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MN prend la marge et revient en septembre


SarkozyX, le barde gaulois des Français de souche

SarkozyX, le barde gaulois des Français de souche

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Je suis Charlie, je suis Paris, je suis Bruxelles, je suis lardon, je suis Chrétien d’Orient, je suis Charles Martel, je suis Brice de Nice, je suis policier, je suis Orlando, je suis homo, ich bin ein berliner, je suis le père Hamel… Etre ou ne pas être aura été la question à épuiser durant les derniers mois. C’est dire si l’identité a toute sa place en haut des débats de la présidentielle. Avec son discours de Francoville dans le Val-d'Oise, Sarkozy semble vouloir clore la question par des évidences. «Si l'on veut devenir français, on parle français, on vit comme un Français. Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. J'aime la France, j'apprends l'histoire de France, je vis comme un Français» Autre version de « A Rome fait le Romain… »

Le mythe républicain banni de la république

 « Nos ancêtres les Gaulois. » Le plus intéressant n’est pas ce qu'a dit Sarkozy, mais comment a réagi le camp du bien. Murray évoquant un combat qui ne se passait plus qu’entre modernes, nous pouvons dire avec cette polémique du Gaulois qu’il s’agit d’un débat de républicain contre républicain. Quoi qu’en disent les incultes de tous bords… Amusant donc de voir la gauche d’aujourd’hui confirmer sans cesse son amnésie de ce qu’elle a été et qualifier d’antirépublicain la formule de Sarkozy. Il n’y a, au contraire, rien de plus républicain que cette formule. La République a toujours fabriqué des mythes historiques afin de renforcer l’unité de la nation déjà bien contrainte par le jacobinisme étatique. La formule « Nos ancêtres les Gaulois » procède du mythe historique construit au service de la République.

Réversibilité de la colonisation

Ce qui plait dans cette formule, c’est l’ironie qu’elle véhicule. Ironie que Sarkozy a du goûter avec un certain plaisir, n’en doutons pas. La colonisation fut un mouvement d’inspiration socialiste et républicaine en vue d’exporter généreusement nos valeurs et d’apporter la civilisation et la paix au monde entier. Une fois sur place, les hussards noirs de la République apprirent aux colonisés sur leur terre que leurs ancêtres étaient les Gaulois. A la décolonisation, la gauche ne manqua pas de critiquer la formule comme signe de l’oppression des peuples colonisés, marque d’une négation de ce qu’était leur histoire propre. Aujourd’hui que colonisés et colonisateurs ont échangé leur rôle pour la plus grande joie des amateurs de carnaval et de bordel généralisé, rappeler que quiconque se dit français a comme ancêtre les Gaulois, ne manque pas d’audace et de culot… ceux qui s’insurgent de partout penseraient-ils qu’il serait plus logique que ce soit nos colonisateurs qui nous imposent leur histoire? Nos ancêtres les Arabes… Ceux qui s’insurgent trouveraient sans doute plus souhaitable de ne pas avoir d’ancêtres du tout. Tout ça fleure bon le mythe de la génération spontanée s’en retournant dans les cavernes puisque de toute façon, la France n’est rien de plus qu’une idée…

La République est-elle le bon bouclier ?

Et la république ? Il faudrait oser voir que la république est une forme idéologique d’Etat qui a comme règle d’évoluer, de muter sans cesse, nous forçant à être les modernes d’avant-hier pour combattre la modernité d’aujourd’hui, nous forçant à être nostalgiques de l’époque où la modernité était moins « conne ». Je préfère les féministes d’avant aux burkineuses d’aujourd’hui, et je préfère avoir des ancêtres gaulois que d’appartenir à un melting-pot virant au pot pourri… Mais il faut bien voir que plutôt que de convoquer les valeurs républicaines, il faudrait oser remettre en cause la république, ce système qui détruit la patrie véritable, c'est-à-dire tout ce qui permet aux personnes de s’incarner : leur terre, leurs morts, leur histoire, leur art. La république est-elle le bon bouclier, elle qui nie la réalité ? Quand la France n’est qu’une idée, on peut en changer. Rien n’est plus compatible avec la république des coupeurs de têtes que la religion des égorgeurs… Allez va, je vais trop loin, je me fais plaisir, je jouis de mon outrance, dandy esseulé, égaré dans l’actualité, perdu pour la politique des primaires… Si je réagis mal, c’est que c’est toujours confondant de voir un Sarkozy être d’accord avec soi, on craint d’un coup s’être trompé. Lui qui fut élu pour la promesse du coup de karcher, et battu cinq ans après pour ne pas l’avoir donné.

Militer, m’assagir*

Au fond, je veux bien souscrire au mythe républicain si cela peut nous sauver de l’invasion, du remplacement de peuple, de la décivilisation, de l’islamisation, de la guerre. Je veux bien abandonner toutes les subtilités, mes raffinements pour donner dans les gauloiseries. Je veux bien cesser de prendre des pincettes pour, à défaut d’être juste, être toujours dans la juste mesure. Oui je veux bien tout abandonner de mes raisonnements flatteurs puisque la lutte s’est radicalisée. Je choisis le camp de celui qui combattra l’ennemi. Je veux bien être républicain à court terme pour organiser la remigration. Je veux bien cesser de penser, « militer, m’assagir », pour mettre hors d’état de nuire l’islam. Après on reprendra nos débats de gaulois contre gaulois, de romains contre romains, de français contre français, après on reprendra la controverse civilisée, après… la guerre.

* : Haute surveillance - Bernard Lavilliers


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