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Vote catholique : fruit du fidéisme ?

Vote catholique : fruit du fidéisme ?

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Au lendemain des résultats du second tour des présidentielles, un article du Figaro[1] avançait que les catholiques français avaient à plus de 60 % voté pour monsieur Macron[2].

Le fidéisme est une certaine adhésion de foi mais sans souci de rationalité. Cette perspective est partagée par la foi protestante, suite aux invectives de Luther contre la scolastique, laquelle défigurait certainement ces rapports à ajuster. La réflexion chrétienne a repoussé cet axe dés le début de la littérature théologique jusqu’à cette césure opérée par la Réforme[3]. Le Magistère catholique, sous Pie IX, rejette officiellement le fidéisme avec l’encyclique Qui Pluribus (1846).

Paul VI, après le Concile Vatican II, dans la « Lettre de Paul VI au P. Vincent de Couesnongle
maître général de l'Ordre des Frères Prêcheurs pour le 7e centenaire de la mort de Saint Thomas d'Aquin »
(1974) attirait l’attention sur l’existence de deux positivismes : naturaliste (rationalisme) et surnaturaliste (fidéiste). Ces deux voies sont clairement dénoncées comme des errances graves qui déforment le jugement.

Plus récemment, Jean-Paul II précisait dans Fides et Ratio (1998)  que le christianisme « consiste à affirmer le droit universel d'accès à la vérité. Ayant abattu les barrières raciales, sociales ou sexuelles, le christianisme avait, depuis ses débuts, proclamé l'égalité de tous les hommes devant Dieu. La première conséquence de cette conception concernait le thème de la vérité. On dépassait définitivement le caractère élitiste que sa recherche avait pris chez les Anciens » (n° 38).

Le rempart efficace contre cette dérive fidéiste[4] qui refuse la capacité cognitive naturelle reste l’enseignement de Thomas d’Aquin. « Précisément parce qu'il cherchait la vérité sans réserve, il sut, dans son réalisme, en reconnaître l'objectivité. Sa philosophie est vraiment celle de l'être et non du simple apparaître. » (n°44). « Plus radicalement, Thomas reconnaît que la nature, objet propre de la philosophie, peut contribuer à la compréhension de la révélation divine. La foi ne craint donc pas la raison, mais elle la recherche et elle s'y fie. De même que la grâce suppose la nature et la porte à son accomplissement[5], ainsi la foi suppose et perfectionne la raison. » (n°45).

Jean-Paul II soulignait en outre qu’une foi de type fidéiste a tendance à régresser dans l’émotionnel.

« La foi, privée de la raison, a mis l'accent sur le sentiment et l'expérience, en courant le risque de ne plus être une proposition universelle. Il est illusoire de penser que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande; au contraire, elle tombe dans le grand danger d'être réduite à un mythe ou à une superstition. » (n°48).

Nous ne rappellerons pas ici tout le travail de Benoît XVI pour réaffirmer les relations entre la foi et la raison.

On ne sait de quoi précisément était faite l’intervention de Chantal Delsol à la COMECE en 2010[6] mais il faut reconnaître que les évêques français ne brillent pas par leurs analyses politiques en général, fruit sans doute d’un certain fidéisme consenti qui les fait négliger les éléments de base du Bien Commun temporel[7]. Entre les deux tours de la présidentielles, les catholiques auront pu lire cependant la lucide intervention de l’évêque de Bayonne Monseigneur Aillet[8], plutôt isolée. La difficulté avec les déclarations de la hiérarchie ecclésiastique, c’est qu’il faut trop souvent savoir lire entre les lignes.

Emmanuel Macron sera le pseudo-président de la véritable domination oligarchique. Doit-on ici énumérer toutes ses intentions et les comparer aux orientations de la loi naturelle et révélée constamment soulignées par le catholicisme ?

Doit-on ici rappeler Jésus chassant les marchands du Temple[9] ?

Doit-on rappeler que ces marchands sont au service du Prince de ce monde qui donne le pouvoir à qui il veut[10] ?

Notes

[1] Les Catholiques ont mis Macron en tête

[2] Cette enquête Ifop a été réalisée en ligne dimanche 7 mai, et à partir d'un cumul d'interviews du 4 au 7 mai, auprès de 4.330 personnes inscrites sur les listes électorales, extraites d'un échantillon de 4.572 personnes dont la représentativité a été assurée par la méthode des quotas. Marge d'erreur de 0,7 à 1,6 point.

[3] Nous rappelons que la foi juive actuelle, talmudique, est également un fidéisme. Adin Steinsaltz : Introduction au Talmud. (Albin Michel, 2002).

[4] Qui renforce le cléricalisme.

[5] Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad 2: « cum enim gratia non tollat naturam sed perficiat ».

[6] Site de la Conférence des Evêques de France (www.eglise.catholique.fr/) : L’Assemblée plénière d’automne des évêques de la COMECE s’est tenue du 24 au 26 novembre 2010 à Bruxelles. Elle a été consacrée au thème du Populisme, qui a été introduit et présenté par Frank Decker, Professeur à l’Université de Bonn, Bart Pattyn, Professeur à l’Université de Louvain et Chantal Delsol, Professeure à l’Université.

[7] Parmi lesquels bien entendu la protection des familles face à la destruction des repères de la loi naturelle. Mais il faut rappeler ici que tous les évêques de France sont nommés en dernière instance avec l’aval du Ministre de l’Intérieur.

[8] En vue du second tour des élections présidentielles 2017

[9] Luc 19, 45-48 : « Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas le moyen d’y arriver ; en effet, le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres. »

[10] Luc, 4, 5-7 : « Le diable, l'ayant élevé [Jésus], lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m'a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. »


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