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MN prend la marge et revient en septembre


Andrzej Stasiuk

Andrzej Stasiuk

Par  

La littérature est bien vivante : c’est tellement ridicule que ce n’est même pas ennuyeux. Les cochons savent-ils que les porcs existent ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, Andrzej Stasiuk, écrivain polonais, perdu dans sa solitude, est la preuve cinoque que des questions de ce type peuvent encore se poser. Pourtant, lorsque je me suis rendu à la bibliothèque, zieutant les étals de livres à la recherche d’un steak un peu tendre, le titre m’a paru insipide « Pourquoi je suis devenu écrivain ?». Pourquoi pas : « pourquoi n’ai-je pas monté une boucherie chevaline ? ». Bon, je rentre à la maison et je pose le livre – avec les autres que j’avais pris – sur la cheminée. La plupart du temps, je ne lis pas les livres que j’emprunte. J’emprunte pour emprunter : c’est mon côté banquier d’affaires. C’est ma façon d’épargner et de m’épargner une déception de plus. Quelques jours passent et j’ouvre le livre de Stasiuk. Fait exceptionnel, je ne le referme pas aussi sec et me mets à lire, sans m’arrêter. Quelques livres m’ont fait pareille impression : je ne les cite pas pour éviter l’effet de chaire.

Ce polonais est un sacré cornichon. Son humour est glacial. Mais n’est-ce pas le propre de l’humour que d’être glacial ? Chez lui, le pessimisme ressemble à l’optimisme et donc à l’héroïsme. On baigne dans la Pologne communiste, celle de la période du général Jaruzelski - dont j’ai toujours apprécié les lunettes et le maintien -. On parle toujours de Philip Roth. En France, on adore la littérature des professeurs et des universitaires avec son cabaret de petites aventures sexuelles et sentimentales. C’est pourtant chiant. Là, avec Stasiuk : pas de sexe, pas de harcèlement, pas d’instituteurs en quête de sens, pas de problèmes familiaux, pas de maman autoritaire et de papa sodomite. On est enfin sevré de psychologie et de psychanalyse. Stasiuk, c’est la vraie vie, c’est-à-dire la fausse vraie vie, c’est-à-dire, la vraie vraie vie. Enfin, des vrais rires, des vrais alcooliques, des vrais prisonniers politiques, des vrais loosers, des vrais marginaux. La littérature de Stasiuk est lunatique. Comme chacun sait, la lune est un corps céleste : sa structure en profondeur n’est pas homogène mais résulte d’un processus de refroidissement, de cristallisation du magma originel. À la différence de la Terre, la lune est désormais devenue très « froide ». C’est toute l’ironie satellitaire. C’est le destin de la littérature. Elle ressemble à quelque chose qui existe mais elle n’est pas la même chose que ce qui existe. Elle émane d’une collision mais ne résulte pas exclusivement de cette collision. Pourtant, Stasiuk ne parle jamais de la mer dans ce livre. Moi qui croyais qu’il fallait être marin pour sortir de la mélancolie et, parfois, de l’ignominie. On peut se tromper, même si on aime les casquettes à ancre. 


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