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MN prend la marge et revient en septembre


Le traquenard Angot

Le traquenard Angot

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Christine Angot ne commençait pas si mal, exprimant la déception partagée par de nombreux Français concernant le rapport à l’argent que semble avoir François Fillon. C’est vrai que c’est idiot de la part du candidat d’avoir salarié des membres de sa famille au lieu de mettre sur la rampe des jeunes soucieux de se mettre au service du bien commun.

François Fillon se revendique chrétien. Sans doute le parti des frères laïcs ne lui pardonne pas, mais il aurait dû être plus sensible à l’avertissement évangélique selon lequel on ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent.

Mais cette folie ne touche pas exclusivement M. Fillon. Le coiffeur du locataire de l’Elysée, les omissions fiscales de Macron, la pingrerie de Thévenoud, les placements de Cahuzac, le Fouquet’s de Sarkozy, les diamants de Giscard, la liste est longue de ces exemples qui montrent que tout le monde n’a pas la sobriété d’un de Gaulle ou d’un Pompidou.

Mais la discussion nous a appris autre chose sur la parole dans l’espace public.

D’abord nous croyons être une société très libérée, alors que nous sommes en fait prisonniers d’un moralisme extrêmement rigide. D’Angot à Barthès, en passant par Sophia Aram, Charline Vanhoenacker ou Nicole Ferroni, c’est toujours la même moraline qui nous est administrée sous couvert de divertissement. Par l’usage subtil de la dérision, ces prêcheurs déversent sur les ondes les injonctions les plus rigides à vénérer les dogmes de la postmodernité. En l’absence de toute idée du vrai et du faux, celles du bien et du mal occupent le terrain, mais forcément avec la violence de l’arbitraire. Est bien ou mal ce que les commissaires culturels ont décidé de nommer tel. Payer son coiffeur 10 000 euros par mois sur les deniers publics, c’est bien quand on est de gauche. Mais payer sa femme 4 000 euros quand on est de droite, c’est mal.

Il est courant de dire que l’émotion a remplacé la réflexion. « Christine Angot n’a pas pété un câble, elle n’a pas de câble », lance Alain Finkielkraut sur Causeur. Le moment de bascule du débat me paraît être lorsque François Fillon rappelle que nous sommes (censés être) dans un Etat de droit. De son côté, il ferait bien de se rappeler que le droit n’est pas tout, il n’est que cette partie de l’éthique qui commande au for externe et interdit de nuire à autrui. Son fondement est moral, et c’est ce fondement moral qui lui donne son sens. Côté Angot, on ferait bien d’ouvrir les yeux sur le traquenard tendu à Fillon, avec la découverte si opportune de manquements à la moralité qui sont en effet bien navrants. On ferait bien de se demander ce qu’est devenu notre Etat de droit, quand les lois ne font plus qu’exprimer le rapport de force entre une caste au pouvoir persuadée d’être le « parti du progrès », rejetant comme « réactionnaire » tout ce qui s’oppose à elle.

L’argument a laissé place à l’insulte. Réac, homophobe, islamophobe, facho… difficile d’échapper à l’un de ces adjectifs quand on commence à refuser à l’individu d’asservir toute chose à son désir et que l’on prétend faire valoir une opinion « différente » immédiatement taxée de « dérapage ».

Dans la société du spectacle et de la dérision, l’individu narcissique n’attend des médias que du frisson, le ressenti se substitue à la vérité et entend dire le droit. Les médias font leur buzz de toute chose, consacrant la défaite de l’intelligence et du débat d’idées. Et s’étonnent de la montée des « extrêmes », naturellement, dont le parti du progrès se présente en rempart alors qu’il en est la cause.


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