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MN prend la marge et revient en septembre


Viry Châtillon… et moi, et moi, et moi ?

Viry Châtillon… et moi, et moi, et moi ?

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La récente agression dont ont été victimes nos policiers à Viry Châtillon aura cristallisé, à raison, bien des passions. Je laisse le soin à des plumes plus acérées que la mienne, de pourfendre le vivre-ensemble, les chances pour la République ou le malheureux « sauvageons » de qui nous sert de Ministre de l’Intérieur. Pour ma part, je voudrais aller au-delà. Que nous dit cette triste tentative d’assassinat de nos propres comportements ?

Soyez rassurés, je ne vais pas ici vous servir une complainte bobo-compatible. Il n’est pas dans mon intention de faire un brûlot bien-pensant dégoulinant de repentance, ni-même un monument d’auto-flagellation. Je considère que l’état actuel de notre Nation tient à une pluralité de causes. Certaines sur lesquelles je ne puis malheureusement pas faire grand-chose, d’autres au contraire sur lesquelles il m’appartient d’agir. Or, il me faut le reconnaître, j’ai parfois la lâcheté de ne pas m’y obliger.

Mon lieu de résidence me force à prendre le train chaque jour pour aller travailler. Un petit train de province, calme et ordinaire ; un condensé de mixité citoyenne comme le dirait nos élites. Ce périmètre est un très bon sujet d’études comportementales. Quel rapport avec cette sinistre affaire de Viry Châtillon ? Bien peu de chose sauf si l’on considère que la criminalité commence par l’incivilité.

Combien de ceux qui applaudissaient, enfin, nos forces de l’ordre en janvier, sont aujourd’hui les premiers à râler quand, contrevenant à la règle, ils se voient sanctionnés ? Ce matin encore, un contrôleur se faisait agonir d’injures par un voyageur sans billet. Cette personne, costard cravate, était sans doute en privé un ardent défenseur du respect de l’autorité, du moins en avait-il l’apparence, si trompeuse puisse-t-elle être.

 

Défenseur de l’autorité… sauf quand elle nous contraint

 Il y a en nous cet étrange paradoxe qui voudrait que la loi nous protège mais que nous puissions nous en affranchir quand bon nous semble. Comment dès lors affirmer la légitimité de l’autorité, quelle soit parentale, sociétale ou même ecclésiale ?

De ce premier mouvement intérieur découle un second : puisque l’autorité n’est plus légitime, au nom de quoi puis-je m’en faire le chantre ? Quelle crédibilité puis-je avoir ? Nous avons tous eu à subir le sans-gêne de certains de nos concitoyens. Toujours dans ce même train, une personne, une fois ses pieds et ses multiples sacs étalés, prenait à lui seul quatre places. Non content d’afficher ainsi sa suffisance, le quidam fit profiter l’entier wagon de sa conversation téléphonique puis de sa boîte à rythme. Je dois confesser qu’entre 7 et 8 heures du matin, les échos du tam-tam produisent chez moi un effet immédiat de vive saturation…

Mon premier réflexe fut donc de mesurer mon potentiel d’intimidation sur le malotru. Or, il se trouve que, sans être malingre, je ne faisais pas le poids. L’argument de la force ayant fait long feu, restait celui de l’autorité légitimement fondé sur le bien-être commun. Mais comment faire comprendre à ce voyageur incivil la grandeur de la politesse, le bonheur du savoir-vivre, l’agrément du respect d’autrui ? Sur quoi m’appuyer puisque le socle civilisationnel communément adopté dans notre beau pays semblait lui être totalement étranger au profit du seul confort personnel et de l’égocentrisme le plus revêche ?

Qui plus est, aux regards que je lançais autour de moi comme autant de coups de sonde, nul ne semblait s'en émouvoir. Les écrans et autres oreillettes avaient irrémédiablement triomphé. A croire que j’étais le seul dans ce wagon à avoir l’oreille indisposée, laissant ainsi supposer une âme un tantinet sectaire ou réac… Toute tentative semblant vouée à l’échec, j’ai lâchement renoncé pour me plonger ardemment dans ma lecture du moment. Je l’avoue honteusement.

Ce qui s’est passé à Viry Châtillon n’est pas très éloigné de nos quotidiens. Certes, la racaille a sa pleine responsabilité et nos édiles aussi. Il ne s’agit pas de leur trouver des excuses. Mais chacun d’entre nous doit aussi relire ses propres turpitudes, ses lâchetés, ses renoncements car l’incivilité est le berceau de la criminalité. Lorsqu’à l’issue de notre chemin terrestre il nous sera demandé ce que nous avons fait de nos frères, devra-t-on répondre : « J’ai eu peur parce que j’étais nu. Alors, je me suis caché. » ? Rien ne sert de proclamer la grandeur de notre Nation dans nos cercles fermés si nous ne savons plus l’incarner au quotidien. Il est écrit « Je vomis les tièdes ». Puissions-nous apprendre à ne plus l’être. N’ayons pas peur !


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