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MN prend la marge et revient en septembre


Quand Najat met un blâme à Farida

Quand Najat met un blâme à Farida

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Farida Belghoul, l’enseignante en lycée professionnel, a reçu un blâme de la part de son employeur, le rectorat de Versailles. Il lui reproche, outre « l’incitation des parents à retirer leur enfant de l’école (…) en méconnaissance de l’obligation d’assiduité », des « propos déplacés » à l’encontre de la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, présentée comme « la chouchoute du lobby trans, bi et cie » dans un billet de blog daté du 26 août. Mais de quoi parle-t-on ? On parlait bien de la révolution anthropologique que certains lobbies veulent imposer à l’Occident au cœur même de son collapsus ? On parle bien de cette volonté d’engendrer (encore une fois) un être nouveau, un citoyen libéré de sa chair, désincarné, asexué, asservi à la matière qu’il consomme et inféodé au système qui le gouverne. Je doute que dans cette perspective, le blâme n’effraye Farida, et encore mois qu’il l’amène à abdiquer. Et pour ma part, ce genre de brimade administrative est plutôt du genre à m’exciter. Je fantasme parfois de recevoir à mon tour un blâme de la suffragette de ministre au joli minois.

Quand le pays légal met un blâme au pays réel

Si le sujet est véritablement ce mouvement de révolution anthropologique, ce mouvement idéologique d’une grande violence pour tous ceux qui veulent rester incarnés, l’argument légal n’a plus le droit de cité. On ne demande pas à Jeanne d’Arc de se soumettre aux lois qu’elle a décidé de combattre. Il serait important que les révolutionnaires au pouvoir comprennent qu’une guerre a été enclenchée. Et que la guerre se passe du légal. Les opposants au Gender se passent d’autant plus de l’argument de la légalité que le mouvement révolutionnaire qu’ils combattent prend appui sur la légalité des institutions, sur la République. Ils ont donc lancé une fois par mois un appel au boycott de l’école contre la théorie du genre« journées de retrait de l’école », ou JRE.

Un blâme ? Et au bout de combien de blâmes va-t-elle avoir un avertissement ? D’ici qu’elle soit convoquée dans le bureau de Najat, il n’y a pas loin. C’est extraordinaire ces révolutionnaires, on leur jette le gant, on est prêt pour un duel, et ils nous mettent un PV…« Un blâme, cela revient à lui dire que ce n'est pas bien, mais cela n'a pas de conséquences », a indiqué le rectorat, qui avait engagé une procédure disciplinaire contre l'enseignante en septembre pour « manquements aux devoirs de réserve et de loyauté incombant aux fonctionnaires ». Notons « lui dire que ce n’était pas bien… » La République rappelle simplement qu’elle est la source de la morale, qu’elle incarne le camp du bien au pouvoir, le camp qui maitrise toute dialectique. La révolution, depuis 1789, joue à domicile, la gauche joue à domicile.

Si l’institution met un blâme, c’est qu’elle a peur.Tout ce qui est contre elle est hors d&rn metsquo;elle donc illégal, tout ce qui est hors d’elle est contre elle. C’est ce que confirme le rapport d’évaluation des inspections générales, divulgué le 30 juin, qui consacre 7 pages sur 40 à l’impact du mouvement de contestation JRE. Un « phénomène inédit, d’une réelle violence symbolique pour les enseignants et souvent générateur de doutes », écrivent les inspecteurs. En République, s’attaquer aux symboles revient à s’attaquer à son existence même. Tout ça est très logique. La République étant un mythe, désireuse de créer un nouvel être mythique asexué via les théories du genre, il faut lui opposer l’illégalité d’un pays réel composé d’êtres sexués. Il serait même intéressant de collectionner les blâmes comme des faits de guerre dans ce combat idéologique. Faites passer le mort : « Chère Najat, vous êtes la chouchou des lobbies pro genre. »

Farida aussi caricaturale qu’un prophète

La presse aux ordres se presse pour dieudonniser Farida Belghoul. Libé, le Monde révèlent l’aspect caricatural d’une femme obsédée par tous les indices de la chute, obsédée par une théorie du genre dont ils répètent qu’elle n’existe pas. Ils se gaussent et se moquent des fantasmes d’une droite réactionnaire qui aurait peur de l’ombre de son propre sexe. Rira bien qui rira le dernier. Une fois que l’on aura vraiment chuté, on verra bien. Les médias cherchent également à la confondre avec d’autres arguments de la légalité. En effet,Farida Belghoul a mis en ligne, sur le même site de la « Fédération autonome de parents engagés et courageux » (la FAPEC, association familiale liée au mouvement dit des « journées de retrait de l’école »), une vidéo où elle raconte être allée à Moscou pour rencontrer d’autres militants en vue de créer une « organisation internationale de défense de la famille traditionnelle ». Le problème serait que lors de ce déplacement, le professeur d’histoire et de lettres était censé être en congé maladie. On cherche la petite bête pour décrédibiliser, on prend les armes des patrons pour pouvoir virer une opposante politique. Comme si le fait de gruger sur un arrêt maladie pouvait rendre caduque la lutte contre la théorie du genre.

Alors bien sûr, Farida et toute sa suite s’excitent sur les réseaux sociaux à révéler au grand jour toutes les innovations plus ou moins réelles de la perverse éducation nationale. Un coup c’est l’alerte sur des cours de masturbation en maternelle, un coup c’est l’exposition sur le zizi sexuel, le livre pour enfants « tous à poil », un professeur demandant à un élève de se dénuder devant la classe, j’en passe et des pires. Souvent ces affaires sont vraies, parfois elles se dégonflent d’elles-mêmes dès que Farida s’y intéresse, parfois elles ne sont que des leurres.
Mais l’essentiel est de prendre conscience que Farida n’est qu’un prophète. Comme tous les prophètes, elle a raison avant tout le monde, elle a donc vocation à crier dans le désert. Et pourtant, elle seule sait que les signes qu’elle détecte, sont les signes avant-coureurs d’une catastrophe anthropologique à venir. Son devoir est donc de l’annoncer au risque des blâmes, des calomnies et du ridicule.

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