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The show must stop

The show must stop

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The show must go on stop

Baissons le rideau, éteignons les lumières, le spectacle est fini, le spectacle doit s’arrêter. Nous avons trop fait de footing multicolore dans les cimetières de poilus ; nous avons trop fait dégouliner l’émotion d’une variétoche niaiseuse pour pleurer avec le président les morts des attentats ; nous avons trop flatté nos egos avec les slogans de la tautologie festive : « je suis celui qui suis… Charlie » ; nous avons trop chanté avec Sting dans le lieu du carnage ; nous avons trop lancé de ballons de baudruche pour lutter contre DAECH… Tout ça pour quoi ? Pour que le spectacle continue, que le peuple continue de roter dans sa mangeoire.

Qui demande de quoi je parle ? Mais je parle du capitalisme, du spectacle du capitalisme bien sûr. Toutes ces insupportables fêtes ne sont là que pour exorciser le réel, éloigner la possibilité d’une vie intérieure et remettre l’individu au taff de la consommation. Le spectacle n’est que la cristallisation du capitalisme. Les soldes et le tourisme sont en embuscade à chaque fois. L’Homo Festivus de Murray n’est que ce qu’il reste de la personne humaine après le passage du capital. Non seulement, on craint que la tragédie nuise à la croissance, on remplace donc la tragédie par le pathos d’un mélodrame préfigurant le retour de la comédie, mais en plus, on considère cette tragédie comme une aubaine pour créer l’événement et remobiliser le consommateur dans son acte d’achat.

300 morts en France depuis que l’islam radical nous a déclaré la guerre. Un prêtre égorgé et on s’empresse de se réjouir du martyr, avant même de se désoler du sacrilège commis, de l’outrance diabolique qui a consisté à perpétuer un crime dans le lieu du sacrifice non sanglant de la messe. Un carnage dans une salle de spectacle et on trépigne jusqu’à la réouverture de ladite salle. C’est littéralement obscène. Dans le monde d’avant le capitalisme, ce lieu serait devenu un sanctuaire, un lieu du silence, et non celui du cri éraillé d’une vielle star du rock fière de son Inch’Allah. Dans un monde normal, on ne confond pas fosse commune et fosse d’orchestre.

L’anecdote de ce Sting rendant hommage aux migrants musulmans avec sa chanson Inch’Allah en lieu et place du groupe Eagles of death metal, aux propos mâtinés de peur de l’islam, ajoute de façon caricaturale une dose de collaboration grotesque à l’obscénité. Nous aurions dû nous douter qu’un chanteur commençant par appeler son groupe de rock « Police » finisse par être le meilleur élève de la collaboration. En d’autres temps, il aurait sans doute chanté le Yodel pour commémorer la Shoah à Auschwitz.

La nécessité de faire son deuil est devenue, dans notre occident, la nécessité de remplacer la mort par un autre événement, la nécessité de cultiver l’oubli. La vie continue ? Uniquement pour les vivants déjà, il est bon de le rappeler. Et quelle forme de vie ? Vivre sous la menace impose de changer. Vivre en guerre n’est pas vivre en paix. Nous enverrons des ballons, si vous y tenez, le jour de la libération seulement. Pour l’heure, l’urgence est à la défense.

The show must go on ? Non. Le spectacle doit s’arrêter. The show must stop. Si nous sommes incapables de pleurer, au moins, faisons silence autour de nos morts. Le silence est cette forme d’iconostase, comme une porte vers le monde divin.


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