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2015 : année du blasphème ?

2015 : année du blasphème ?

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Henri Quantin signe l’essai sans doute le plus essentiel de notre temps : Couvrez ce Saint ! Avec ce sous-titre extrêmement sensible aux oreilles de Mauvaise Nouvelle : pour un catholicisme blasphématoire. Une des questions posée est : 2015 fut-elle véritablement l’année du blasphème avec ces attentats, ce rapport à l’Islam, cette République et ce Houellebecq ? Avec cet ouvrage, on est sûr que Henri Quantin n’est pas passé à côté de son époque - quatre millions de Charlie et lui et lui et Houellebecq - ni à côté de l’essentiel : le Christ, ce Dieu incarné et mis en croix.

Dieu s’est fait blasphème

Le Christ a été condamné pour blasphème. Nous le savons, mais il est bien utile qu’Henri Quantin le rappelle dès le début de son livre. Bien utile dans notre époque où le blasphème peut nous amener à nous prendre une balle dans la tête, ou un couteau dans la carotide, bien utile dans un monde où la tolérance fait bon ménage avec l’anticléricalisme, bien utile dans un monde où la moindre nuance émise vis-à-vis du corpus des Charlie, est prise, elle aussi, pour un blasphème vis-à-vis du vivre ensemble. Donc, Henri Quantin propose de commencer par se rassembler autour de ce fait : le Christ a été condamné pour blasphème. En paraphrasant Saint Paul qui dit que le Christ s’est fait péché, nous pourrions assumer la sentence : le Christ s’est fait blasphème, Dieu s’est fait blasphème. Formule bien utile si l’on veut, comme le faisait Philippe Muray, déboulonner les débats de modernes contre modernes, c'est-à-dire, dans sa version mise à jour en 2015 : Charlie contre Charlie, et pour Henri Quantin friand d’esprit plus que de jeux de mots : tartuffe contre tartuffe, puisque tous les Charlie cherchent à recouvrir les Saints. L’année 2015 a permis à Henri Quantin de revenir sur Charlie mais aussi sur l’idole pour la République de la liberté d’expression, Voltaire, et enfin de nous livrer une lecture inédite du livre de Michel Houellebecq, Soumission.

Sois Charlie, achète Voltaire, ne le lis pas et tais-toi

Henri Quantin commence par revenir sur l’hommage, le fameux esprit du 11 janvier. Charlie fut le grand spécialiste du blasphème, un journal où « tout ce qui se dressait était forcément phallus, tout ce qui s’ouvrait forcément vagin, etc… » (Couvrez ce saint - Henri Quantin - Les éditions du Cerf - page 81), iconoclasme qui finit par nous décrocher la mâchoire de bâillement, tellement le sentiment d’avoir épuisé le sujet fut présent. Et la foule manifesta aux ordres d’un gouvernement qui vit dans Charlie le symbole du Vivre ensemble. Cela fait sourire que le journal de tous les outrages soit le symbole du vivre ensemble… Mais « A un certain degré d’hallucination collective, il est vrai, le réel n’a plus guère d’importance » (ibid - page 35). Il fallait être Charlie sans broncher et la République trembla lorsque certains enfants dans les écoles ne communièrent pas à l’élan général. Dans ces écoles dont la mission est, parait-il, de transmettre des valeurs, « On ne nait pas femme, on le devient, mais on est censé naître Charlie et le rester » (ibid - page 46).

Henri Quantin avait voulu déboulonner l’esprit Charlie dès son lancement en confiant à MN un texte intitulé « je suis Charpie », il récidive en inventant un véritable hommage digne des dessinateurs iconoclastes : «  Une autre possibilité s’offrait au fidèle, un clin d’œil nostalgique du meilleur effet : « balles tragiques à Charlie Hebdo : douze morts. » (ibid - page 65). Cela aurait eu plus de gueule que d’enfoncer toutes les portes béantes du politiquement correct afin d’opérer un détournement du journal satirique au profit de la propagande multi culturaliste d’État.

Et Voltaire dans tout ça ? On se souvient de l’injonction médiatique de faire du traité sur la tolérance de Voltaire le nouvel « indignez-vous ! ». Quantin souligne que Voltaire aurait dû être lu pour véritablement instruire notre époque. En effet, les propos de Voltaire seraient aujourd’hui pointés du doigt pour islamophobie dépassant de loin les pincettes prises par les quelques réactionnaires médiatiques du moment. Pas si sûr donc que Voltaire ne soit Charlie au simple motif qu’il versa dans un anticléricalisme libidineux… Quantin en profite au passage pour souligner que Voltaire était très attaché à la place de la religion dans la société et ne doutait pas de l’existence d’un Dieu. Le seul problème de Voltaire avec la Chrétienté réside en fait « seulement » autour de l’incarnation. Pour Quantin, le philosophe des Lumières se disant déiste était un spiritualiste. « Donner un corps à Dieu et le recevoir dans son propre corps est une double souillure » (ibid - page 106).

Et la France passa à côté de Houellebecq

Pour Henri Quantin, Soumission de Houellebecq est le livre phare de notre époque. Il traite de la place de la religion, il ne parle que de religion dès la première page, de ces traces vivantes de la religion dans notre pays, de son héritage chrétien vivant. Ce livre était parti pour s’appeler « Conversion » car il devait amener le héros à se convertir au catholicisme avec sa montée à Rocamadour, mais Houellebecq avoua ne pas être parvenu à l’écrire jusqu’au bout et opéra un virage vers le compromis social d’une (éventuelle) soumission à l’Islam. Pour Henri Quantin, « on comprend que le roman ait été pour les nouveaux bien-pensants laïcs ce que les caricatures de Mahomet ont été pour les islamistes : un blasphème des valeurs sacrées. » (ibid - page 111)

Comment se fait-il que l’on soit passé à côté de Houellebecq ? Quel déni nous a conduits à ignorer ce que porte ce livre ? Quel déni de Houellebecq l’empêche de passer de la soumission à la conversion ? Quel déni nous conduit à cacher les saints pour se contenter d’être Charlie ? Pour Henri Quentin, Houellebecq pose à l’Européen blasé tout simplement la question : la liberté pourquoi faire ? (ibid - p124) Mais ce doit être une question qui fait peur à tous les Charlie qui défilèrent docilement et à Manuel Valls qui déclara trop rapidement que la France n’était pas Michel Houellebecq. Le seul slogan qui semble sortir de l’esprit du 11 janvier est : plus jamais ça, plus de blasphème envers le vivre ensemble… L’occasion est trop bonne pour Henri Quantin de rappeler une fois de plus la distinction de la religion catholique qui est l’incarnation. « Scandale pour les juifs, folie pour les païens, objet de blague pour Charlie, faute de goût pour Nietzsche, obstacle à la conversion chez Houellebecq, le crucifix est le plus grand blasphème de l’histoire des hommes. » (ibid - page 157)

Apocalypse : Dieu vomit Charlie et les autres

Au final, « Plus que l’année du blasphème, 2015 a été l’année de son édulcoration » (page 223). Henri Quantin note que ce fut également cette année que d’aucuns se plaignirent de la présence du crucifix dans des lieux publics. Le crucifix devenu « scandale au rabais, réduction de l’image blasphématoire à un objet mal rangé (…) les iconoclastes sont devenus procéduriers » (page 21). Henri Quantin le déplore, et le sous-titre de l’ouvrage, pour un catholicisme blasphématoire, n’est rien d’autre qu’un cri religieux dans un monde postmoderne ayant évacué le religieux justement. Pour lui, « Le vrai blasphémateur est peut-être un des derniers hommes à s’adresser à Dieu » (page 30). Mais aujourd’hui, personne ne s’adresse à Dieu ni à ses saints, on cherche simplement, et parfois en vain, notre plus petit dénominateur commun pour vivre ensemble. Rappelons-nous que le Dieu de l’apocalypse vomit les Charlie. «En toute chose notre époque exige du light » (…) « après les Charlie sans blasphème, après les voltairiens sans religion, Houellebecq propose (…) un catholicisme sans croix. » (page 155) Le point commun de tous les Charlie, de tous les Voltaire et de tous les Houellebecq en 2015 est d'« édulcorer et cacher le scandale de la croix, d’en noyer la violence dans l’humour, la philanthropie ou la distance cynique » (ibid - page 155).

Il met ainsi en garde les Catholiques qui aimeraient ne pas subir la politique du deux poids deux mesures au regard des outrages qui leur sont infligés par rapport aux poils de la barbe des musulmans que l’on n’ose plus frôler. « Pitié ne respectez pas le Christ ! Le Christ mérite mieux ou pire … » (page 189). Mieux ou pire. Et c’est bien aux Catholiques d’ouvrir cette possibilité en se réjouissant que tous les manques de respect ne font que rappeler la passion d’un dieu qui s’est incarné, en se rappelant qu’ils ont à participer ici bas au combat céleste et perpétuel entre le démon et les anges du Seigneur. Un combat pour que le scandale de la croix ne soit jamais caché aux hommes. « Le meilleur antidote contre le fanatique qui se rêve justicier est cette représentation d’un Dieu outragé qui ne répond pas à la violence » (ibid - page 229).


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