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MN prend la marge et revient en septembre


« Pouvoirs publics, pouvoirs toxiques »

« Pouvoirs publics, pouvoirs toxiques »

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Mercredi 17 septembre 2014, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi relative à l’expérimentation durant six ans de salles d’injection de stupéfiants et substituts ; vulgairement « salles de shoot », idéologiquement « salles de consommation [de quoi ?] à moindre risque » (SCMR). Les mairies concernées ne seront donc jugées sur leurs résultats par les électeurs qu’aux municipales de… 2026.

            Nul ne minore l’ampleur et la gravité de la toxicomanie, encore accrue récemment en France avec l’immigration en provenance d’Europe orientale, où la prévention et l’information sur les drogues sont encore résiduelles, et la consommation exponentielle.

            Pour autant, l’initiative, présentée par tromperie comme parlementaire quant elle ne fait que préfigurer un paquet législatif prochainement sur le bureau du Conseil des ministres, ne constitue en aucune façon un mode de « pression » (dixit la présidente de la commission des Affaires sociales, Catherine Lemorton) sur un Gouvernement lui-même spécialisé dans les fumigènes sociétaux pour dissimuler ses échecs répétés en matière économique ou diplomatique.

             Trois catégories d’argument peuvent être opposées à cet énième avatar du socialisme : locale, sanitaire et politique.

            La courageuse association Parents contre la drogue, en portant plainte contre des ministres, avait déjà obtenu du Conseil d’État une décision imposant la modification préalable d’une loi française qui prohibe invariablement la consommation de certaines substances. Ce n’était là que partie remise puisque la mairie de Paris a alloué en décembre 2012 une subvention de 38 000 euros à l’association Gaïa, prête à convertir à tout moment un Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (CAARUD) au 39, boulevard de La Chapelle, dans l’un des quartiers les plus dégradés du Nord parisien. On conçoit la détresse des riverains, dont certains sont propriétaires, et peu banquiers d’affaires. Quelle apparence y a-t-il qu’ils puissent réaliser à moyen terme autre chose qu’une moins-value dramatique lors de la vente de leur appartement ? D’autres municipalités, une fois la loi promulguée, pourraient projeter elles aussi d’achever de dégrader des quartiers populaires (à Nantes ? à Lille ? à Lyon ? à Bordeaux ?). On plaint en tout cas amèrement la mère de famille qui devra expliquer à ses bambins qu’il y a là une salle de shoot, comme on trouve ailleurs un boucher ou un libraire ; de moins en moins d’ailleurs : les salons de coiffure ou de massage, les ongleries et les « Imperial Kebab » ayant depuis longtemps remplacé les commerces de proximité.

            Sur le plan sanitaire, la réponse à la toxicomanie laisse ici pantois. Confier la supervision de pratiques mortifères à du personnel médical dévoué habituellement à la santé et à l’intérêt général est de mauvais augure. La nécessité du sevrage ne doit pas être perdue de vue, dans l’intérêt premier des toxicomanes. Or on est loin ici de l’aphorisme hippocratique primum non nocere « d’abord, ne pas nuire ». Surtout, les promesses de la prévention tous azimuts n’ont pas été tenues parce que le principe en a été abandonné. Il faut dire que celle de l’homophobie semble plus importante à beaucoup… On se demande enfin comment les mineurs pourraient bien être filtrés à l’entrée de ces espaces où nul ne se rendra s’il s’y sait contrôlé. Il est enfin significatif que des avis hostiles à ces structures ont tour à tour été rendus par l’Office international de contrôle des stupéfiants (OICS, Nations-Unies), l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie.

            Il semble enfin que ces salles, où l’« usager » est censé se présenter avec sa substance, doivent être assorties d’un périmètre de 300 m où la police sera persona non grata. Dans des villes en proie à une grande criminalité comme Paris, des lieux de trafics intensifs de toute sorte comme La Chapelle, l’effet sur l’ordre public sera désastreux. La démission flagrante des pouvoirs publics est hautement anxiogène et criminogène. On favorise le sentiment d’impunité de dealers ménagés depuis longtemps par peur d’émeute urbaine et qui sembleront attributaires d’une délégation de service public. La dissociation entamée par la Révolution industrielle entre la ville et la civilisation s’accomplit dans la constitution de zones de non-droit qui forment au cœur de nos villes une peau de léopard. Laquelle rend la ville plus clivante, plus inégalitaire, plus dangereuse. « Vivre ensemble », même avec les dealers, disent-ils ! Les policiers, quant à eux, continûment désavoués par un ordre judiciaire qui pratique le doute systématique, verront leur travail d’investigation et de répression entravé également par les municipalités.

             Il faut s’opposer à ce projet nocif, porté par des pouvoirs publics toxiques et dont le fondement est un sophisme de généralisation abusive : prémisse A : la toxicomanie entraîne d’autres maux comme la transmission des infections ; prémisse B : la toxicomanie (qui a toujours existé) existera toujours ; conclusion : autant encadrer la toxicomanie. Remplacez ici « toxicomanie » par « viol ». C’est notre détermination à lutter contre le crime et défendre l’ordre public qui forme ici l’enjeu véritable.


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