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MN prend la marge et revient en septembre


Iran, le pays des Roses noires – 26 mai 2015

Iran, le pays des Roses noires – 26 mai 2015

Par  

Carnet de bord de Luc Le Garsmeur en voyage en Iran – Jour 11
mardi 12 mai, entre Chiraz et Ahvâz

Nous nous levons plus tard que prévu et bouclons rapidement nos sacs. Un taxi passe précisément devant l’hôtel Arvani quand nous en sortons. Il nous mène à un terminal où nous avons les désagréables surprises de régler quelque 800 000 rials et de nous apprêter à neuf et non cinq ou six heures de route. J’en viens presque à regretter de ne pas filer plus au nord encore, à Andimechk - où se rend le premier de nos deux cars -, voire Kermanchâh. Je ne sais si nous parviendrons à gagner Suse, tout au moins Chouchtar, dans la soirée. Mon guide ne recommande que deux hôtels dans la première ville (qui pour moi n’est alors qu’un chantier de fouilles), et nous n’avons encore appelé ni l’un ni l’autre…

Je voudrais faire du zagrossisme… Mais le massif que nous apercevons à l’Est est-il seulement encore le Zagros ? Ces paysages du Khouzestân, anciennement Arabestân, sont magnifiques. À quelques dizaines de kilomètres de l’Arvand-roud ou chott el-Arab - la confluence du Tigre et de l’Euphrate dans le Sud de l’Irak -, il fait encore quelque 43 degrés Celsius à l’extérieur à 17h30. Lors des pauses, au bord de la route, un samovar alimenté au gaz et enveloppé partiellement dans de l’aluminium sert un thé brûlant aux chauffeurs d’autocar. De même Philippe-Auguste buvait-il selon Alain Decaux du vin brûlant dans un saladier le jour de la bataille de Bouvines…

La réceptionniste, fardée comme une voiture volée, est aussi grasse qu’un loukoum

L’arrivée à Ahvâz est saisissante. Il me faudra au moins deux heures avant de m’y sentir aussi bien que dans n’importe quelle autre ville d’Iran. Nous avons été prévenus contre elle par Mojdeh puis par un habitant, qui nous recommandèrent de ne recourir qu’aux taxis jaunes, et non aux véhicules particuliers. De plus, Marc est très débiteur dans nos comptes communs, et doit changer rapidement des euros car il ne me reste plus que quelques dizaines de milliers de tomans. À dix heures du soir passées, il nous faut nous rendre dans le bazar, dans le quartier de Sarafi. Je retrouve le souvenir de vieilles estampes du début du xixe siècle et redoute par avance un taux très défavorable ou une agression. À la gare routière, déjà, quatre ou cinq taxis nous ont encerclés et nous avons à peine eu le temps de nous repérer avant de choisir l’un d’eux. Mais malgré l’heure indue, et en raison de la chaleur du jour, les rues grouillent de monde et les commerces sont encore ouverts. Dans le bureau de change où entre Marc, un jeune homme entre en même temps que lui, le regarde faire et ressort en même temps que lui. Cent mètres plus loin, un nouvel homme enchanté de pratiquer son anglais nous guide vers deux ou trois hôtels, d’abord trop chics (un emprunt persan). Finalement, c’est au Kanoun (du nom de la rivière) que nous nous installons. La réceptionniste, fardée comme une voiture volée, est aussi grasse qu’un loukoum. Nous tentons d’obtenir une lessive commune, mais la demande semble poser des difficultés insoupçonnées. C’est que nous n’avons pas compris d’abord que le personnel craignait d’avoir à repasser de nuit. Je repasse peu à Paris, et ne vois nulle raison de le faire davantage à Ahvâz…

Une ville arabe

Notre cicérone nous explique que c’est là une ville arabe. Et de fait, ici, l’on klaxonne, et les passantes soutiennent les regards. Il y a davantage encore de néons, et les types physiques sont très différents de ceux rencontrés dans les autres villes : les peaux sont plus sombres, les nez plus busqués. Cette population est ancienne, mais nombre d’Irakiens ont peut-être émigré là depuis l’invasion américaine. Il y a encore des milliers de personnes dans la rue, et pas seulement dans ce souk tout en longueur et surmonté d’une haute halle. C’est là que je mange la plus infecte viande de mon séjour, mais la grenadine naturelle est un délice. La chambre sent la peinture, le sommier n’a pas quitté sa housse de plastique, le lit n’est toujours pas fait et la climatisation bien trop forte, mais la fatigue aidant, nous dormons d’un sommeil sans rêve.


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