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Saint Louis et la dernière croisade

Saint Louis et la dernière croisade

Par  

Xavier Hélary, professeur d’histoire médiévale à Lyon III, nous offre dans La dernière croisade un beau récit d’historien, plaisant à lire, sur cette grande et désastreuse expédition que fut la huitième croisade, partie d’Aigues-Mortes en juillet 1270, après une prise de croix décidée trois ans plus tôt en 1267.

Le 25 août 1270, dans le camp de l’armée croisée, Saint Louis se meurt sur un lit de cendres auquel on a donné la forme d’une croix. Il est trois heures de l’après-midi, l’heure de la mort du Christ. Agonisant, le saint homme trouve encore la force de dire le vers d’un psaume : « j’entrerai dans ta maison, je me prosternerai dans ton temple saint ». Il ajoute : « je confesse ton nom », puis expire. En 1297, seulement vingt-sept ans plus tard, Louis IX, sera élevé sur les autels et proclamé saint par l’Eglise catholique. Le 11 août 1297, jour de sa canonisation, le pape Boniface VIII dira de Saint Louis qu’il est rex pacificus magnificatus –le roi faiseur de paix a été magnifié-.

La décision de partir en croisade, Saint Louis l’a probablement prise seul au terme d’un cheminement spirituel. Son projet n’est cependant pas exempt d’une dimension politique car ce règne démarré en 1226 par la régence de Blanche de Castille est essentiel pour l’histoire de France. De 1248 à 1254, Saint Louis avait mené une première expédition en terre sainte, la croisade d’Egypte, dont le but était de protéger Acre et les autres villes demeurées sous contrôle des Chrétiens. Depuis le pape Urbain II qui lança la première croisade en 1095 à Clermont, celle de Godefroi de Bouillon et Pierre l’Ermite, « les Français ont été les fers de lance des expéditions qui se sont succédées outre-mer ». Un lien indissoluble unit le royaume de France aux Etats de terre sainte, et ce depuis Charlemagne.

Après le dépôt de la couronne d’épines dans la Sainte-Chapelle que Saint Louis a fait construire dans son palais de l’île de la Cité, Paris est devenu l’un des centres spirituels de la chrétienté, et même, écrit un clerc de l’époque « une nouvelle Jérusalem ». C’est un devoir pour le descendant de Clovis et Charlemagne de protéger les lieux saints de la double menace mongole et sarrasine.

Le charisme de Saint Louis, on le sait, fut immense. Joinville, son fidèle ami et chroniqueur qui ne l’accompagna pas lors de cette seconde expédition –ce que Joinville regretta amèrement jusqu’à la fin de ses jours-, dit de lui « qu’il ne vit jamais un homme en armes aussi beau, car il se détachait, depuis la hauteur des épaules, au-dessus de tous ses gens, un heaume doré sur la tête, une épée d’Allemagne à la main ». Guillaume de Chartres, un de ses hagiographes, note que beaucoup s’étonnaient de voir « un homme si humble, si doux, sans force dans le corps, sans dureté dans l’approche, capable de gouverner dans la paix un tel royaume ».

L’immense mobilisation dans tout le royaume a fait converger, en ces mois de mai et de juin 1270, princes, barons, chevaliers, cavaliers et gens de pied, combattants, marchands et serviteurs, hommes et femmes, tous ayant en commun de porter, cousu sur leur vêtement, le signe de la croix. Saint Louis a en outre fait venir dans son armée Templiers et Hospitaliers, car les frères de ces ordres militaires sont des guerriers professionnels, vétérans de précédentes croisades, spécialistes du combat contre les musulmans. Le 1er juillet 1270, Saint Louis fait célébrer la messe à l’aube, puis il monte dans sa nef, la Montjoie, du nom du célèbre cri de guerre des rois capétiens.

Le califat de Tunis, « puissance réelle en Méditerranée occidentale, mais plutôt pacifique, résolument tournée vers le commerce et raisonnablement tolérante », ne représente pas une menace pour l’Europe chrétienne. Le choix de cette cible par Saint Louis a interrogé les meilleurs historiens, dont Jacques Le Goff, qui n’expliquent pas vraiment la décision de s’attaquer à un « Etat si accueillant aux Chrétiens, si éloigné de la terre sainte », à cette période brûlante de l’année, d’autant que Saint Louis a passé six ans en Méditerranée et qu’il est conseillé par les marins génois fins connaisseurs de la géographie de la région. Mystère. En tout cas, cela sera fatal à cette dernière croisade qui fut un échec total, car l’arrivée, après une longue attente, d’un renfort en la personne de Charles d’Anjou, roi de Sicile et frère de Saint Louis, ne changera rien à l’affaire. Un immense désastre, où la mort convoquera le roi lui-même et de nombreux hauts personnages du royaume. Il n’y eut jamais de véritable bataille rangée, car les sarrasins –les Ifriqiyiens-, très nombreux, eurent des tactiques déroutantes mais victorieuses : « chaque jour, ils se présentent devant l’ost pour lancer des traits et des javelots. Quand ils pouvaient trouver trois ou quatre croisés isolés, ils les tuaient ; mais s’ils voyaient cent ou deux cents qui venaient à eux, aussitôt ils prenaient la fuite ».

Le chemin du retour, après la mort du roi, sera un long chemin de croix, avec une terrible tempête à Trapani sur les côtes de la Sicile, qui décimera de nombreux croisés, ajoutant encore au nombre des victimes ayant succombé aux maladies –scorbut, typhus-.

Ce retour contribue cependant à construire l’immense renommée du roi très chrétien, car ses ossements, précieusement conservés dans des reliquaires, sont exposés dans les églises, à chaque étape itinérante en Italie puis en France, à la dévotion des fidèles dont la ferveur est impressionnante. De nombreux miracles attribués à Saint Louis se manifestent : « beaucoup, frappés de maladies diverses et variées, ont été guéris par les mérites du saint roi ». Le chroniqueur Primat rapporte : « le cortège royal fait son entrée dans la capitale, devant une foule recueillie dans la tristesse ». La fin du voyage est marquée symboliquement par les cérémonies religieuses ; à Paris d’abord, dans la cathédrale Notre Dame et à la Sainte-Chapelle, puis le lendemain, « dans une immense solennité », en l’église abbatiale de Saint-Denis où Philippe III fait déposer les os de son père et célébrer la messe de funérailles. Au pied de son tombeau, sont ensevelis les restes de Pierre le Chambellan, son fidèle et plus proche conseiller qui garde encore le privilège, dans la mort, de veiller sur le roi.

Xavier Hélary nous rappelle que « si, tout au long du XIVème siècle, les projets de croisade fleuriront, l’armée et la flotte réunies par Saint-Louis demeureront la dernière entreprise de grande ampleur menée par les royaumes occidentaux afin de permettre le maintien de la présence franque en Orient ». Malgré les dramatiques vicissitudes de cette folle et grande entreprise, l’héritage ne fait aucun doute. Ecoutons notre auteur conclure : « La mort du roi, sur son lit de cendres, au pied de la croix, à trois heures de l’après-midi, en pleine expédition contre les Sarrasins, offre à la dynastie capétienne son premier saint, et une arme formidable dans l’affirmation de la primauté du royaume de France en Europe occidentale : Saint Louis, le roi croisé, le roi de la Couronne d’épines et de la Sainte-Chapelle, le roi des pauvres et des lépreux, le roi-Christ. Proclamée en août 1297, la canonisation de Saint Louis fait pleinement de son petit-fils Philipe le Bel le rex christianissimus, le « roi très chrétien », supérieur à tous les autres souverains d’Occident, et prêt à faire jeu égal avec l’empereur et avec le pape ».


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