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Ni gauche ni droite bien au contraire

Ni gauche ni droite bien au contraire

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« La montée des mouvements populistes, dont le bilan quand on pourra l’établir sera nécessairement contrasté, correspond de toute évidence à une nouvelle page de l’histoire politique en Europe » estime Alain de Benoist dans Le moment populiste (sous-titré : droite-gauche c’est fini !). Le phénomène touche l’Europe du Sud et de l’Ouest (Syriza, Podemos, Front National, Mouvement Cinq étoiles, Ligue du Nord, Parti de la liberté), l’Europe centrale, l’Allemagne (AfD), l’Europe du Nord (Parti des démocrates suédois), pays anglo-saxons (« Brexit »), et désormais les Etats-Unis (phénomènes Trump et Sanders). « Partout se confirme l’ampleur du fossé séparant le peuple de la classe politique installée. Partout émergent de nouveaux clivages qui rendent obsolète le vieux clivage droite-gauche ». Cet évident constat est approuvé par l’historien et essayiste Jacques Julliard qui dans une chronique du Figaro du 3 avril affirme que « dans la grande bourrasque antieuropéenne qui balaie aujourd’hui l’Europe, il faut voir la réaction de dignité de peuples qui savent qu’en tâchant de les faire changer de langue (pour l’anglais), c’est à leur âme même qu’on s’attaque ». Julliard qui croit encore à l’Europe considère que la refondation de celle-ci passe par la réhabilitation des langues de Molière, de Goethe, de Dante, de Cervantès et de quelques autres. Il poursuit, lucide : « une langue, et la littérature qui va avec, n’est pas qu’un moyen de communication comme le disent les technocrates, c’est un instrument de résistance à l’oppression ; à toutes les formes d’oppression du monde moderne ». Nous pensons à Cioran qui disait qu’une « patrie c’est une langue » ou encore à Renan pour qui, « une nation est une âme, un principe spirituel » dont les fondements sont de deux sortes : dans le passé et dans le présent. L’un est une histoire commune, un héritage, l’autre un « désir de vivre ensemble » (Renan), c’est-à-dire l’expression d’une volonté. Le vivre ensemble ne se décrète pas, il passe par un penser ensemble et donc par le replacement de la langue française au cœur de l’école.

Alain de Benoist explique la tripartition de notre paysage politique français qui se structure autour de trois formations attirant chacune entre un quart et un tiers d’électeurs. C’est dans ce contexte de redistribution du jeu électoral que s’approche l’élection présidentielle de 2017 dont 85% des Français affirment qu’elle sera décevante tandis que 60% d’entre eux déclarent n’avoir plus confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays, à l’instar de Natacha Polony : « Quand je regarde les représentants de la droite, je ne me sens pas une seule seconde de droite. Idem à gauche, où je ne trouve pas ma place non plus. » Le désenchantement politique est apparu au moment de la victoire du « non » au référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen, « suivi de la confiscation de ce vote avec l’adoption du traité de Lisbonne par le Parlement, sans que cette fois le peuple ait été consulté ». Quant au classique clivage gauche/droite passé dans le langage courant au moment de l’affaire Dreyfus (1894-1899) où se nouait d’un côté l’alliance du socialisme et de la « gauche » progressiste dans un souci de « défense républicaine » contre la droite monarchiste, cléricale ou nationaliste, il a perdu toute vraie signification dans un monde qui tend à l’uniforme. Rappelons-la célèbre apostrophe de José Ortega y Gasset : « Etre de gauche ou de droite, c’est choisir une des innombrables manières d’être un imbécile : toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale. » Alain de Benoist argumente encore : « Pour les libéraux, socialistes et fascistes appartiennent à la même famille (« totalitaire ») ; pour les fascistes, socialistes et libéraux appartiennent à la même famille (« héritière des Lumières »). Tout cela ne permet pas d’aller au fond des choses. Il y a une tendance spontanée de l’esprit à raisonner en termes binaires, comme si toute la complexité du réel pouvait se ramener à un schéma manichéen, tendance somme toute naturelle dans une culture modelée par le dualisme chrétien et cartésien (distinction de l’âme et du corps, du sujet et de l’objet, etc.) qui a perdu de vue le vieux principe d’identité et de complémentarité des contraires. On pourrait y ajouter que les gens de droite n’ont en général aucune culture de gauche, tout comme les gens de gauche n’ont en général aucune culture de droite, les uns et les autres ayant de ce fait tendance à interpréter les idées dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas comme un « bloc » homogène, ce qui ne facilite pas l’intelligence du sujet. L’essentialisme, qui équivaut toujours à une réification, n’est dans ces conditions jamais bien loin. La droite et la gauche deviennent alors des valeurs éternelles, des réalités en soi. »

Notre auteur assène encore d’autres vérités bien senties : « en l’espace de deux générations, par le jeu du regroupement familial et de l’afflux migratoire, l’ancienne immigration temporaire a pris le caractère d’une immigration de peuplement. » Massive, mal accueillie et mal contrôlée, elle a engendré dans tous les domaines (école, vie quotidienne, monde du travail, sécurité, délinquance) une série de pathologies sociales, créé ou exacerbé des fractures culturelles ou confessionnelles, affecté les mœurs et transformé en profondeur la composition de la population. Notre société a changé de visage et se trouve désormais sous tensions identitaires permanentes qui ressemblent parfois aux prémices d’une guerre civile. Plus de 80% des Français s’en inquiètent.

D’autre part, l’individualisme forcené et son corollaire direct le communautarisme, conséquences de l’idéologie libérale libertaire qui a pris d’assaut tous les domaines de la vie sociale et économique, ont parachevé le délitement du corps social et renforcé le peuple dans sa défiance à l’égard des promoteurs de ce modèle de société folle que sont les élites politiques et médiatiques. Celles-ci, chantres inconditionnels d’une Union Européenne dont les peuples ne veulent pas, se sont coupées de tout bon sens.

Après l’immigration et l’Europe, une troisième cause explique l’émergence du populisme, il s’agit de la mondialisation qui a changé notre rapport au monde : « Un monde sans extérieur s’est mis en place, sans alternative, ordonné à la seule loi du profit. Défendue par les milieux d’affaires au nom du principe de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la mondialisation l’est à gauche par cosmopolitisme moral et humanisme abstrait, tous se retrouvant d’accord pour légitimer les migrations internationales de masse, l’universalisation des normes, la pression à la baisse qui s’exerce sur les salaires et les menaces sur l’emploi. La mondialisation fait beaucoup de « gagnants » parmi les élites, mais des millions de perdants dans le peuple qui réalisent de surcroît que la mondialisation économique ouvre la voie à la mondialisation culturelle – tout en suscitant dialectiquement de nouvelles fragmentations. » Ce consensus néolibéral, cette convergence des deux bords de l’échiquier politique quant au primat incontestable du marché s’est faite au prix d’un double abandon : la droite a délaissé la nation, la gauche a abandonné le peuple. Le tournant libéral de la gauche en 1983 a choqué le peuple qui a vu alors apparaître une gauche arrogante et mondaine s’entichant désormais de la défense de l’homoparentalité, des sans-papiers, de l’art contemporain, du droit des minorités, des interventions humanitaires, de la lutte-contre-toutes-les-discriminations, du discours sur les stéréotypes de genres, du politiquement correct, du « pourtoussisme », plutôt que de la protection des intérêts de la classe ouvrière. Elle trahissait et perdait donc définitivement le peuple. Elle était ipso facto responsable du réveil dudit peuple, de ce populisme qu’elle exècre par-dessus-tout. Le think tank Terra Nova, sanctuaire et tête-pensante du progressisme absolu, Jacques Attali et d’autres déconstructeurs bon teint ont finalement proposé de remplacer le peuple traditionnel par des minorités, des immigrés, des jeunes, des femmes et des bobos qui leur semblaient plus dociles que ce peuple insoumis et qui constituent désormais l’essentiel du fonds de commerce de la gauche.

Faut-il craindre ce sursaut des peuples et leur aspiration à retrouver une souveraineté perdue, ou faut-il se méfier des élites dont Marc Bloch en 1940 rappelait qu’elles furent « mal instruites des ressources infinies d’un peuple resté beaucoup plus sain que des leçons empoisonnées ne les avaient inclinés à le croire » ? Les grands désastres historiques ne trouvent-ils pas plus souvent leur origine dans la faillite des élites que dans l’aveuglement du peuple ? Rien ne pourra se faire à l’avenir sans le peuple que « l’on peut définir par une sociabilité commune, dont Aristote faisait le fondement de la philia politikè, l’amitié politique », c’est une vieille leçon antique. Cette sociabilité se distingue du « sociétal », ce gadget produit par la machinerie de l’Etat-providence. Autre intuition : rien ne se construira de solide, dans cette post-démocratie, sans le maintien des valeurs morales, religieuses et philosophiques auxquelles les individus choisissent de se référer. Les experts et autres technocrates chargés d’annoncer la fin de l’histoire et de proclamer l’avènement de l’Etat-neutre relié à la fonction artificiellement pacifiante du marché, dans un univers ayant professé sa foi au libéralisme tout-puissant, se prendront frontalement le mur de leur idéologie aveuglante. Autres perspectives : la décroissance économique et la responsabilisation face à la consommation effrénée, l’écologie intégrale et la condamnation du capitalisme libéral à la lumière des écrits de Jacques Ellul, Chesterton, Ivan Ilich, Orwell, Michéa, Onfray, Guilluy et d’autres, la relecture de Rerum Novarum (1891) encyclique sociale du pape Léon XIII qui condamnait comme « honteux et inhumain, d’user de l’homme comme un vil instrument de lucre, de ne l’estimer qu’en vigueur de ses bras », la reverticalisation de l’homme par la reconquête d’une vie intérieure dont le monde moderne l’a privé.

Finalement, l’auteur conclut : « dans le passé, les démocraties populaires se sont réclamées de l’égalité, les démocraties libérales de la liberté. La démocratie organique, fondée sur la participation du plus grand nombre des citoyens aux affaires publiques, devrait s’appuyer avant tout sur la fraternité. »


Ultra (pour la gauche)extrême (pour la droite)
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La droite n'osant pas être de droite…
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Pire que la droite parisienne, la droite nantaise
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