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Hommage à Jean de Viguerie


Papillons d’hiver

Papillons d’hiver

Par  

I
Chrysalides éventrées, les légers coléoptères aux ailes opalines virevoltent ahuris dans l’air cristallin, s’élèvent en bourrasques sur les haleines frivoles des géants dont la poigne nous broie dans ses avides serres, empoussièrent de frimas les lointains lactescents. Ils s’envolent balayés par les bras de l’hiver, s’amoncellent en tas soyeux de craies satinées, mais durcis, inlassables, ils martèlent les tuiles, de leur rythme insensé, retentissent au néant.

II
Ils blanchissent les nuits alors que nyctalopes mollement paresseux, ils glissent vers le chemin qui sans férir les accueille, vaincu par l’insistance du tapage de leur silence, multitude le parant pour l’hymen en dentelles ajourées épaissies en toison à la trame des heures.

III
En tempête, ils s’affolent, obscurcissent le ciel qui n’est plus que d’argent platiné secoué des gresseries en columelles mâchurées de pointillés blancs. En myriades déchaînées, ils attaquent les vitres, populace cotonneuse encerclant au galop un invincible ennemi qui se dérobe à l’assaut. Ils aveuglent les rapaces perdus dans leurs tourmentes, jettent leur brocatelle tel un filet dément, resplendissent au soleil qui perce leur armée.

IV
Corolles translucides, ils s’évanouissent dans les buées tièdes, effrayantes des dragons. Ils transpercent, grossissent, traversent les flaques, fondent dans les marais, se jettent en pâture aux sillons labourés. Par centaines de millions, ils se blottissent à terre, recouvrent les allées de leurs pauvres corps figés et, doucement, tout doucement à la chaleur conquise, s’éloignent invisibles entonnant leur doux chant.

Poème extrait du recueil « Le Pyrophone »


Norislk
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Si
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Planète nomade
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