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Un souffle nouveau pour le grand rabbinat de France

Un souffle nouveau pour le grand rabbinat de France

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Propos recueillis par Sophie de Lamoricière

Il y a un an le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, était contraint de démissionner après des révélations dans la presse sur sa supposée agrégation de philosophie. Après ce coup de tonnerre pour la communauté juive, ses représentants s’apprêtent à lui trouver un successeur, le vote se déroulera le 22 juin.

Les candidats ne manquent pas ; un nombre record de dix rabbins a été atteint pour la candidature à ce poste. Tous sont issus de l'école rabbinique française, tenante d'un judaïsme orthodoxe, ils seront départagés par le vote d’un collège de quelque trois cents membres constitué de rabbins et de chefs des différentes communautés de l’Hexagone. Si parmi ces candidats, on rencontre des rabbins connus et impliqués dans la vie institutionnelle juive depuis des années comme Haïm Korsia, aumônier général des armées, ou Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz, spécialiste reconnu de l’abattage rituel, d’autres candidats incarnent une nouvelle génération très engagée auprès de leur communauté mais aussi dans la ville dans laquelle ils exercent leur ministère. Parmi eux, le jeune rabbin Yoni Krief, rabbin du grand Ouest, qui fait montre d’une grande implication au sein de la communauté juive de Nantes.

Mauvaise Nouvelle : Rabbin Krief, le nombre conséquent de candidatures pour ce poste de grand rabbin de France suggère une élection très ouverte et semble témoigner d’un fort dynamisme de la communauté juive… Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les fonctions du grand rabbin de France ?

Yoni Krief : À mon sens, le grand rabbin de France doit avant tout par son enseignement, ses propos, ses prises de positions incarner le message du judaïsme auprès des concitoyens français. Il doit également montrer combien la communauté juive se reconnaît parfaitement dans les idéaux de la république et combien elle entend contribuer à la réussite collective. Sa parole est donc une parole de paix et d’amitié. Le grand rabbin de France a aussi pour mission de soutenir l’ensemble du corps rabbinique qui se consacre à sa tâche chaque jour avec beaucoup d’abnégation.

MN : On vous présente comme un rabbin consensuel, de dialogue, de communication, de proximité avec ses fidèles, votre regard est tourné vers la jeunesse tout en vous référant aux socles des anciens. En somme, un rabbin qui incarne l’unité et le rassemblement. Néanmoins, vous êtes le plus jeune candidat à postuler pour le poste, votre jeune âge n’est-il pas un handicap ?

YK : Mon âge est un avantage d’autant plus que, par définition, un rabbin est imprégné d’une tradition ancienne, de sorte que souvent, à défaut d’expérience personnelle suffisante ou longue, l’étude et les livres sacrés sont un repaire essentiel. Même si mon jeune âge induit une pratique plus brève comparativement aux autres candidats en lice, j’ai une connaissance de terrain auprès d’une communauté de taille moyenne au sein d’une grande ville française (Nantes est la 6ème ville de France). Au quotidien, je suis confronté directement à la communauté juive proprement dite mais également à d’autres acteurs extérieurs. Cela se traduit concrètement par des relations religieuses et politiques avec les médias et les nombreuses associations qui opèrent au sein de notre ville et de la région. Ceci m’a amené à gérer et à créer des connections entre tous, c’est-à-dire auprès de plusieurs millions d’individus pour qui l’unique interlocuteur, et par conséquent la référence religieuse privilégiée, est le rabbin de Nantes.

MN : La désaffection pour la pratique religieuse et une baisse des dons n'épargnent pas le judaïsme français. Quelles seraient selon vous les mesures à prendre pour apporter un renouveau et un dynamisme renforcé au sein de la communauté juive française ?

Il faut envers et contre tout persister, s’améliorer et améliorer l’accueil au sein de nos structures, propager et étendre l’enseignement de la Torah parmi les co-religionaires. Le judaïsme est une source de réflexion incroyable sur les événements de la vie qui touchent tous les individus ainsi que tous les groupes humains. Il est indispensable de faire prendre conscience à chaque membre des valeurs du judaïsme et du coût que cela implique.

MN : Près de 3 000 Juifs quittent notre pays chaque année pour s’installer sur la terre d’Israël. Que pensez-vous de ce mouvement ?

YK : L’aliyah traduit une peur, une crainte, le souvenir de la Shoah qui est dans tous les esprits. On s’aperçoit que, malgré la bonne volonté de tous les gouvernements français, l’antisémitisme continue à se développer intensément surtout via internet et il engendre une désinformation récurrente et néfaste.

MN : Les actes et des paroles antisémites se développent et un climat anxiogène règne aujourd’hui en France. L’attentat qui a eu lieu le week-end dernier en Belgique et l’agression dont ont été victimes deux jeunes hommes à Créteil fait ressurgir une certaine crainte pour les communautés juives…

YK : Hélas, ce type d’événements se produit à intervalles réguliers. Cependant, des gens de toutes religions, parfois même des athées, déploient toute leur énergie pour condamner de la manière la plus forte cette barbarie afin que tous puissent continuer à vivre ensemble.

MN : Depuis quelques années le judaïsme s’est tourné vers l’extérieur et participe à des assemblées de l’Amitié Judéo-chrétienne. Que pensez-vous de cette relation avec les Chrétiens ? Y êtes-vous personnellement favorable ?

YK : L’un des fondements du judaïsme est la reconnaissance de chaque être humain en tant que créature de D.ieu, le partage intellectuel entre des hommes et des femmes de différentes religions ne peut que contribuer à l’enrichissement mutuel et au développement des liens entre les citoyens de notre pays. D’autre part, il faut persévérer dans la connaissance pour endiguer et effacer des préjugés qui, dans le passé, ont entraîné des massacres qu’on espère ne plus connaitre - Never again -.


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