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Naissance du Silence

Naissance du Silence

Par  

Tôt encore, et la nuit déjà là, m’embrasse dans cette veille où les bruits s’amenuisent où le silence cherche à naître tout comme moi, et peut être de concert, toi et moi, trouverons-nous cette faille, cette sortie sans souffrance d’aucune part. A Paris, toi, cher Silence tu nais aux forceps, et tu nais : mort. Impossible ta vie ici, Silence. Ou alors, ton lointain cousin le vent calfeutrant comme il peut les moteurs, les rames de métro sur les rails, les paroles fortes alcoolisées des quidams juste en bas cherche à te réanimer, en vain. J’ajoute à ce ronron mon propre murmure de mots avortés, censurés, qui tâtonnent tout de même dans le presque noir de la ville. Encore un mort-né, l’obscurité. Si le noir n’est pas total et le silence absolu, alors aucune brèche n’est attendue nulle part pour moi ce soir.

Pourtant, pourtant, on dirait bien que l’ordinaire contient cette fente où ma tête sort première. Mes mains suivent, le reste vient sans effort. La bougie, tout comme moi, vacille avec le vent et ma joie solitaire approche, timide.

Je ne veux pas la voir, j’ai peur qu’un regard de face la fasse s’échapper, je ne tenterai même pas une œillade, je veux qu’elle vienne en moi, m’habite et ne me quitte plus jamais. C’est ma mamelle, c’est elle ma mère nourricière, c’est elle qui en se plongeant en moi, nourrit l’étincelle créant le feu sans délais. La timide, au fond, c’est moi, pas elle. Elle, elle reste toujours là, prête à s’offrir, prête à survivre au silence et à l’obscurité.

Je m’approche alors, m’étant délestée de tout ce qu’il me reste, et la laisse envahir ma nuit.


Les habits du silence
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Abandon
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Ascension descendante
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