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MN prend la marge et revient en septembre


Le vote pour les nuls

Le vote pour les nuls

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La question va finir par se poser de façon bête et brutale dimanche qui vient. Après le petit dej, entre la messe et la boulangerie, entre la poire et fromage, ou carrément entre l'heure de l'apéro et celle de la clôture des bureaux de vote : pour qui voter ? Quelle consigne suivre, quelle consigne donner. C'est vrai que Villiers avait su dire que les consignes étaient faites avant tout pour les gares. Mais quelle prise de tête ! Heureusement que je ne pèse rien dans le corps électoral, heureusement que je suis quantité négligeable en démocratie triomphante, heureusement que la masse crasse et démocratique écrase l'individu, parce qu'un tel choix cornélien de choisir le meilleur d'entre nous me plongerait dans un trouble psycho-social assuré.

Je ne peux pas voter Front de gauche, c'est certain, autant se déclarer volontaire pour le goulag… Et je ne peux encore moins voter pour les socialistes car ce serait être candidat pour la GAV, qui je vous l'accorde est tout même la forme édulcorée du goulag, mais vous savez ce que c'est, on reste attaché à sa liberté jusque dans des retranchements anarco-réactionnaires. Il me reste donc tout le terrain vague, la vaste plage laissée au centre et à la droite. Mais c'est qu'il y a à boire et à manger. Et même à vomir si l'on pense à la tiédeur d'une certaine candidate à la mairie de Paris. Il y a bien des discours plaisants à l'UMP, il y a bien de bonnes gens honnêtes attachées à leurs valeurs qui méritent d'être élues. Le Front, quant à lui, bien qu'offrant le confort de la radicalité dans l'opposition à l'empire du grand tout, n'a jamais été aussi éloigné de l'intelligence depuis ses fréquentations révisionnistes soralienne et son programme qui ferait rougir encore davantage un communiste convaincu comme Marchais. Si l'étiquette ne me plait guère, il me reste toujours l'homme. Peu importe qu'il soit de gauche ou de droite, pourvu qu'il fasse bien son job. 60 % des Français sont satisfaits de leur maire. C'est en fait qu'ils sont contents d'habiter leur ville. Rien de plus normal après tout qu'un maire fasse bien son boulot et serve les intérêts de sa bourgade. Seulement cet homme là saura me rappeler son étiquette quand il votera aux sénatoriales ou qu'il donnera son parrainage à tel ou tel candidat à la présidentielle. Décidément, j'aurais dû m'y prendre plus tôt pour savoir pour qui voter, le petit dej de dimanche prochain risque de mal passer.

Dommage, il y avait des types que j'aimais bien en politique sans pour autant adhérer totalement à leur discours. En vrac : Chevènement, Villiers, Séguin et même Madelin. C'est sans doute l'échec qui me les a rendus sympathiques. Pas seulement, sans doute aussi parce qu'ils représentent une certaine idée de la liberté en politique. Il est trop rare de trouver sur un bulletin le nom d'un homme libre de toute idéologie et de toutes compromissions partisanes. En leur absence, la seule solution qu'il me reste est encore de mettre le tout dans une grosse boule et de faire comme au loto. Je boulègue, je boulègue et je regarde ce qui sort. Mais hasard n'est pas providence. Et puis, si je ne parviens pas à voter pour le meilleur, il y a tout de même une hiérarchie dans le dégoût que le hasard risque d'oublier.

Il me reste aussi le vote blanc. Se déplacer pour ça… Et puis il y a toujours quelque chose de très prétentieux dans le vote blanc. Une démarche qui veut se situer, mais qui finalement navigue entre majorité et opposition sans trouver de port. Et puis cette obsession des voteurs blancs à vouloir être reconnus cumule orgueil et bêtise. Vouloir être dedans en ayant choisi d'être dehors ne révèle que le pathétique regret de ne pas avoir été choisi par la politique. Non, j'ai trouvé. Je vais voter nul. Je vais me mettre au niveau du scrutin, me mettre au niveau du jeu démocratique. Quelle différence au final de voter NKM ou de voter nul ? Au moins le bulletin nul ne cache pas son nom. Il y a différentes façons de voter nul. Certains choisissent de se faire plaisir en espérant dégoter une brève dans un journal de PQR s'intéressant aux anecdotes du vote. Certains, obstinément, inscrivent sur leurs bulletins l'être cher politique disparu : De Gaulle, Mitterrand au choix. Certains autres encore plus conscients, n'ayant jamais cru à la démocratie, n'ayant jamais été dupes de rien ni de personne, se contentent d'inscrire dans une ironie politique sur leur bulletin : le roi. Quant à moi, je suis en ballotage, j'hésite entre Casimir, Flamby ou mimolette. "Hollande dégage" ? Il faut simplement que le plaisir que je vais prendre dans cet acte solitaire en nullité compense ma peine de me déplacer vers l'urne qui ressemble d'ailleurs de plus en plus aux corbeilles destinées aux déchets recyclables.

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