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Les imposteurs

Les imposteurs

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La gauche au pouvoir n’a pas le monopole du mensonge, mais il faut avouer qu’elle l’élève à un niveau olympique. Ces diverses affaires, de Cahuzac à Taubira, sont d’autant plus pathétiques que M. Peillon se pose en grand éducateur de la Nation à travers l’idée d’une « morale laïque » dont la première ligne n’est pas écrite.

Dès le début des méfaits de ces pieds nickelés de la politique, leur inexpérience avait été pointée du doigt. Mais voilà : il fallait à Hollande un premier ministre dont le charisme ne fasse pas d’ombre au sien. Il fallait des femmes, de la diversité multiculturelle, satisfaire les « écolos » et tous ceux qui avaient conduit un (mauvais) capitaine de pédalo à s’échouer au poste pour lequel, aux dires de ses plus proches « amis » politiques eux-mêmes, il était le moins fait. Mister blagounette ne fait rire personne, surtout depuis qu’on a découvert sa brutalité et son cynisme dans ses affaires privées.

L’inconvénient serait que l’on ne parle plus que de cela, et que l’on ne cherche pas à s’élever un peu aux causes plus profondes de cet échec.

Cet échec n’est pas celui de la seule gauche. La droite de Sarkozy ne s’est pas montrée beaucoup plus honnête. Ce qui est commun, c’est que tous ces gens ont totalement perdu de vue le sens de ce qu’est en vérité la politique.

Ces gens se moquent du peuple. L’idéal démocratique hérité, pour ce qui nous concerne, de Rousseau et non d’Athènes était de toute façon construit sur une fiction : la fiction d’un ensemble d’individus libres de leurs passions et égaux en vertu. Cet idéal a secrété sa propre destruction, comme l’avait annoncé Benjamin Constant. La supposée « volonté générale » est finalement étrangère et hostile à la volonté particulière de l’individu. D’abord parce que celle-ci est de moins en moins politique et de plus en plus consommatrice, et que les intérêts du consommateur sont de fait opposés à ceux du citoyen. Ensuite parce que la volonté générale est abstraite et sans limite, ce qui la rend plus absolue qu’aucun pouvoir n’a jamais été. Enfin, et surtout, parce qu’il est flagrant que cette « volonté générale » n’est que la marionnette de pouvoirs plus sournois auxquels les médias obéissent sans discernement. Il suffit d’évoquer par exemple la franc-maçonnerie ou les lobbies gays.

Lorsqu’enfin on en aura fini avec ce mythe de la volonté générale, peut-être pourra-t-on être à nouveau sensibles à des sagesses plus nobles.

Je pense ici aux profondes vues de saint Thomas sur le Bien commun, c'est-à-dire sur l’ensemble des conditions permettant à chacun de vivre une vie bonne et heureuse.

Saint Thomas pose comme principe que l’action du chef politique tient en trois points :

Sa principale tâche est d’instaurer l'honnêteté de vie, de la conserver et de l'améliorer. « Or pour qu'un homme vive conformément à l'honnêteté naturelle, deux conditions sont requises : l'une, et la principale, c'est d'agir selon la vertu (…); l'autre est secondaire et comme instrumentale : c'est la suffisance des biens corporels dont l'usage est nécessaire à la pratique de la vertu. (…)

« Agir selon la vertu », dit ici Thomas d’Aquin. Alors que les lois se multiplient, il nous rappelle que la loi ne peut être le véritable principe de nos actions. Le véritable principe est la volonté individuelle du citoyen, éclairée par son intelligence et rendue droite par la vertu inscrite en lui par l’éducation. Sans la vertu, la loi n’est qu’une force extérieure à laquelle le citoyen s’efforcera d’échapper par tous les moyens.

Quant à la « suffisance des biens matériels », elle nous rappelle que s’il est vrai qu’un minimum de prospérité est nécessaire, la possession de biens ne saurait être une fin en soi. Dit autrement, cela signifie que ce n’est pas l’économie qui est le principe absolu de la vie sociale.

Thomas d’Aquin ajoute ensuite qu’il convient en plus d'assurer « l'unité de la paix », tranquillitas ordinis, sans laquelle on ne peut être dirigé à bien agir. »

Voici pour les finalités du gouvernement. On aimerait que nos gouvernants, en ce sens, fassent leur job…

Thomas d’Aquin n’en reste pas là et observe qu’il y a trois empêchements au maintien de ce « bien vivre ensemble ».

D'abord, le vieillissement des citoyens, qui ne peuvent éternellement et avec la même perfection remplir leurs offices. Le roi veillera donc au renouvellement des générations ; Thomas place au premier rang des préoccupations politiques la politique familiale, que précisément notre gouvernement s’efforce de piétiner. C’est que la famille, non l’État, est au principe de la vie sociale.

Le second empêchement est la perversité des volontés : le chef veillera donc à ce que les châtiments détournent les hommes du mal et les poussent à la vertu. Pour ceux en effet pour qui l’éducation donnée en famille n’aura pas suffi, il est nécessaire que la loi promette un châtiment à ceux qui agiront mal. Bien sûr, il va sans dire que le gouvernement se doit d’être exemplaire…

Enfin, les risques d'invasion sont le troisième obstacle, contre lequel le roi devra pouvoir protéger le peuple. Nous n’en sommes plus autant qu’avant aux risques d’invasions armées. Mais il est d’autres invasions dont on peut regretter qu’elles soient organisées par les gouvernants eux-mêmes. Le rapport du Think Tank Terra Nova sur ce sujet est édifiant.

Nous sommes ici avec saint Thomas au principe de toute vie morale et politique : faire le bien, un bien commun, qui conduit à l’unité de la paix et à tous les biens communs exigés par une vie bonne et heureuse : la vertu et la prospérité, la sécurité… qui sont le bien conforme aux exigences de notre nature raisonnable telle que notre intelligence peut la connaître.

Cela suppose un fort changement des représentations : il faut voir la vie sociale comme la vie commune de personnes poursuivant le bien commun, et non celle d’une juxtaposition d’individus étrangers les uns aux autres.

Ce que l’on attend du politique, ce n’est pas de bouleverser l’ordre social séculaire au nom d’idéologies d’un genre douteux, mais c’est de nous rendre aimables les conditions du bien commun, dont notamment cette sage distinction des ordres qui, sous le nom de laïcité, protège nos consciences d’un César soucieux d’occuper la place d’un Dieu qu’on a cru mort.

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