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MN prend la marge et revient en septembre


Peut-on mentir en politique ?

Peut-on mentir en politique ?

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Madame Taubira enfonce le clou. Poursuivons son chemin : le danger de la proposition Taubira, c'est de faire subir aux gangster une société peu sûre : s'ils sortent tous et que, pendant ce temps, les citoyens vont tous en prison pour dépassement de la vitesse routière ou port du T-shirt de la Manif pour Tous, on ne verra plus dans les rues que cette sorte de canaille qui sont le nouveau visage de la France. Du coup, qu'on y pense ! Les sorties de prison pourraient être tapageuses. Dangereuses même. Libérer un coupable, qui est avant tout une victime, c'est bien, c'est très bien même. Mais un voyou, en prison, ignore un peu ce qui se passe dehors et il lui faut un temps d'adaptation. S'il est pris à partie tout-de-suite dans la rue, quelle chance a-t-il de survivre ? Il est scandaleux que Madame Taubira n'y ait pas pensé.

On aurait donc intérêt à créer des centres de rééducation au mal de la rue. De façon à ce que les voyous ringardisés par leur propre absence, la société ayant évolué durant cette période, puissent se mettre à la page. Et leur fournir des moyens. Car c'est bien beau de libérer, mais se retrouver à la rue, à la merci du premier trafiquant venu, surtout quand on a été soi-même un caïd, c'est dégradant, c'est une atteinte à la dignité. Chaque voyou libéré doit désormais compter sur la solidarité nationale. Une prime de libération s'impose. Les réactionnaires du Mariage pour Tous ont du bien : qu'il serve. Que ces familles de fascistes soient saisies et aident enfin, après 20.000 ans de totalitarisme bourgeois, l'authentique héros de la rue.
Monsieur Valls a mis le doigt sur un sujet qui devrait, si tout se passe bien, se retourner contre lui : le regroupement familial des voyous n'est pas vraiment complet. Chaque incarcéré, en tant que victime, devrait pouvoir bénéficier d'une sortie immédiate dès lors qu'il a une famille, des parents, des cousins à la mode orientale, voire des connaissances ou des voisins au pays. Car ces pauvres gens sont aussi victimes, à devoir supporter que l'un des leurs a été arrêté et subit une libération. Votons pour le regroupement automatique. Regroupement automatique qui se doit d'être égal et accessible à tous : les militants LMPT, libres ou non, devraient pouvoir être tous regroupés dans la même prison.

On peut aller très loin, dans cette sorte de pensée.

Il y aura un coup d’arrêt à cette pensée inversée, comme il y en a toujours, au terme de chaque civilisation. La question est de savoir si ce coup d’arrêt sera du fait des gens de bien ou d’affreuses circonstances. Le propre des fins de civilisation, c’est d’isoler et de persécuter le bon-sens.

Mais j’en viens à mon propos, plus sérieux.

Cette année a été ferment de révolte. Et il se trouve que les Égyptiens nous fournissent une preuve qu’il est possible d’aller à l’encontre du temps, de la fatalité.

Le gouvernement français fabrique aussi ses rebelles. Une génération entière se lance en politique, affolée par le cours que prennent les choses en France et en Europe.

Mais elle se pose cette question : est-on dans le mensonge lorsqu’on se trouve dans un parti qui n'est pas exactement le sien et que l’on ne dit pas tout ce que l’on pense ?

D'une part, on est dans le parti qui n'est que le plus proche de ses opinions. Ensuite, la vérité, c'est que tout le monde se tait sur ses convictions profondes, du moins en partie, et compose avec le mensonge du monde. Autrement dit, cette accusation concerne tout le monde, à moins de vivre absolument seul en haut d'une montagne.

Il est évident que le fait de vivre seul en haut d'une montagne ne constitue pas une existence pleine et entière. Notre vérité intime passe aussi par notre relation à l'autre, aux autres, quels que soient la vocation ou l'appel reçu.

Il y a ce que je suis, qui est plus ou moins acceptable en ce monde, et il y a ce que je deviens en chemin.

Il y a donc deux types de vérités en l'être: la vérité de ce qu'il est, et la vérité de l'être en construction, être en relation, en lien : une part de moi tend à se réaliser lorsque j'agis pour l'autre, lorsque je donne et lorsque je reçois.

De là, je dis que la vérité de l'être se construit en partie par l'existence, qui est par définition une confrontation au monde. Une vérité se construit par confrontation, dans le conflit. Spécialement l'amour. L'amour est un conflit tout autant qu'une communion, il est à mi-chemin entre la fusion absolue et la coupure absolue. Vous ne trouverez jamais, jamais un être humain avec lequel vous serez en fusion absolue ; vous aurez toujours avec l'être le plus aimé des désaccords, des conflits, vous aurez des combats à mener. Il y a une part acceptée totalement et une part rejetée totalement.

On admet très bien que l’accord, l’harmonie, soient source de vérité. On a trop refusé le principe de vérité jaillissant du combat. On a substitué, à une société de métiers, une société d’universitaires. Et c’est pour cela que nous sommes dans un monde qui pourchasse la vérité et prononce si facilement l’anathème. Il y a une quête d’absolu, il faudrait un peu plus de « quête de relatif ». Je pense à ce mot frappant de Schopenhauer lorsqu’il parle du maître d’arme : celui-ci ne se préoccupe pas de savoir qui a raison dans la querelle, mais de savoir qui frappera le bon coup. Le bon coup de sabreur — et Miyamoto Musashi en est le plus célèbre illustrateur — constitue une approche de la vérité absolue tout autant que l’idée « pure ». Le geste comme accomplissement donne à une vérité invisible de s’incarner.

Je pourrais résumer ma pensée par : il faut haïr le mensonge mais ne jamais le perdre de vue.

Il y a une vérité qui n’est pas figée et qui est vie. Cette vie est, dans la dimension qui est la nôtre, acceptation de l’erreur, du relatif, du faux, pour éprouver notre être et lui permettre d’advenir. Dans l’ordre des choses incarnées, on n’est pas, on devient. Et on ne peut devenir que parce qu’on est déjà tout-de-même, puisqu’on ne peut devenir quelque personne sans être au commencement.

Ces conflits et ces désaccords sont donc source de vérité, car ils donnent de vivre et d'établir une succession de choses justes, vraies, de corriger ce qui est faux pour le rendre vrai ; et ceci bien sûr dans des dimensions et avec des importances tout aussi variées et pérennes que peuvent l'être les diverses conversations d'une journée.

Par conséquent, la vérité de l'être exige et appelle une confrontation aux désaccords, la vérité qui se fait, qui advient, exige une confrontation à l'erreur et au mensonge.

Ceci explique exactement le Mystère de l'Incarnation. L'Incarnation parle par ce mi-chemin entre deux absolus que sont la mort et la vie, on n'est jamais absolument vivant ou absolument mort. L'absolu n'appartient pas à cette dimension, il l'appelle seulement.

La clé, c'est de réaliser, dans le vivant qui nous est donné, l'accomplissement de notre être par une mesure juste entre ce qu'il peut accepter et ce qu'il doit combattre.

Voilà pourquoi la démarche politique ne doit pas être considérée comme absolument mauvaise, quels que soient les secrets qu'on entretienne intérieurement, pour autant qu'on demeure dans un équilibre solide entre l'acceptation de ce qui est et le combat pour ce qui doit être. C’est ce qu’inconsciemment les militants expriment par leur besoin de révolte et de loyauté en même temps. S’il n’y a que loyauté, ce n’est plus de la loyauté (c’est de la vénalité). S’il n’y a que de l’opposition, ce n’est plus de l’opposition (mais une rébellion).

Ce dont il faut se préoccuper donc - loin d'être contradictoire, cela en découle - c'est de ne pas cesser le combat contre le mensonge, le danger mortel en réalité est l’immobilisme. Le refus du combat. L’indolence.

Mensonge dont, de manière très pragmatique, nous sommes obligés d’accepter une part pour ne pas exposer vainement une vérité dans un temps ou des circonstances qui ne s’y prêtent pas.

L’absolu n’est jamais acceptable d’emblée, il n’est acceptable que par l’effet de la volonté. C’est de cela que découle la nécessité politique. La politique n’est rien d’autre que cela. C’est : rapprocher l’être et la vérité, comprendre que l’être est fait pour la vérité mais que ceci n’est possible que dans la limite fixée par l’étant, celui qui n’est pas encore parfaitement.

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