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MN revient en septembre, en attendant, profitez de la poésie en ligne


Une bonne leçon pour les cyniques

Une bonne leçon pour les cyniques

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Méduse fut la première des cyniques à qui l'on aura redressé le pignon.

Mon dur métier me donne la connaissance de quintaux de vaurien. Et la journée fut large en nombre, j'y ai vu sourire le matin des hommes à faire pleurer le soir venu. Je m'en vais vous racontez un peu mes heures.

En parvenant à la marmaille de mes travaux, ouvrant ma vue sur les yeux ahuri - que je n'avais jamais découvert - de mon supérieur, je reconnus une étrangeté du matin. Il parlait moins, son ton plus bref voulait me comparaître au-devant les barreaux de mon entendement la flagrante innocence de son inquiétude. Sa femme surtout, en pensée, était dans sa manière de ranger au fourreau, sa maladive amoureuse, si risquée à la contagion, brillait à ses yeux comme les chaleurs intorsables des volcans. Mon supérieur, enragé avec la tranquillité de bête fauve, hésitait avec sa timidité à s'ennoblir de ses masques jetables, mais il pensait à sa femme. Il pouvait, par l'infection, lui transmettre et l’assassiner.

On se regardait alors, tandis que je remontais des légumes pour les entreposer. Je voyais dans ses yeux manquant de sommeil que la possibilité de maladie lui rongeait la mystique. Tout en lui le faisait fantasmer à l'horreur, alors qu'il était à l'habitude si concret. Les heures passées en caisse, je parlais aux clients, les uns en masque, les autres qui riaient, se moquant haut et fort de l'ambiance. Une dame à qui je disais qu'il y aurait quinze jours de confinement et que certaines personnes n'avaient fait de stocks, me répondait : « On prendra ce temps pour maigrir. »

La journée était bien longue. A ma pause j'ai vu des gens en masque qui ouvrait les tramways du coude, les rues étaient désertes, un enfant jouait au ballon sur la cathédrale. Il y avait sur toutes les faces cette petite rigueur de la jubilation, une chose se passer, la peur se mélangeait à l'instinct, les cerveaux alanguis s'éveillaient pour de bon. Chacun allait de ses façons d'être, de faire, de se prémunir. On donnait des conseils de ci de là.

Il n'y a que les éternels raisonneurs, incapables de fantasmes et d'imagination qui le matin ne cédaient à rien. On les voyait affreusement rieurs du coin de l’œil, on avait envie d'en découdre avec leur mépris de basse-cour. Tous ces chantres, éternels apiéceurs des extravagances qui de jours à jours, la semaine avant nous parlaient encore de la baudruche de cette grippe, nous disaient l'arme en gueule : « Vous verrez ce n'est rien ». Sur internet : « Vous êtes des faibles, donnez-moi le virus, vous verrez je gère. » Ces gens-là, l'après-midi venu, je les ai vus trépidants, les premiers atroces à venir manigancer des passages au travers d'autres personnes ; pour choisir la bonne marque de leur papier toilette.

Ces cyniques manquant d'illusions ont toujours manqué devant tous d'être des prévenants. Ils sont des symptômes d'une paix irritante, ils sont des parasites infâmant d'une société entière martyrisée par le mépris. Le mépris; le cynisme, la soi-disant intelligence des faits, du concret de mes deux ouailles. Allons ! Allons ! Ces gens-là sont aujourd'hui bien pris au vifs, on les voit ramper à s'harnacher comme deux bras de rivières aux cordes des files d'attentes au-devant des supermarchés ! Les salopards devraient à chacun demander pardon, mais ils ne feront rien. Ces cools, ces cyniques… leur orgueil est l'insigne du manque de société, de leur aporie du bien-commun.

Mais nous les verrons à nouveau revenir, le calme séant. Ils seront au derrière, au devant de chaque pensée, ils diront pour en rire : « Bon finalement ce n'était pas grand-chose » et partiront de leur grand-rire de sans gêne. Ces francs-hommes, j'ai bien en haine leur désir social de conspuer avec la petite valeur des phrases de réseaux-sociaux, ses posts qui énoncent des idées à tout-va, sans interrogation et qui n'attendent comme finalité que la plus grande réaction d'un émoticône qui rira. Cet air de rien de ces cyniques… viendront-ils à mourir enfin au nom de l'humanité, ces grands annonciateurs de l’imbécilité ?

Leur leçon fut prise ce jour de lundi, mais ils n'en retiendront pas d'apprentissage, ils s'essaieront encore à la félicité des poules, frémiront à chaque nouvel attention. Ces infâmes, si j'avais au pouvoir mes mitaines, comme je rentrerais de mes forces à m'ensauvager aux yeux de ces petits, comme j'inventerais des supplices à ces humoristes de l'indifférence, du nihilisme - oui, de l'air de rien ! Aucune gravité, toujours cette légèreté incandescente mais qui ne brûle pas mais irrite. Je ferais rôtir leur enjoue, leur bonhomie, j'abaisserais leur digue, et mettrais à chacun d'eux entre leur dent des miniatures, disons, de pont-levis faites de bois qui écarteraient une bonne fois leur sourire, leur molaires, leur mâchoire. Et comme ils rirent alors de la gravité, je rirais de les voir devenir plus léger jusque dans l'âme.


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