiatique renforce sa puissance par l’impôt des français.

En mars 2018, la Cour des comptes[7] publiait son rapport annuel en précisant qu’en 2017, le montant total des aides de l’État attribuées à la presse écrite s’élevait entre 580 millions d’euros et 1,8 milliard d’euros. Cette fourchette étonnante s’explique par une « définition large » des aides à la presse.

Le 27 novembre, alors que les Gilets Jaunes continuaient leur juste combat, nos parlementaires ont voté la suppression de trois taxes payées jusqu’à présent par les stations de radio et les chaînes de télévision.

1) Chaque spot publicitaire diffusé à la télé dans la tranche facturée entre 1.520 euros et 9.150 euros était frappé d’une taxe de 20,60 euros.

2) Les radios qui réalisaient 10 M€ de chiffre d’affaires publicitaire par trimestre (Europe 1, NRJ, RTL) payaient une taxe de 54.435 euros.

3) Les chaînes de télévision qui réalisaient 100 millions de recettes publicitaires tous les trois mois (TF1 et M6) payaient une taxe de 894.500 euros.

Ces trois taxes sur les medias dominants viennent d’être supprimées par voie légale : elles rapportaient 50 millions d’euros à l’État. La scolastique du moment justifie ses calculs d’intérêts :

« On est dans une logique de simplification et de rationalisation des petites taxes qui pèsent sur les télés. C’est le fruit d’une discussion avec Bercy et le ministère de la Culture, dans les projets de simplification de la vie des entreprises.[8] »

Par ailleurs, dans la nuit du 18 au 19 décembre 2018, l’Assemblée Nationale a voté, bien entendu sans débat ni publicité, une hausse de 4 millions d’euros de la dotation allouée à l’Agence France-Presse (AFP), qui était déjà de « 111,8 millions d’euros », au titre de ses missions d’intérêt général.

Le citoyen, réduit dans l’illusion démocratique actuelle à n’être qu’un serf « contribuable », entretient ainsi ses bourreaux spirituels. Mais les Gilets Jaunes ne devraient plus s’inquiéter : « Le capitalisme ultralibéral et financier va vers sa fin » nous a assuré notre Président dans ses vœux aux français le 31 décembre 2018…

« Quand je réfléchis sur les lois et sur les gouvernements de notre monde, que je meure, si j’y trouve seulement la moindre ombre de justice et d’équité ! » Thomas MORE, Utopie.

 

[1] https://www.karlspreis.de/fr/

[2] Platon (Phédon, 89e) fait ainsi dire à Socrate, suite au jargon abstrait de trop nombreux intellectuels : « on finit, à force de déceptions, par détester tous les hommes et par estimer qu'en aucun il n'y a rien de rien qui vaille quelque chose ».

[3] « Ce qui manque ne peut pas être compté » : Alain Supiot cite ainsi l’Ecclésiaste (I, 15) dans son livre « La gouvernance par les nombres » (Fayard, 2015).

[4] Quand le monde s'est fait nombre (Stock, coll. « Les essais », 2016). Rey explique que la cette science moderne « ne consiste plus à découvrir l’essence secrète du monde ou des choses, ou encore les lois cachées auxquelles ils obéissent, mais à découvrir le possible usage qu’ils dissimulent ».

[5] Pour éviter les confusions, précisons qu’Aristote veut dire par là que si les points de départ des sciences mathématisées sont dans l’induction concrète (je vois des chevaux ; ensuite je les nombre), leur niveau d’abstraction est ensuite très élevé (intermédiaire entre la philosophie de la nature et la métaphysique). Leur mode hypothético-déductif engendre des habitus spéculatifs très « mentaux ». Un des grands apports d’Aristote, par sa critique du platonisme, est peut-être d’avoir bien distingué l’intellectuel de l’intelligent.

[6] L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes (Climats, 1999).

[7] https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2018-01/12-aides-presse-ecrite-Tome-2.pdf

[8] http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/moins-de-taxes-pour-les-grandes-chaines-de-television-et-les-stations-de-radio-09-12-2018-7963908.php


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