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Le Pen : énormités et abominations

Le Pen : énormités et abominations

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Après ces récents propos sur les chambres à gaz nazies et les pétinistes, nous entendons ici et là les commentateurs affirmer : « Jean-Marie Le Pen ne change pas ». C'est faux ! Bien qu'il s'agisse probablement de la seule évolution de Jean-Marie Le Pen en soixante ans de vie politique, il semble aujourd'hui préférer sa petite-fille à sa fille, la jeune réac'à la "dédiabolisatrice". Jadis pourtant il affirmait « je préfère ma fille à ma cousine, et ma cousine à mon voisin, et mon voisin à l'immigré ».

En effet, Jean-Marie Le Pen semble plus que jamais s'opposer à la stratégie dite de "dédiabolisation" engagée par Marine Le Pen. Depuis quelques temps, ce dernier se démène à jouer toujours plus fort sa propre partition face au discours officiel du Front National, désormais incarné par sa fille Marine. Son entretien accordé à Rivarol, où il évoque les pétainistes du Front National, renforce l'image détestable du parti qu'il a fondé et sape les efforts de sa fille pour le faire marcher, non pas seulement vers un second tour de l'élection présidentielle mais vers le pouvoir.


À la soupe !

Pourtant, les résultats électoraux sont formels : la fameuse "dédiabolisation" récolte ces premiers fruits. Le Front National conquiert des postes dans les territoires qui lui étaient déjà historiquement favorables, et s'implante progressivement dans les autres, l'Ouest de la France et la ruralité notamment.

Ce mouvement va de pair avec un élargissement des populations sensibles au discours du FN, qui n'est plus celui que tenait le parti quand il était encore dirigé par Jean-Marie Le Pen. C'est le succès de cette volonté de "dédiabolisation" que le Président d'honneur met en danger. Ses propos, qui ne cadrent plus du tout avec la ligne de son parti, indignent une part significative des nouveaux sympathisants FN et repoussent ceux qui songeraient à le devenir.

En dépit de l'affection que peuvent avoir pour Jean-Marie Le Pen certains cadres, les "historiques" du Front National, tous ceux qui espèrent un petit strapontin d'élu local ne peuvent que souscrire à la démarche de Marine Le Pen. Quand bien même ils partageraient sur le fond l'opinion de leur Président d'honneur, ils savent bien que leur carrière leur impose de se taire sur certains sujets. De ce point de vue - celui de la soupe - le Front National est bien un parti comme les autres.

Énormités et abominations

Les nombreuses, et abominables, déclarations de Jean-Marie Le Pen faisant de millions de morts innocentes un détail de la Seconde Guerre Mondiale sont effectivement la cause incontestable du rejet profond et salutaire de sa personne dans l'opinion publique. Ce rejet se traduit naturellement en second lieu sur le parti qu'il représente.

Si nous pouvons nous réjouir que ces propos se fassent plus rares dans notre société - et cela inclut en premier lieu la tribune du Front National - le parti qui fut le premier de France lors des dernières élections européennes est encore à des lieues de la sagesse. Jean-Marie Le Pen n'est pas le seul membre du Front National, loin de là, qui ferait souvent mieux de se taire. À défaut d'abominations racistes, nombreuses sont encore les énormités proclamées par le FN. Parmi elles se trouvent par exemple la sortie de l'Euro ou le retour de la retraite à 60 ans. L'avenir du Front National mené par Marine Le Pen peut se résumer en quelques mots : passer de l'abomination à l'énormité.

Plus largement, à défaut de provoquer le dégoût que générait Jean-Marie Le Pen, le programme économique actuel du Front National lui retire toute crédibilité pour diriger la France. Sur ce point particulier, le programme libéral - à la limite du thatcherisme - de Jean-Marie Le Pen pendant les années 1980 était infiniment plus crédible. Les Français, éclairés par l'exemple récent des reculades du gouvernement grec d'extrême gauche, savent que les promesses électorales d'Eldorado s'envolent au lendemain même de l'élection. Rattrapées par les réalités économiques, les nouvelles majorités ne peuvent, une fois au pouvoir, continuer à ignorer les contraintes d'un monde où l'on ne peut plus vivre en autarcie.

Conseil aux pétainistes

Cet article ne saurait se conclure sans adresse spéciale aux amis pétainistes de Jean-Marie Le Pen, puisque ce sont eux qui par leur évocation ont poussé les désaccords de la famille Le Pen sur la place publique.

S'il subsiste véritablement des pétainistes au Front National, ce dont personne ne douterait même sans les déclarations de Jean-Marie Le Pen, ceux-ci vivront sûrement avec philosophie la trahison du vieux chef aux institutions du parti qu'il a créé. C'est naturellement que les fidèles du Maréchal Pétain comprendront qu'il n'y a pas de différences entre le Jean-Marie Le Pen de jadis et le Jean-Marie Le Pen d'aujourd'hui, tout comme le prestige de 1918 rejaillissait encore sur le Maréchal Pétain en 1940.

Peut-être s'en trouveront même certains pour croire au double-jeu, pour imaginer que la statue du commandeur s'immolerait elle-même le moment venu que s'impose son successeur, tout comme Pétain collaborait le temps que s'impose le Général de Gaulle.


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