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Le collège unique voie de garage

Le collège unique voie de garage

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Trois ans, trois ministres, une seule idéologie. Trois ans et trois méthodes différentes cependant, le dogmatisme thermidorien de Peillon, l’inaction suffisante de Hamon, et enfin le marketing léché et globalisant de Najat. Passera-t-elle à la hussarde les derniers oripeaux des hussards de la République ? Le marathon est lancé pour passer en force une réforme de l’enseignement et particulièrement des collèges. Elle va s’appuyer sur les médias aux ordres capables de faire bouger l’opinion. Du 10 mars au 10 avril, un mois, non pas pour réfléchir, négocier, mais un mois pour faire passer la pilule, inverser les définitions comme toujours et continuer de faire le contraire de ce que l’on promeut. Prolonger les politiques qui n’ont fait qu’aggraver les inégalités scolaires dans l’objectif affiché de les réduire. Nous sommes habitués, nous sommes fatigués.

 

La transmission des savoirs ne sera plus que peau de chagrin

Les effets d’annonce sont là. Najat teste l’opinion et conduit le changement, comme on dit aujourd’hui. Première annonce : on va ajouter de la transversalité entre les matières. Cela s’appellera des EPI : Enseignements pratiques interdisciplinaires. Traduction ? On va transformer un domaine du savoir en cours de rééducation à la morale républicaine du moment, on va faire passer tout le maigre savoir au programme des collèges par le prisme d’une idéologie. Premier exemple : le fameux développement durable. Jusqu’à maintenant les élèves en bouffaient en géographie et en sciences de la vie et de la terre, ils apprenaient à trier leurs déchets plutôt que d’apprendre le nom des fleuves, ils apprenaient à économiser les chasses d’eau plutôt que d’apprendre le nom des espèces animales vivant dans les sous-bois. Demain, grâce à Najat, on convoquera l’ensemble des matières derrière la bannière de ce thème. Au collège unique, désormais, l’idéologie remplace la science. Il en sera de même pour d’autres thèmes chers à la gauche triomphante : la diversité, la bio diversité, le vivre ensemble, et la fameuse théorie du genre (qui n’existe pas). Cette transversalité occupera 20% du temps de nos têtes maintenant rarement blondes. La transversalité, c’est l’officialisation de l’idéologisation de l’enseignement, on ne se cache plus derrière le petit doigt levé du savoir. 20% du temps pour l’endoctrinement, si on ajoute quelques pourcentages de sport, d’activités dites artistiques, de technologie, d’éducation sexuelle, d’éducation civique, d’activités numériques, il est fort à parier que la transmission des savoirs ne représente plus qu’une peau de chagrin sur les 25 heures d’enseignement, un piège que tous les établissements sous contrat auront bien du mal à éviter, quand bien même ils seraient attachés à leur indépendance.

 

Sans le latin, sans le latin, le collège nous emmerde

Adaptons ce refrain de Brassens post réforme conciliaire de la messe : sans le latin sans le latin, la messe nous emmerde. Et bien, c’est la même chose pour le collège. Que restera-t-il comme pur savoir une fois les langues anciennes éliminées ? L’histoire, la géographie, les sciences de la vie et de la terre, le français, ont été contaminés par les concepts et finalement idéologisés. Les mathématiques et les sciences-physiques sont toujours davantage transformées via le numérique pour rendre les collégiens « employables » dans un monde où le chômage est roi. Le latin restait donc seul, comme pur savoir, à veiller, telle une petite loupiote sur le lieu de l’enseignement. C’était gratuit d’apprendre des versions latines, gratuit pour la vie, c’est dire si cela rendait libre ! Supprimer le latin aujourd’hui va vraiment dans le sens de la dichotomie entre les lettres et les mathématiques. Comme si les deux s’opposaient, comme si on devait absolument être fort dans l’un si on était mauvais dans l’autre, comme si on ne pouvait être fort dans les deux. Voilà bien le raisonnement piégeur élaboré par deux complices : la droite libérale qui souhaite disposer d’un individu employable, et la gauche révolutionnaire qui ne cherche qu’à reproduire son citoyen comme garant de son système. Piège du raisonnement puisque les lettres sont à la base de tout. On ne peut rien faire si on ne sait pas s’exprimer. Tout problème de mathématique commence par une phrase. Toute énigme scientifique ne peut être comprise que par l’énoncé d’une phrase. Tout raisonnement puise sa solidité dans la structure même de la phrase. Il n’y a pas de différence ontologique entre la pensée même et la phrase.

 

Des analphabètes sachant parler l’anglais

Dans le même temps, Najat flatte les parents attentifs au devenir de leur petit sur le marché de l’emploi, et annonce l’enseignement d’une seconde langue vivante dès la classe de cinquième, la première étant envisagée quant à elle dès l’âge analphabète, à savoir le CP. Les langues vivantes sont aujourd’hui un bastion de l’enseignement global. Les renforcer consiste à dissoudre toujours davantage l’enseignement du français et de sa grammaire. Le mouvement qui consiste à tuer le latin pour renforcer les langues vivantes n’est rien d’autre qu’une mise à jour de la guerre idéologique des méthodes d’apprentissage de la langue. Le chantage est facile puisqu’il s’agit de donner un atout concurrentiel aux collégiens, savoir parler anglais et espagnol, c’est tout de suite se projeter dans un avenir de commerce international et donc d’argent pour le rejeton de la famille. Alors même qu’apprendre une langue étrangère est rendu très accessible à l’âge adulte quand on maîtrise la grammaire de sa propre langue, et quand on a eu la chance d’avoir fait du latin. Ne pas connaître le latin et la grammaire du français sera en revanche totalement irrattrapable.

 

L’enseignement catholique entre dans la collaboration

L’enseignement catholique, qui n’en est pas à sa première collaboration, verse son onction sur le ministre. Oubliant encore une fois l’indépendance des établissements privés sous contrat. « La réforme du collège qui prévoit plus d’interdisciplinarité et davantage de travail en équipe, convient bien à la culture de l’enseignement catholique » se réjouit son secrétaire général Pascal Balmand. Les parents de l’enseignement libre ne sont pas de reste, dans un communiqué publié jeudi 12 mars, l’Apel dit ainsi accueillir « avec espoir » la refonte annoncée. Ces déclarations sont une preuve supplémentaire du caractère nuisible de l’enseignement catholique. Les diocèses ne font qu’imiter le ministère, le suivre à distance raisonnable, et versent globalement dans les mêmes travers idéologiques.

Toutes ces réformes sont lancées suite au constat du PISA que le collège « aggravait la difficulté scolaire ». On ne voit pas bien comment ce train de mesures va pouvoir contribuer à donner à chacun la chance de construire son avenir. Nous aurons de bons citoyens empêchés de penser avec toute la liberté de leur langue, formatés pour consommer de la bonne conscience, formatés pour n’être qu’un rouage dans les systèmes : la République, l’entreprise. Il ne faudra pas s’étonner d’engendrer des djihadistes. Au contraire, il faudra s’en féliciter. Car finalement, le djihadiste est le citoyen parfait, bête et cruel, chair à attentat, chair à canon, sorti des écoles de la République, incapable d’opposer une pensée aux déterminismes salvifiques du bouquin qu’il adore.


30 ans d'aberration pédagogique
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