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Marseille : plus belle la France !

Marseille : plus belle la France !

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Celle qui se veut, pour cette année seulement, capitale européenne de la culture, celle que Paris voudrait capitale de la criminalité, et enfin celle, fidèle à son héritage de cité grecque, qui ne peut être que la capitale d'elle-même, est le symbole de toutes les lâchetés françaises. Elle est également le laboratoire de tous les discours visant à masquer toute la réalité de nos échecs.

Lâchetés vis à vis de l'immigration


La première des lâchetés est ancienne. Elle concerne l'immigration. La France a toujours trouvé confortable de disposer de cette zone tampon entre la Méditerranée et les collines pour stocker ce que l'on ne voulait pas voir s'évader dans la nature. Ce n'est pas pour rien que Marseille est première en beaucoup de communautés avec des succès très variables : première communauté juive de province, première communauté arménienne de province, première communauté algérienne et maghrébine de province bien sûr… L'objectif était surtout de laisser les problèmes de gestion multiculturelle à l'échelle de la commune et de ne pas l'aider. Laissons la petite clique notable phocéenne s'arranger de cette difficulté. Mais la plus grande lâcheté n'est sans doute pas de n'avoir pas aidé la commune à gérer ce mélange culturel mais de n'avoir pu observer ce qui s'y déroulait afin d'en tirer des leçons pour la France. Cette France qui suit Marseille en fermant les yeux et en se bouchant le nez. En regardant, elle aurait pu voir ce conseil de l'Espérance mis au point par Jean-Claude Gaudin, rassemblant les chefs des mouvements religieux présents dans la ville (Catholiques, Orthodoxes, Juifs, Musulmans) et destiné à ce que chaque communauté vive sans avoir la haine des autres. Cette France aurait pu entendre un Gaudin clamer à "Radio Paris" au lendemain de la mort de Jean-Paul II que : "la séparation de l'Église et de l'État n'était pas complètement réelle à Marseille" pour justifier la demi-journée donnée aux employés de mairie. Il faut dire que chaque année, toute la classe politique et administrative se retrouve à l'église du Sacré Cœur pour célébrer la consécration de la ville à ce même Sacré Cœur. Cette France, si elle n'avait fait preuve de lâcheté, aurait pu comprendre l'importance d'affirmer son identité culturelle pour pouvoir garantir la paix entre les communautés, et refuser les leçons morveuses et méprisantes d'un Harlem Désir qui ne cesse de pâlir chaque année et scande depuis sur RTL que Gaudin est coupable de "non-assistance à Marseillais en danger".

Lâchetés vis-à-vis du trafic de drogue


La seconde des lâchetés de la France vis à vis de Marseille concerne le trafic de drogue. Là aussi, ce n'est pas nouveau. Déjà à l'époque de la french connexion, on était capable de s'enorgueillir de posséder ce savoir-faire de transformation chimique sur notre territoire, sans que cela ne vienne souiller nos campagnes. C'était avant que la France passe du statut de pays de fabrication à celui de consommateurs. Maintenant que la drogue est dans tous les lycées, traîne dans bien des collèges et devient le seul ferment de paix sociale dans les banlieues, il est bien sûr hors de question de régler le problème. On préfère mettre en place quelques salles de shoot que de ressortir les badges blancs et les spots de pubs qui disent : "non j'en veux pas". 7 € la semaine d'héroïne, 15 € les quinze jours de cocaïne. Il n'y a aucune raison pour qu'un pouvoir politique ait le courage de régler ce problème. Avec un taux de chômage record dans certains quartiers, les revenus issus de la drogue représentent la source de revenu facile des jeunes gens des banlieues, et la façon de démultiplier les performances des jeunes blancs consommateurs avec la cocaïne et de garantir leur incapacité à se révolter grâce à l'héroïne. Et pendant que les apprentis trafiquants se font descendre de temps en temps, les émeutes de 95 ne se sont pas encore renouvelées. Jean-Philippe (Harlem) Désir partage sans doute cette analyse et doit tanner ses amis socialistes de combattre ce mal qui empêche le jeune de banlieue qu'il n'a jamais été, de devenir secrétaire national du PS.

Lâchetés vis à vis de la criminalité


La troisième des lâchetés françaises dont Marseille est le symbole est intimement liée aux deux premières puisqu'il s'agit de la criminalité. Si rien ne se règle réellement, c'est que l'argent du crime arrose largement et il serait impossible dans notre état jacobin de reconnaître l'existence de mafias sur notre territoire, et d'ouvrir les yeux sur les bénéfices retirés par ce même État du crime toléré, de Yann Piat à maintenant. Mais rassurons-nous, les élus marseillais, réunis samedi à la préfecture autour du projet de Manuel Valls de "pacte national" pour Marseille, ont proposé leurs idées, et ne se sont mis d'accord que sur une "méthode" de travail commune, car nous aurons : renforcement des effectifs de police à la sortie des écoles, "emplois de paisibilité" dans les HLM, accroissement des effectifs de la police municipale, mais aussi mesures de défiscalisation pour les entreprises embauchant dans les quartiers en difficulté ou encore création d'une filière d'éoliennes maritimes… Bref, les Al Capone de la Castellane sont tranquilles. Les élus courageux sous l'œil de leurs mentors parisiens, ont avancé "leurs solutions à la fois sur les questions de sécurité pure et sur le développement de l'emploi qui permettrait d'éradiquer à terme le trafic de drogue" ! La réunion a été "très constructive", s'est félicité le préfet de région ! Et pourtant, les meurtriers sont tous connus des services de police, et pourtant tous ceux qui terrorisent les quartiers de Marseille ont déjà été arrêtés au moins une fois puis relâchés, et pourtant les tenants de cette France orange mécanique ne sont qu'une centaine, quelques centaines sur toute la France, facilement repérables. Pourquoi ne sont-ils pas arrêtés ? Tout simplement parce que la lecture d'une telle rafle ne pourrait être vue autrement que comme une vaste ratonnade de la part d'un gouvernement qui oublie ses devoirs de tolérance. Heureusement Harlem y veille depuis maintenant quelques décennies.


La plus vieille ville de France est encore pour quelques mois la capitale européenne de la culture. Regardons-la en fait comme la capitale de la culture européenne, lieu de toutes les contradictions d'une société qui n'en finit pas de s'éteindre, de se recycler avec la matière de son propre cadavre.

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