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Nous verrons la mort de la démocratie

Nous verrons la mort de la démocratie

Par  

500 ans s’éteignent


500 ans s’éteignent, puisqu’un cycle finit. L’horizon a été dans cet espace de temps débarrassé de toute transcendance, Dieu n’était plus l’ami. L’homme triomphait de l’inexplicable, ridiculisait la Foi, moquait les religieux.

C’était le règne de l’anthropodéisme, la divinisation de l’Homme. L’Homme, c’était Dieu.

500 ans s’éteignent car nous vivons la fin des années sombres de l’anthropodéisme, fin qu’illustre magistralement la répression actuelle en France.

Anthropodéisme ? On parla d’humanisme tout court. C’était plus simple que de faire du grec.

L’homme sans Dieu est paresseux. Il est aussi pétri d’un égoïsme vaniteux : il para tous ses abandons, tous ses oublis, toutes ses carences des couleurs des beaux combats. Voilà, à la vérité, ce qui se cache derrière tant de grands hommes. Rousseau, Voltaire, Babeuf, Garibaldi ou Marx étaient tout génialement et tout bêtement bien plus ennemis de l’effort intrinsèque et de l’ordre anciens qu’amis des grands « principes humanistes », principes qui sont un maelström de revendications et de révolte adolescentes. Ils s’en sont simplement éblouis eux-mêmes ; et la discipline qu’exige le combat de la vie — maintenue intacte en Orient et qui nous revient aujourd’hui —, ainsi que la reconnaissance des vérités traditionnelles, leur étaient odieuses, comme toutes les lois vitales : principes premiers, hiérarchie naturelle, dogmes qui décrivent les règles, églises qui les modèlent, lois du beau, du bon, du vrai, ou encore Justice. En un mot, tout ce qui naît d’une Loi première. Ils voulaient une liberté qui les libérât de tout cela. Ils ignoraient que la liberté ne se conquérait pas sans cette Loi qu’ils abattaient !

Ils ont détruit le trône au lieu d’y monter, contrairement à ce que firent quarante siècles de conquérants aussi sanglants que sages. En évaporant l’invisible transcendantal, les révoltés anéantissaient le monde qui est à son image. Les révolutionnaires leurs fils allaient plus loin, tuaient davantage et ne gardaient plus rien.

Ils avaient refusé qu’il y ait un Créateur, parce qu’un Créateur signifiait une supériorité, une éternité, des devoirs et un travail, des obligations, une réciprocité, un échange, un lien !

Qu’ils aient haï toute loi première, cela se sent bien lorsqu’ils donnent aux foules un argent immérité, qu’ils distribuent de la gratuité, qu’ils brandissent des droits : l’Homme n’est pas né pour subir une contrainte, disent-ils. Ils ignorent bien sûr que c’est l’effort qui libère de contraintes, que l’entraînement et la pratique permettent au champion de dépasser ses limites. Qu’importe : c’est ce principe-là qu’ils refusent.

Bien plus, disent-ils, l’homme n’est pas né pour être endetté. Dépendre d’un dieu, lui devoir la vie, c’était trop. Ils ignorent encore qu’il n’y a pas dette et que le don de la vie est absolu.

Au fond, ils ignorent tout de ce qui est essentiel. Ils n’ont rien compris de ce qui s’est passé sur la Croix.

Ils croient, selon leurs principes inquiets, qu’il faut supprimer les notes, faciliter le passage des examens, accélérer les accès à la nationalité, libérer les coupables. Eliminer les élites naturelles qui montrent le mauvais exemple et écrasent de leur poids l’humanité sans exigence. Supprimer toute sanction, toute « pénibilité », toute douleur, toute pauvreté, tout rejet, toute frontière. Tout donner à tout le monde. C’est le règne de la tolérance universelle dans lequel chacun est heureux et parfait.

Sauf naturellement ceux qui contestent ce principe : pour ceux-là, deux mois de prison ferme, comme à Nicolas, n’est pas de trop. C’est le cas remarquable. Dans le paradis humaniste, celui qui dit « Non ! » à l’Homme-dieu mérite le châtiment qui n’existait plus. La tolérance n’est pas pour les intolérants, on connaît la fredaine. Le bandit peut tuer, piller, violer : il n’est qu’un innocent sauvage. Mais l’homme qui pense, qui peut dire où est la faiblesse, et qui peut prononcer un « Non ! » retentissant dans une paix bourgeoise, celui-là est dangereux. Il est la menace d’un retour d’une vérité et cette vérité, voici vingt décennies qu’on n’en veut plus.

Comme l’humaniste est non moins pusillanime, il lui fallait de la nouveauté : rien de ce qu’il connaît déjà n’est intéressant et il méprise ses pères. La filiation le gêne, les patrimoines ne sont acceptables qu’en musées.

La presse, les médias, sont l’émanation ultime de cette vacuité. Chaque jour, un épiphénomène mérite qu’on parle de lui, qui n’ajoute rien à la connaissance, mais il contente l’assoiffé de nouveauté.

Rien de ce que nous connaissons ne serait intéressant ? C’est ignorer que ce qui est sous nos yeux et que nous croyons connu, est indéfinissable. Car l’homme n’est pas le seul être indéfinissable, le moindre caillou lui-même est incompréhensible, il faut l’avènement des outils modernes pour s’en rendre compte.

Voilà que le cœur de ce système s’écroule : l’Homme-dieu ne satisfait plus la science. La Raison le boude ! Car il n’y a pas que l’homme en l’homme. Ultimement, le Mystère revient. Lentement, mais inéluctablement. Et tout ce qui avait été fondé sur cette croyance s’effondre. La démocratie ne correspond plus à une vérité scientifique, à un progrès.

Car la paresse naturelle de l’homme, sa vanité et sa pusillanimité avaient fait un régime politique : la démocratie.

L’échec


Sans doute, la démocratie a paru une avancée, parce qu’elle a affirmé la valeur de la personne, quelle que soit son origine ou sa condition, en tant que membre légitime de la cité. Il fallait que l’homme participât.

Mais qu’il fût seul à décider, cela ne se pouvait pas durablement. Sans l’acceptation du Mystère qui dépasse et fonde tout — voilà ce que dit maintenant la science —, rien n’était possible, et l’obstination à se croire seul ne l’a conduit qu’à croyances sans Dieu, folies, excès, aveuglement et pour finir meurtres sans fin. Plus de meurtres que jamais. L’homme accusait Dieu d’avoir inventé la mort, et voilà qu’il s’éprenait d’elle. C’était le XXème siècle, le siècle des Hommes sans dieu.

Alors que les tempéraments les plus opposés ont voulu, pensé, institué, perfectionné la démocratie, ou même tempéré ses dérives — épuisant d’ailleurs d’excellents esprits qui lui doivent sa survie, alors même qu’ils lui étaient parfois opposés —, la démocratie ne produit pas ce bonheur universel qu’elle promettait. Nous sommes en droit de la juger : elle a eu le temps de développer à fond tous les principes qu’elle promeut. Il n’y a pas d’autres principes en elle que nous ayons à découvrir : tout est dit. Et, partant, tout a été tenté. Mais c’est l’échec. L’homme demeure insatisfait. Il n’est pas plus satisfait, ni plus heureux, qu’à l’époque de nos rois.

N’est-ce qu’une insatisfaction trop humaine et bien naturelle, fruit de sa pusillanimité ? Non, car cette insatisfaction-là ressemble moins à une ambition frustrée, qu’à une désespérance.

Ainsi, pour finir, alors que finissent cinq cents ans, la grande question redevient celle de la véritable légitimité. Non pas celle qui est donnée par l’homme, mais la légitimité que l’homme se donne à lui-même. Terrible question : qui es-tu, pour te dire en vie ? Qui es-tu, pour te dire être ?

En cela, les pouvoirs monarchiques avaient une supériorité. L’homme servait et ne se servait pas. Ils étaient durs par nécessité et généreux par nature. Il n’y avait pas besoin d’affirmer un nouvel être, puisque tout était. Ils n’avaient point besoin de tout légitimer, avec une mentalité de papier, puisqu’ils étaient légitimes. Ils n’avaient pas besoin de multiplier les lois puisqu’ils incarnaient une Loi.

Le mal des pouvoirs monarchiques issus du sacre ne consistait qu’en conséquences de l’action d’un pouvoir essentiellement légitime, les dérives se trouvaient toujours en aval d’un système légitime. Et il était légitime parce que correspondant à ce que dit aujourd’hui la science, le philosophe, le penseur, le religieux : l’Homme est indéfinissable et ne se suffit pas à lui-même, l’Homme passe l’homme. Cette affirmation, c’est la mort de la démocratie et la confirmation que tout pouvoir vient « d’en haut ».

En cela, les fondations monarchiques étaient solides. On pouvait tout repenser, hors l’essentiel. On le voit encore au Tibet : les Tibétains restent, sous le joug, liés à leurs principes.

L’organisation de la maison monarchique peut être faillible. Dans un tel système où les principes fondateurs sont bons, tout est toujours perfectible mais, du moins, une essence politique demeure et gouverne, par-delà les générations et les passions passagères.

Que sont de bons principes fondateurs ? Des principes légitimes.

Or, les systèmes issus de la Révolution ont ceci de particulier que leurs principes en eux-mêmes ne reposent que sur l’homme, qui est faillible, et illégitime. Il ne peut être légitime que sous le sceau des principes éternels qui le font. Rien de tel dans une vision de l’homme qui est son propre dieu. Rien n’y est enraciné, stable ni comblé. Au commencement est l’homme, à la fin est l’homme. Tout est là.

Voilà. L’homme n’est pas réductible à la vision qu’il a de lui-même. La preuve en est qu’il ne se résout pas lui-même à se définir. « L’homme passe l’homme ».

Les systèmes qui affirment un homme comme source et sommet de la politique pourraient avoir raison à la condition qu’ils affirment en même temps que l’homme est un inconnu pour lui-même. Mais cela leur est impossible, car cela signerait leur arrêt de mort. L’affirmation d’une véritable transcendance (ce que n’est pas le diable des Maçons) qui court en ce moment le monde est pour elle une menace. Pour nous, la guerre est déjà gagnée.

Latin/Grec : chronique d'une mort annoncée.
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