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Zemmour : Le destin français

Zemmour : Le destin français

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Nous l’attendions cet automne ; nous avons enfin l’heureuse confirmation de ce que nous avions vu dans Le suicide français : Destin français d’Éric Zemmour est le magistral ouvrage de quelqu’un qui est plus qu’un journaliste, plus qu’un polémiste, plus qu’une star médiatique, plus qu’un excellent rhéteur ; c’est là l’œuvre d’un historien de haut niveau (ne sombrant jamais dans le politiquement ou historiquement correct, bien au contraire serait-on tenté de dire) et d’un intellectuel à la finesse d’analyse et à la capacité de synthèse étonnantes. C’est une plume virevoltante, effilée, élégante qui raconte brièvement d’abord, et pudiquement, le destin français de celui qui la trempe dans l’encrier. Ensuite, cette maîtresse-plume s’ingénie à tirer tous les fils rouges de notre incomparable roman national. Dans le but pédagogique évident d’éclairer le temps présent à la lumière de l’histoire de France et des grands hommes qui la firent.

Il semble improbable qu’un essayiste puisse vendre 500 000 exemplaires d’un livre traitant d’idées, de politique et d’histoire. Zemmour a pourtant réussi cette prouesse avec son précédent best-seller. Nous parions sans risque qu’il réitèrera son exploit ; car la France est un pays passionné de politique, l’homme lui-même (français a fortiori) est un animal politique selon Aristote ; la France est fille aînée de l’Eglise ; la France est mère des 40 rois qui l’ont édifiée (aux deux sens du terme) ; la France est activement à la recherche de son identité qu’elle ne veut en aucun cas abandonner aux oubliettes ; la France est à droite, au sens où elle est indéfectiblement attachée à l’héritage des siècles et à la conservation de ce qui la constitue. Rien d’anodin donc à ce qu’un auteur comme Éric Zemmour vende 500 000 exemplaires d’un ouvrage faisant démonstration des mécanismes de déconstruction de la France.

Le réveil des peuples en Europe, l’inquiétude face à la montée des périls, la disparition des Etats souverains au profit d’un mondialisme anglo-saxon, marchand, droit de l’hommiste, la paupérisation des classes moyennes et un chômage endémique, l’immigration massive et incontrôlée, l’enracinement d’un islam politique prosélyte, font émerger des " populismes " en Europe, et chez nos compatriotes un impérieux désir de sécurité et de réappropriation d’une identité et d’une souveraineté jetées aux orties par les gouvernants (ce désir équivaut à une possible définition du " populisme ", et fonde alors toute sa légitimité). Preuve s’il en était que le mandat présidentiel de Macron s’apparente à une simple parenthèse de la petite histoire. Tant mieux ! Mais revenons à Zemmour, et à sa jeunesse : « Il n’y avait pas de rupture entre l’école, la télévision, la rue, la littérature et la politique : à la tête de l’Etat, le grand Charles songeait à s’installer au château de Vincennes comme Saint Louis, réchauffait ses vieux os au soleil d’Austerlitz et parlait à la télévision comme Châteaubriand ; et le Canard enchaîné, que mon père achetait chaque mercredi, le dessinait en Louis XVI emperruqué dans une parodie des Mémoires de Saint-Simon. » ; « Je savais où je voulais vivre, avec qui je voulais vivre, et comment je voulais vivre. A mes yeux médusés d’enfant, le mot France brillait de mille feux : histoire, littérature, politique, guerre, amour, tout était rassemblé et transfiguré par une même lumière sacrée, un même art de vivre mais aussi de mourir, une même grandeur, même dans les défaites, une même allure, même dans les pires turpitudes. »

Depuis, la République diversitaire, si bien décrite par Mathieu Bock-Coté dans Le multiculturalisme comme religion politique, a choisi de renverser la table de l’assimilation pour une intégration ayant glissé elle-même vers l’insertion, puis l’inclusion, et enfin la communautarisation. Soit la superposition ou l’entremêlement des cultures et des identités dans un maelstrom explosif aujourd’hui, avec une gigantesque place octroyée à l’Autre et un espace minuscule à l’autochtone. Zemmour cite l’excellent Jacques Julliard, historien, journaliste et éditorialiste à Marianne : « Pour que le nouvel arrivant conserve son identité, il faut que les anciens occupants renoncent à la leur, ou n’en conservent que ce qui peut être partagé avec d’autres. » Face à cette dissymétrie, Zemmour en appelle à André Suarès qui distinguant le père selon la chair et le père selon l’esprit exhortait les nouveaux arrivants : « Les immigrés, s’ils veulent être tolérés, doivent se rendre tolérables […] il faut qu’ils se prononcent en vérité, avec profondeur, pour les pères selon l’esprit, même s’il leur faut renier les pères selon la chair. » Sage recommandation, totalement ignorée par notre époque absurde.

Sur l’épineuse question religieuse dont certains esprits naïfs pensaient au tournant des années 80 qu’elle avait été emportée dans la " fin de l’histoire " et l’économie-monde faiseuse de paix, Zemmour s’appuie sur l’un des plus éminents spécialistes, Rémi Brague, et explique « qu’à l’exception du christianisme qui est selon le mot de Hegel la " religion absolue ", toutes les religions sont à la fois des religions et quelque chose d’autre : le judaïsme est à la fois une religion et un peuple, le bouddhisme, une religion et une sagesse ; l’islam une religion et un système juridico-politique. » Précisons que notre auteur, qui réitère que « c’était mieux avant », comme Finkielkraut, comme nous, mais pas comme tous les Luc Ferry ou Laurent Alexandre ultra-zélateurs du post-humanisme et de l’intelligence artificielle, fait la distinction suivante : « Je fais mien le catholicisme qui bien qu’universel se marie -se mariait- avec le patriotisme français. Catholique au sens où l’entendait Bossuet : « Si l’on est obligé d’aimer tous les hommes, et qu’à vrai dire il n’y ait point d’étranger pour le chrétien, à plus forte raison doit il aimer ses concitoyens […]. Tout l’amour qu’on a pour soi-même, pour sa famille, et pour ses amis se réunit dans l’amour qu’on a pour sa patrie, où notre bonheur et celui de nos familles est renfermé. » En revanche, je mets à distance ce christianisme devenu au cours de ces dernières décennies, dans la lignée de Vatican II, une folle machine à aimer l’Autre, quel qu’il soit et quelles que soient ses intentions. Le message d’amour universel du Christ est déconnecté de la loi divine et de l’enseignement de l’Eglise. Il est paradoxalement instrumentalisé au service d’une destruction des nations et de la civilisation chrétiennes en Europe. » Difficile d’avoir une vision plus limpide et plus juste que cela. Ce sont les fameuses vertus chrétiennes devenues folles de Chesterton. Il serait intéressant d’expliquer les causes de ce suicide vaticaniste dans une prochaine chronique.

Charles Martel en son temps, Urbain II, pape français qui prêcha à Clermont en 1095 la première croisade et retarda ainsi de quatre siècles l’avancée de l’islam, Pierre l’Ermite et Godefroi de Bouillon, Saint Louis sont autant de figures décisives de l’immémorial combat de deux civilisations irréductiblement antagonistes. « Grâce à eux, nous avons échappé à la colonisation islamique, et l’Europe, enracinée solidement dans la raison grecque, la loi romaine, et l’humanisme chrétien, a pu alors s’élever vers le destin inouï et glorieux qui fut le sien. » affirme notre auteur.

« Le travail de déconstruction n’a laissé que des ruines. » ; « Avec des histoires diversitaires, pour rendre hommage aux différentes mémoires, ils fabriquent une histoire des Français et non plus une histoire de France. » ; « Il n’y a pas d’origine de la France, puisque la France n’existe pas, puisqu’il n’y a plus d’origine à rien. La France est née nulle part, sauf dans la grotte de Chauvet il y a plus de trente mille ans, " prémisse d’une humanité métissée et migrante ", comme l’exalte l’Histoire mondiale de la France de l’historien de gauche Patrick Boucheron. » Pourquoi ? Car on a voulu passer de la France, avec ses saints et héros batailleurs et glorieux, à la République et ses idées humanistes de liberté et d’égalité, à l’Homme majuscule dont Joseph de Maistre disait qu’il ne l’avait jamais rencontré. On est passé de Clovis, d’une nation catholique et romaine, à la République franc-maçonne des Jules, alliance d’intérêts privés et publics, de combines politico-économiques, le tout dans le creuset d’un libéralisme fou et d’un anticléricalisme virulent procédant tout droit des Lumières.

La traversée dans l’histoire que nous propose Éric Zemmour est émaillée de nombreuses rencontres toutes plus vivantes les unes que les autres. De façon non exhaustive : Louis XI, Charles VII, l’évêque Cauchon épousant le parti de l’étranger (« comme Jean-Claude Trichet pour l’Europe bruxelloise aujourd’hui ») contre Jeanne qui incarne le peuple (« au XXIème siècle les périphéries ou les classes moyennes grandes perdantes de la mondialisation»), Bayard, Richelieu, l’incomparable Bossuet, Racine, Saint-Simon, Quasimodo, Esmeralda et Victor Hugo, Robespierre et la Terreur, Charrette et le génocide vendéen, Napoléon et Talleyrand, Voltaire, Rousseau, Renan et sa " patrie principe spirituel ", son vivre ensemble et sa vision des nations et de l’Europe. Pour le plaisir et tous azimuts, voici un florilège zemmourien qui pulvérise quelques poncifs et stéréotypes : François 1er a laissé la France plus affaiblie qu’il ne l’avait trouvée contrairement à l’auréole dorée dont nos contemporains subjugués par la Renaissance l’ont coiffé ; Eiffel est un opportuniste affairiste et franc-maçon qui a usé de tous les moyens pour réaliser cette affreuse construction qu’est la tour Eiffel (qu’on nous force à admirer, en dépit du bon sens artistique et des canons élémentaires de la beauté) ; l’étrange défaite de 40 ainsi nommée par Marc Bloch n’était pas si étrange à y regarder de plus près ; Pétain que l’historiographie exige de détester est un grand homme, proche du Général de Gaulle, tous deux "fils de Maurras"; les intouchables icônes Sartre et Beauvoir " inventeuresse " du féminisme, totalement passées à côté de l’histoire, se comportèrent le plus souvent en vulgaires maquereaux (relles) testant dans leur lit, à tour de rôle, la chair fraîche de jeunes filles recrutées dans la classe de philo de Simone ; le patriarcat de l’homme blanc européen, chrétien, modèle aujourd’hui honni, est pourtant le plus adapté à la culture occidentale ; le pater familias et Dieu le père presque disparus, on ne peut désormais donner très cher de notre civilisation. Le passage successif de la romanité à la chrétienté puis à l’américanité (si bien détaillé par Debray dans Civilisation) aboutit à une sorte de tautologie : l’Amérique est le monde, le monde est américain. Zemmour formule les choses ainsi : « Le triomphe final de l’Amérique est celui du neuf sur le vieux, de la machine sur la terre, de l’argent sur l’épée, de la consommation sur l’épargne, de l’hédonisme sur l’héroïsme. »

Quel vent de liberté et d’intelligence ressenti dans le sillage de Zemmour ! Quel souffle ! Quelle malléabilité d’esprit pour manier en jongleur subtil les thèmes de l’histoire, de l’économie, de la sociologie, des idées politiques et dégager les fondations de notre identité. Nous redisons ici que ce qui fait sa grandeur et l’incroyable adhésion populaire qu’il suscite (même si nous n’omettons pas ses adversaires, bien lobotomisés par le politiquement et médiatiquement corrects, qui sont légion !), est la bienveillance et l’humilité réelles qu’il partage avec les autres. Ces traits sont caractéristiques des vrais conservateurs ancrés dans la réalité d’aujourd’hui et d’hier, soucieux d’un vivre-ensemble respectueux de la singularité millénaire française, à la manière décrite par Ernest Renan au XIXème siècle, et pas à la façon des déconstructeurs d’aujourd’hui.

Il faut le dire très sérieusement car sa trajectoire ascensionnelle est impressionnante : Éric Zemmour peut et doit aller plus loin car il semble que son destin soit hors du commun. Peut-il être inspiré par Napoléon ou de Gaulle qu’il admire tant ? Ne peut-il envisager à court terme l’action politique, publique, prendre la tête d’une grande coalition des amoureux de l’identité française, pour donner chair à la révolution conservatrice qui semble éclore de plus en plus nettement, manifestation d’un génie national qui ne veut pas mourir? Dans ce collège (ou cortège) politique spécial destiné à redresser drastiquement le navire France, il s’entourerait par exemple de Finkielkraut premier ministre, Bruckner à la culture, Polony à la jeunesse, Onfray aux affaires sociales et à l’intérieur, Eugénie Bastié au ministère de l’égalité homme/femme, Sévillia à l’économie et à l’histoire, Chantal Delsol à l’Education nationale, Debray à l’enseignement supérieur, Bock-Côté aux affaires européennes et internationales, Scruton pour les questions bilatérales avec la perfide Albion, Rod Dreher comme consultant spécial pour les Etats-Unis, et bien d’autres innombrables talents qui refusent l’idéologie libérale mondialiste et sont prêts à agir pour un ré-enracinement, autrement dit un ré-enchantement. Monsieur Zemmour, chiche ?


Les deux France irréconciliables de Zemmour
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Lettre ouverte à Éric Zemmour
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Les français sont -encore- bien nuls
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